‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 14 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'ÉTUDE DES TEINTES EST OONCILIABLE AVEC L'ÉTUD] DES LIGNES OU DU DESSIN.

vi'ssT avaftcer une grande absurdité que de dire qu< l'étude des teintes ou du coloris n'est pas conciliabh avec l'étude des lignes et de la correction ou de la beaut< des formes. C'est émettre une fausseté bien dangereuse que d'avancer que la justesse des teintes ne s'acquier qu'au préjudice de la justesse des contours , en sortt que celui-là qui aspire au coloris doit .renoncer à brillei par le dessin. Pour donner du poids à ces assertion!

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trompeuses , ou ne manque pas d'appeler Tétudo des teintes une recherche vaincy minutieuse, et une futilité. En ceci il y a ignorance ou mauvaise foi : mauyaise foi , parce que ces dépréciateurs du coloris ne s'expriment ainsi que pour atténuer la honte qu'ils ont de ne pas le comprendre et de ne pas le sayoir pratiquer ; igno^ rance , parce qu'ils confondent les alléchemens du pinceau y le choix inconsidéré des belles couleurs et les tatoanemens de certains pralici^ns avec la justesse franche ^i mathématique qui dirige le peintre instruit dans le coloris, justesse qui donna tant de précision et de £icilité au pinceau de Teniers et de Yan-Dyck.

11 s'agirait donc de prouver ici qae la justesse des teintes n'est autre chose que l'expression juste des formes , des plans , et par conséquent du dessin. Une teinte trop ardente, trop fière sur un plan oblique et fuyant , est une faute de dessin ou d'expression des formes. La teinte Juste exprime non-seulement la couleur géométrique de l'objet, elle exprime de plus l'espèce de luminaire , l'espèce d'air , l'espèce de position de cet objet , etc. ; elle est donc inhérente à la représentation , et une conséquence de l'objet et de son aspect ou apparence. Oui , avec les teintes on peut et on doit dessiner , c'est-à-dire exprimer les formes. La base du coloris vrai » c'est le dessin , c'est la perspective qui comprend le géométrai ou la connaissance des <^jets : ce serait donc empêcher ou rendre très-difficile la perception ou l'expression de la forme , que de la représenter avec des teintes qui sont des contresens; ce serait même repousser le spectateur qui , sans ce mensonge , eût goûté davantage la beauté de ces formes.

L'âTUDE DES TEINTES COIfCIL. AVEC l'ÀT. DU DESSIN. 49

Il s*agirait maintenant de prouver queTétude de la justtôse du coloris est très-conciliable aveS Tétude de la justesse des contours et des formes. Pour le démontrer, je pourrais exposer la marche ou le procédé méthodique qu'il convient de suivre dans la pratique de cette partie de la peinture; mais ce n'est pas le lieu d'exposer cette méthode ou pratique toute technique. Cependant il convient d'avertir que le premier travail peut ne comporter que le trait auquel on associerait le clair-obscur : et que le dessin ou le modelé , étant une fois arrêté y on peut n'ajouter qu'après coup le coloris ou les teintes. Ce court exposé démontre suiBsamment que rien n'est plus conciliable que ces deux études. Au reste , une foule de peintres ont su les confondre en une seule , et ont appris à répéta la nature , leur palette à la main : en sort^ que la teinte , le ton et le trait ont été produits simultanément y avec justesse » par leur pinceau.

Je terminerai par un mot , que David disait assez fréquemment : c Gomme il est difficile de changer une chose » de mal en bien » de même si une chose est bien , elle > ne changera pas aisément en mal. Ainsi , quand on sait

• dessiner, l'application au coloris ne fait rien perdre

* du dessin. » L'opinion d'un dessinateur aussi habile doit fiûre loi dans cette question.

Je dois faire observer , en passant , que toutes les fois que j'ai occasion de citer des préceptes de David , je les communique par ses propres paroles et tels qu'ils ont été recueillis par écrit dans son école.

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