‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 127 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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JDbux questions se présentent naturellement dans ce chapitre : Le peintre doit-il, pour son instruction, faire des copies ? Gomment doivent s'exécuter les copies ? A la première question je n*ai à répondre que ce qu'on a déjà lu dans plusieurs endroits de cet ouvrage : je veux dire que l'exercice que fait l'élève en copiant des tableaux lui est plus souvent nuisible qu'il ne lui est utile. En effet» pour copier un ouvrage savant , il faut comprendre la science qui l'a dirigé; et comme on ne la comprend pas à l'époque où Ton emploie le moyen des copies pour ses études » ce travail imparfait de copiste ne sert presqu'à rien. En second lieu , ce moyen est très-souvent nuisible parce qu'il fait contracter des routines et des manières. Des manières sont le résultat du caprice ou de la singerie, et non de l'intelligence ou du savoir. D'ailleurs l'original a ses défauts, et presque toujours ce sont ces défauts qu'on répète le plus volontiers en les exagérant ; ce sont ces défauts que surtout retient le peintre, et qu'il s'ap* proprie pour toujours.

Un copiste sans instruction pourra donc passer la moitié de sa vie dans les galeries , occupé à répéter des tableaux sans faire le moindre progrès. Quant k l'élève instruit, il aequiert, en examinant seulement des tableaux, des qualités que le copiste ignorant ne saura jamais comprendre ni ajouter à son talent.

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De Plies remarque fort judicieusement que c le mau- » vais coloris ne provient pas d'avoir manqué de colorier 9 d'assez bonne heure, mais d'avoir mal commencé, » c'est à dire d'avoir copié de mauvaises choses, ou d'avoir » eu de mauvais principes sous un peintre mauvais co- 9 lorisle. On revient» dit-il, d'un mauvais dessin; mais 9 rien n'est plus rare que le changement d'une mauvaise » habitude en une bonne dans le coloris. » Ne peut-on pasdire,au sujet de cette opinion, que c'est peut-être pour avoir colorié de trop bonne heure , que tant d'élèves de l'école de Rubens , dans laquelle ils employaient le pinceau tout en commençant leurs études, ont été constamment exaltés , maniérés et monotones dans leurs coloris. En effet cette grande liberté de peindre , c'est à dire de ne rien préparer, rien indiquer que le pinceau à la main , habitue à une certaine licence , et familiarise trop avec les teintes de convention. Dans l'école de Venise, on ne dessinait pas assez il est vrai , mais on ne se jouait pas du pinceau ni des teintes; on pensait beaucoup à la justesse, à la magie, à cette harmonie qui unit, qui accorde les variétés de la nature.

Enfin un élève, en copiant beaucoup, perd beaucoup de tems pour acquérir beaucoup de manière , puisque ce qui est maniéré dans l'original , est ce qu'il parvient à copier le plus aisément; c'est ce qu'il retient le mieux, parce qu'il l'a bien compris, bien saisi , et qu'il en a été frappé. Enfin, pendant tout le tems que l'on copie, on n'apprend pas à connaître la nature, on apprend plutôt à la méconnaître et à la craindre; et il faut dire que la connaissance de l'art peut s'acquérir sans qc qu'il soit nécessaire d'en él

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Qaant à l'autre question : comment doivent être exécutées des copies ? Je répondrai qu'elles doivent être exécutées comme les exécutaient les .anciens statuaires dans ces répétitions si multipliées qu'ils ont laissées des originaux classiques. En effet» sous la main de ces copistes savans, ces répétitions devinrent elles-mêmes de^riginaux. Bien qu'un très-habile peintre puisse copier un très-beau tableau , ne vaut-il pas mieux qu'il en produise d'originauxy puisqu'il est très-habile? Cependant, dira-t-on, les plus excellens artistes ayant laissé des types admirables» c'est un bien pour l'art que des gens habiles perpétuent ces types ? Certainement » et c'est ce que faisaient les Grecs et les Romains. Une excellente pose , un motif très4ieureux » une conception parfaite étant sortis du génie d'un célèbre peintre ou statuaire , un autre artiste do génie resaisissait plus tard ce motif, cette pose» et s'en emparait. Il soumettait des individus-modèles à cette même pose » et il la répétait avec les différences que désignait » que prescrivait la nature de l'individu ; par ce moyen on perpétuait des chefs-d'œuvre » et rien de médiocre ne se multipliait (voy. ce qui a élé dit sur ce sujet à propos des styles de l'antiquité » vol. 11 ).

Mais ce n'est pas ainsi que les modernes exécutent leurs copies. Ils prennent pour modèle un original ; ils le calquent le plus souvent , et cherchent à le répéter exactement. Cependant quelle attention » quel scrupule ; quelle abnégation de son goût et de ses habitudes ne fautil pas pour produire exclusivement une telle copie. Aussi peut-on dire qu'il n'en existe point de semblable. Ou une copie est juste d'aspect » mais peu exacte dans le fond , ot alors les connaisseurs seuls savent la reconnaître pour

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belle; ou une copie est excellemmcnl Iraitée et de main de maître, et cette même qualité de main de maître trahit le copiste; car il ne saurait faire bien, de la même manière qu*a fait bien l'auteur dont il veut répéter le tableau. Ce qu'on appelle une belle copie est donc fort différent de l'original; c'est, il est Trai, une copie faite par un maître, mais elle n'est point exacte. Quant à celles * qui semblent être exactes , mais qui ne sont point remarquables par leur beaulé , elles paraissent en général faibles et fort au-dessous du modèle ^ et cela aux yeux de tout le monde. ^

On a exposé récemment au salon de Paris une copie de l'Incendie del Borgo> de Raphaël ; cette copie, qui est de la main de Bon-Boulogne, ne ressemble point à l'original. Une copie des Noces Aldobrandines, par Poussin , se yoit au palais Dorla ; elle n'a rien qui ressemble au modèle. Toutes les mosaïques de Rome sont fort curieuses sous le rapport du procédé , mais ce sont en général d'assez mauraises copies. Il vient souvent à l'idée de certaines personnes zélées , mais peu versées dans la connaissance de la peinture, que si l'on copiait en émail ou en porcelaine les chefs-d'œuvre qui dépérissent tous les jours au Vatican et ailleurs , ce serait rendre un grand service à l'art; mais elles devraient se persuader que, pour copier Raphaël, il faut être Raphaël, et que les praticiens, en ces sortes de peintures, étant absorbés dans les procédés matériels et assez difficiles du métier, n'ont guère le loisir ou la disposition d'esprit ou le talent acquis nécessaires pour produire des copies excellentes. Quant aux originaux qu'on ferait exécuter en émail ou en toute autre espèce de procédé, ils sont toujours très-précieux lorsque

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