‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 128 sur 142 · TOME VIII · texte numérisé non relu

TOME VIII

4g8 dipf£eehs gbhhss bu pbihtues.

leur auteur est habile. Je ne dois pas laisser échapper Toccasion de citer ici une copie sur porcelaine^ exécutée d*après le célèbre tableau de la Femme hydropique, de Gérard-Douw : cette copie de la main d'un peintre français » fort instruit dans son art (feu M. Creorget) , est un vrai chef-d'œuvre.

Un marchand Tantera une copie de Claude Lorrain : cette copie est peut*étre bien faite, il faut en conyenir; mais il but convenir aussi qu'elle est trop bien faite; le feuiller y est trop franc, trop net, etc.; d'ailleurs elle manque d'air et de naïveté. Voici une belle copie de Tiziano; mais les ombres en sont opaques , et les teintes ne sont pas magiques : ce n'est pas Tiziano, ce n'est pas le coloris de cet immortel Vénitien. Il existe de très -remarquables copies d'après Poussin : elles sont touchées de main de maître ; mais j'aperçois que sur le pied de ce talame , les touches, bien que hardies, ne sont pas en perspective; d'ailleurs je découvre moins de gravité dans les airs de tête : ce n'est pas Poussin que je vois; ce tableau est perfide surtout en ce qu'il nuit à l'idée qu'on doit se faire de Poussin. Admirez cette précieuse copie de Vanhuysum ; quelle délicatesse» quel fini I Point du tout: ce fini n'est point celui de l'original; le copiste qui a fait cet ouvrage s'ennuyait , et Vanhuysum jouissait, était animé en peignant vivement tous ces détails.

Ne passons pas sous silence ce que Mengs écrivait à don Antonio Ponz , en parlant de deux copies de Rubena que l'on voit à Madrid , d'après les célèbres tableaux de Tiziano représentant l'un une Fêle de Bacchantes , l'autre des Enfans. c On peut comparer, dit-il , ces deux co- » pies & la traduction libre en langue flamande, où l'on

TABLBAUX-COPIBS. 499

9 aurait conservé toutes les pensées de l'original , mais » en lui faisant perdre la grâce du style. »

Enfin , si les peintres ne peuvent pas se copier euxmêmes p comment copieraient-ils exactement les autres ? On doit donc penser que les ignorans seuls sont salisfiiils des copies qu'ils font d'après ces célèbres tableaux , et qu'ils ont encore plus tort de se vanter de celles mêmes qu'ils font d'après de médiocres peintures; car cet copies sont presque toujoursplus dissemblables encore» comparées à ces médiocres originaux. Au reste comment leur vient-il dans l'esprit de se vanter d'un travail qui ne résulte que de la patience e^ du soin ; car on peut dire de ces copistes médiocres qu'ils ont des yeux et qu'ils ne voient point , qu'ils écoulent les originaux , mais qu'ils ne les entendent point : aussi ces peintres sacrifient-ils presque toujours leurs modèles à leur vanité , en sorte que ce qui ressort le plus dans leur ouvrage c'est cette même vanité.

Concluons que, si les copies peintes par des mains habiles sont intéressantes , bieù qu'elles ne soient pas trèssemblables au modèle , les copies qui sont inférieures au modèle et dissemblables sont fort peu à considérer; je conclus même qu'on peut leur préférer les indications que feraient de ces originaux le crayon et le burin. Concluons enfin qu'en ceci comme dans tout le reste c'est aux anciens qu'il faut s'adresser, et que ce sont eux et non les modernes qui ont bien saisi cette question.

Mon opinion , je le sais, ne sera pas bien reçue de ces centaines de copistes qui tirent parti de leur pinceau à l'aide de ce moyen; elle ne sera pas bien reçue non plus des nombreux amateurs qui recherchent et vantent toutes ces niaiseries : mais si mes observations détruisent l'illu-

500 DIFFÊRENS GBNBKS BR PEINTURS.

sion de ces derniers; si elles blessent les prélentions de tant de parens qui sont tout émeryeillés du talent de leurs filles et de leurs fils» lesquels, disent-ils, copient k merveille de charmans originaux , mais qui sont incapables cependant de rien produire de passable d'après nature , flout ce tems employé à copier étant du tems perdu ;) si » (lis-je, toutes ces personnes, au lieu d'apercevoir dans mes discours des conseils sincères et utiles, ne voient qu'une critique étrange; d'autres m'applaudiront pour avoir éclairé sur ces préventions , sans avoir été retenu par la susceptibilité fort irritable de tous ces copistes. J'aurai donc rempli, malgré lont, l'obligation que je me suis imposée en composant ce traité; j'aurai eu jusqu'à la fin le courage d'enseigner la vérité.

Page 1