DES TABLEAUX APPELÉS PASTICHES
tl E vais copier, au sujet des tableaux dits pastiches» ce qu'on lit dans l'Encyclopédie.
t Pastiches (subst. masc), du mot italien pustiecio qui » signifie pâté. On donne ce nom à des tableaux qui ne » sont ni originaux ni copies » mais qui sont composés de » différentes parties prises dans d'autres tableaux, comme » un pâté est ordinairemect composé de difiérentes vian- » des. On a étendu la signification de ce mot à des ou- » vrages qui sont bien en effet de l'invention de celui qui » les a faits , mais dans lesquels il s'est asservi à copier la » manière d'ordonner , de dessiner» de colorer, de pein- » dre d'un autre maître auquel il avait dessein de les faire
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attribuer. Od a vu des artistes parvenir à tromper en imitant ainsi de grands maîtres , quoique, dans les ouvrages où ils se contentaient d*être eux-mêmes , ils fussent loin de se montrer les dignes rivaux de ceux dont ils savaient contrefaire si bien la manière. Gomme singes, ils étaient pleins d'adresse; comme hommes, ils n'étaient que médiocres.
9 Sans entrer dans les exceptions , on peut dire on général avec M. de Jaucourt (article Po^ltc/^, dans l'ancienne Encyclopédie) que les faussaires en peinture contrefont plus aisément les ouvrages qui ne demandent pas beaucoup d'invention , qu'ils ne peuvent con* trefaire les ouvrages où toute l'imagination des ar* tisles a eu lieu de se déployer. Les faiseurs de peuliches ne sauraient contrefaire l'ordonnance , ni le coloris , ni l'expression des grands maîtres. On imite la main d'un autre; mais on n'imite pas de même, pour parler ainsi, son esprit, et l'on n'apprend point à penser comme un autre, ainsi qu'on peut apprendre à prononcer comme lui. »
Le rédacteur ajoute en note : « Le peintre médiocre qui voudrait contrefaire, une grande composition du Dominiquin ou de Rubens , ne saurait nous en imposer plus que celui qui voudi'ait faire un pastiche sous le nom de Giorgione ou de Titien. On ne saurait contrefaire le génie des grands hommes; mais on réussit quelquefois à contrefaire leur main , c'est à dire leur manière de manier le pinceau , d'employer les couleurs et de frapper les touches , ce qu'il y a de maniéré dans leur trait , les airs de tête qu'ils répètent , enfin tout ce qu'il peut y avoir de défectueux dans leur pratique. II
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1 est plus facile d'imiter les défauts des grands hommes n que leurs perfections. •
Il me semble qu'un peintre habile entendrait fort mal ses intérêts» je veux dire ceux qui se rapportent à sa célébrité » en appliquant son savoir-faire à l'imitation du talent d'autrui. Mieux vaut pour lui qu'il l'applique à des tableaux qui seront en tout de lui , et qui lui appartiendront quant à l'idée et à l'exécution. Je ne vois donc que la cupidité qui ait pu engager certains peintres à des contrefaçons » qui , au reste , ne peuvent pas être méritoires y et qui ne trompent jamais les connaisseurs exer^ ces. En effet ceux qui ont été dupes de semblables supercheries n'étaient probablement pas très -versés dans la connaissance des maîtres; car l'imitation laisse toujours échapper des traits qui la décèlent. Au reste , il est à croire qu'on a beaucoup exagéré l'histoire de ces erreurs, de ces tromperiéls et de ces dupes.
Nous devons considérer l'usage des pastiches comme une preuve de la marche barbare de l'art chez les modernes ; car ces pastiches ne sont le plus souvent que les imitations des manières et des aifectations habituelles des autres. On n'a guère pensé» ainsi qu'on vient d'en faire la remarque » à singer Raphaël ou Le Sueur» ou les peintres sages et très-habiles dans les expressions de l'âme , dans l'image morale de la figure humaine; mais on a choisi pour types de pastiches des tableaux exagérés , dans lesquels la pratique est aisément reconnaissable et imitable par le pinceau d'un artiste adroit.
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