TOME VIII
} SgA PROCéDis MATÈRIBtS.
De la falsification des huiles volatiles.
Rien n'est si comman et si facile que ia frelaterie iç^ huiles volatiles. La falsification peut se faire par le mélange ou de quelque huile grasse sans odeur; ou de Tesprilde-vin; ou de quelqu'anlre huile essentielle^ commune et de peu de valeur.
Dans le premier cas , la fraude se découvre de deux manières : la première consiste à mettre sur du papier une gouUe de l'huile volatile qu'on veut essayer; elle doit s'évaporer à une chaleur douce et ne laisser au papier ni graisse ni transparence lorsque Fhuile Tolatile n'est pas mêlée d'huile fixe. La seconde épreuve $e fait par le moyen de l'esprit-de-vin : une goutte d'hnilc volatile, non mêlée d'huile fixe et unie à l'espril-dcvin, doit s'y dissoudre en entier; et au contraire il en restera toujours une partie non dissoute , si elle est mêlée d'huile fixe y parce que cette dernière est indissoluble dans ce menslrue. L'buile de Ben est celle dont on se sert le plus ordinairement pour pallier la fraude» parce qu elle est blanche 9 limpide, sans saveur et sans ode^ir.
Dans le second cas il suffit d'ajouter de l'eau sur uo peu d'huile volatile mise à l'épreuve; cette eau de?ient laiteuse y parce que l'esprit-de-vin quitte l'huile volatile pour s'unir à l'eau, et laisse l'huile très divisée, suspendue et^non dissoute : ce qui n'an^ive point lorsque Thuile volatile ne contient pas d'esprit-de-vin; elle se divise i^'^i vérité en globules fort petits lorsqu'on l'agile avec l'eau, et celle-ci la rend blanchâtre; mais ces globules se réunissent promptement, et forment des masses d'huiles qui
PEIRTUEE ERCAUSTIQCE. SgÔ
viennent nager à la snriace , ou se précipitent au fond , suivant la nature de cette huile.
Dans le troisième cas » comme la falsification consiste h mêler de Thuile de térébenthine parmi les plantes ou fleurs dont on veut extraire Thuile essentielle » et à distiller ce mélange en même tems pour en obtenir une plus grande quantité » le moyen de les reconnaître est d'imbiber un papier ou linge de Thuile qu'on Teut éprouver ; et en la faisant évaporer promplement au feu , on reconnaît b fraude par Fodeur marquée de térébenthine qui reste au linge.
Les essences de cédra » de bergamotte» de citron , de fleur d'orange; les huiles essentielles de rose, de la- Tande , etc. » sont fort sujettes à être falsifiées : les huilés de romarin et d'aspic commrunes » entrent souvent dans la falsification de l'huile volatile de lavande.
De la votaliliié des huttes.
Voici les degrés de volatilité que j*ai observés dans les principales huiles volatiles connues dans le commerce. (Ces épreuves sont faites sur des essences nouvelles et très*pures , toutes les huiles volatiles perdant de leur volatilité lorsqu'elles ont été exposées à l'air» ou en vieillissant » et cela à des d^rés diflérens» respectivement , j'ai , pour être sûr de l'expérience, déposé une goutte de chaque huile Tolatile sur un marbre chauffé également sur tous ses points). Je vais les indiquer selon l'ordre que donnent leurs divers degrés de volatilité :
Huiles volatiles de girofle « d'anis, de fonouille, de cire , de lavande , de marjolaine , de serpolet , de cédra ,
5g6 PROCÉDI^S MATÉRIELS.
de bergamote, de citron, de thym, de myrte, d'aspic, de romarin , de Portugal , de pétrole , de sassafras et de térébenthine.
De l'odeur des huiles volatiles.
Un grand nombre de personnes opposeront au moyen qae nous proposons Tlnconvénient résultant de Todour des huiles yolatiles. Il y a en effet des organes qui supportent difficilement Todeur des vernis, des huiles et dc$ essences : ces personnes sont même obligées quelquefois de renoncer à la pratique de la peinture à huile , à cause de Tirritation nerveuse que l'odeur de cette peiuture leur fait éprouver. Malgré cet inconvénient » la peinture à huile est cultivée aujourd'hui plus que jamais.
Il serait fort à désirer que la chimie pût parvenir à détruire à volonté l'odeur qui émane des liquides employé» dans la peinture. Voici les moyens palliatifs que je cm devoir indiquer. On agite l'huile volatile odorante daoî des bouteilles remplies d'eau chaude; on l'expose ensuite au soleil dans des jattes plates , afin que la chaleur dissipe l'odeur ou l'arôme plus promptement qu'elle ne pourra dissiper l'huile elle-même. Enfin on peut tenir plus ou moins long-tems débouché le bocal à large ouTer ture contenant la liqueur. Ces moyens réussissent as»ex bien. Après ces précautions l'odeur devient douce, et l'essence est bien plus lente à se volatiliser.
Tingry indique un moyen préservateur contre l'odeur de l'essence de térébenthine. Il prétend que plusieurs baquets d'eau placés dans les lieux où l'on vient de peindre les murailles, absorbent l'odeur , et qu'on aperçoit à h
surface de Teau contenue dans ces baquets une couche colorée d*!ris qui prouve » dit-Il, la cause de ce résultat. Il indiqueencore comme moyen neutralisant sa présence^du foin bien sec : je n'ai vérifié ni l'une ni Tautre expérience. On peut recommander encore l'emploi du charbon animal que l'on fait traverser par le liquide dont on veut atténuer l'odeur; on emploie aussi le moyen de la glace, qu'on met en contact avec l'huile volatile; ce moyen est très-bon. Quanta l'huile volatile de cire, l'expérience m'a appris qu'on peut en obtenir qui soit sans odeur.
Enfin plusieurs combinaisons nouvelles ont été tentées récemment au sujet des moyens de détruire l'odeur de certaines substances; on a appliqué ces essais au miel, au sucre indigène, etc., n^ pourrait-on pas les appliquer aussi aux huiles volatiles ?
Au reste quelque jour Texpérience aidera , il n'en faut pas douter, noire nouvelle encaustique; et si les peintres veulent s'amuser à distiller certaines plantes ombellifères, ils obtiendront peut-être des huiles volatiles très-peu odorantes , et assez lentes à s'évaporer. Ne pourrait-on pas ne disfiller les fleurs qu'après qu'elles auraient perdu , en séchant à l'air, une partie de leur arôme? Ne pourraiton pas aussi distiller des essences vieillies et qui auraient déjà perdu leur odeur sans s'être rancies ? Enfin , n'y a-t-il pas des essences telles que celle du romarin, qui perdent presque totalement leur odeur avec le temps , etc. ? Remarquons au surplus avec Watin que la colique des peintres provient de la poussière des couleurs minérales que respirent les ouvriers qui broient ou manient les couleurs , et jamais de l'odeur des peintures , des essences ri des résines.
598 PnocéOÉS HATéftlELS.
De riuule volatile de lavande.
L'huile volatile de lavaode est exlraile de la fleur de la pciile espèce de larande que les bolanisies appellent lavandula minor, lavandula angusU folia; le Languedoc el la Provence en fournissenl beaucoup. Celle piaule aromatique esl forl chargée d*huile volaille.
L'huile volalile de lavande doil élre d'une couleur légcrement verdâlreet non rougefilre. Son odeur, lorsqu'elle csl nouvelle , est un peu acre; mais une demt-goutle placée el essuyée sur le dos de la main et évaporée ensuite, doit laisser une odeur agréable , douce , el sans mélaoî;e d'odeur de léi*ébenlhine ou d'aspic. Elle doit être vive» et ne point laisser subsister de bulles d'air lorsqu'on la secoue ou qu'on la transvase.
Lorsque l'essenco de lavande nouvelle et exposée h h lumièi'e dans un bocal un peu débouché, esl employée dans In peintura, elle ne laisse élant dans cet élat aucun résidu susceptible de jaunir. Il est vrai que, si elle esl très-vieille el qu'elle ail, par exemple, vingt ans de date (car jem'ea suis procuré de cet âge dans de vieux magasins), elle e<i alors plus colorée; el comme elle ne peut plus s*évaporer facilement , puisqu'elle est devenue baume, elle laisserait peut-être par son long séjour dans les couleurs, un résidu qui jaunirait et s'obscurcirait. Mais je n'ai pas poussé aussi loin cet examen , parce qu'on ne doil jamais en employer de Irès^ancienne. Il faut ajouter ici que les parfumeur^ parviennent à conserver plus long-temps la lavande que les autres essences , et qu'au bout de six ans , lorsqu'eilr est h l'abri de l'air el de la lumière , elle possède encon* toute sa blancheur et toute sa fluidité.
PEINTUBK ENCAUSTIQUE. Sqq
Voilà doDC Thuile volatile de lav.mde qu*on peut dési> gner comme ne devaot poial éprouver do coloration , ni en communiquer aux matières qu'elle maintient en sointien; et je puis assurer que des essais fails avec celle huile 9 il y a plus de quinze ans» n'ont pas éprouvé la plus légère teinle safranée, ni le moindre obscurcissemenl. Remarquons de nouveau que jaunir ou s'obscurcir sont deuieflels bien difTérens; l'un ne désaccorde que les teintes y l'autre désaccorde le clair-obscur ou le ton.
Après avoir fait des essais sur un grand nombre d'essences, j'ai reconnu que c'était encore la lavande qui possédait au plus haut degré la propriété d'être lente à s'évaporer; je dis au plus haut degré parmi les essences dont le prix est modéré; car l'huile d'anis ou de fenouille» qui sont incolores » sont encore plus lentes à se dissiper, et ce seraient les essences de girofle et de rose qui seraient les plus lentes de toutes. On conçoit que ces dernières ne peuvent être employées à cause de leur rareté et de leur odeur. Tout-à-l'heure je parlerai de l'huile volatile de cire, dont j'ai pressenti le premier les bons effets , sa lente volatilisation étant favorable à la peinture.
De l'huile volatile d'aspic.
L'huile volatile d'aspic est plus commune que celle de lavande; elle provient d'une espèce de lavande sauvage, è larges feuilles (latifolia ou lavandula major ) , qui vient abondamment en Provence , dans le Langaedoc , et ailleurs ; on l'appelle aussi quelquefois nard commun. Dans les anciens livres italiens, elle est désignée sous le nom de ogUo (faspigo , aqua di rasa , oglio di rasa.
GOO PROCàDÉS MATéBIBLS.
Comme son odeur est très-forte , on la falsifie volontiers : il est donc rare de la trouver pure dans le cooimerce. Assez souvent elle est frelatée avec un mélange d'huile essentielle de térébenthine. Il est aisé de s'en apercevoir en y trempant un linge ou un morceau de papier gris» et en le faisant brûler; Todeur &it aisément connaître ce qu'il en est. On peut aussi jeter dessus celle huile de l'eau parce qu'elle se combine avec l'espril-devin; l'huile surnage dans ce cas. Ensuite on fait brûler uo peu de cette huile dans une cuillère de métal : si elle est pure, le peu de fumée qui s'évapore n'est pas désagréable, mais peu de flamme et beaucoup de fumée décèlent qu'il y a de l'huile de térébenthine ou autres mêlées à l'huiled^ay pic. J'ai employé quelquefois de l'huile d'aspic , dont Todeur était très-supportable, et dont la volatilité est moins grande que celle des huiles communes.
L'ancienne renommée de l'huile d'aspic doit élre ici de quelque considération. Uépreuve que j'en ai faite me persuade qu'elle est aussi bonne que l'huilo de lavande, et qu'elle est à préférer à celle-ci sous le rapport de l'odeur» laquelle se dissipe assez vite» et se répand moiD> loin. On en a fait beaucoup usage autrefois.
Huile volatile de cire.
Il était assez naturel de supposer que l'huile volatilc de cire pouvait être utile dans notre procédé; et ce fut avec bien de la satisfaction que je me convainquis qu^ cette huile » ou cette espèce d'huile » était toute volalit et très-lente à s'évaporer. La qualité incoloro naturelle a la cire laissait à penser aussi que cette huile , dans ^on étal de résinificotîon , ne pourrait être qu'incolore tout
PEINTUBB £IiGAUSTIQUB. Goi
comme la cire elle-même , je lui ai recomiu aussi cette qualité; enfin sa lenteur à sécher» lenteur qui est remarquable» la rend d'un grand secours, puisqu'elle Xacilite au peintre le long maniement des couleurs.
L'idée de dissoudre la cire dans une huile volatile de cire est donc heureuse , et cette homogénéité milite déjà en faveur du choix de ce dissolvant.
Voici la recette avec laquelle tout pharmacien pourra préparer cette huile volatile : Cire jaune et chaux vive (de chaque substance une égale partie); faire liquéfier le tout ensemble dans une bassine « afin d'en former des boulettes ; introduire ces boulettes dans une cornue de grès ; cette cornue étant placée dans un fourneau de réverbère; chaufier par degrés jusqu'au rouge. Quelques gouttes d'eau passeront d'abord , puis l'huile volatile.
Ordinairement on obtient sept à huit onces par chaque livre de cire. Les premiers produits de la distillation sont les moins chargés de l'odeur d'empyreume ou de feu; en redistillant on obtient cette liqueur très-peu colorée.
Les chimistes diront» au sujet de ce procédé» qu'il se fait une décomposition dans l'opération » et que l'homogénéité désirée ne peut pas avoir lieu. J'abandonne ce point» ainsi que leur observation relative au danger qu'il y aurait à employer de la cire blanchie à l'alun » parce que cela donnerait» par la distillation» une certaine quantité d'acide sulfurique » qui dénaturerait le produit. Je ne m'occuperai pas non plus de savoir si cette huile ne doit pas être appelée plutôt empyreumatioue ou même ammoniacale. Ce qui m'importe » c'es volatile» cl elle l'est; c'est que et puisse être accélérée par le fci
GOS PBOCiois MATERIELS.
co qui importe , c'est qa'ancune existence de chaux ne subsisle dans ce liquide; or il n'en existe point du tout.
L'odeur d'empyreume ou de feu est un inconvénient; mais, à l'aide de la glace et d'autres précautions déjà indiquées, on l'atténue. Enfin cette odeur n'est point pénétrante, et, à une petite distance, on ne le sent presque pus. Lorsqu'elle est dissipée, il ne resle qu'une odeur de miel et de fleurs des prés.
Malgré lout, je me félicite beaucoup d'avoir eu recours h ce liquide peu ou point connu , et sur lequel même ne comptent pas tous les pharmaciens auxquels on propose de le fabriquer. Je crois donc avoir rendu en ceci un vrai service à la peinture. Nous Terrons plus lard (cbapitre 595) quel parti on peut en tirer pour la peinture à huile, c'est à dire en le substituant à un tiers d'huile, qu'on soustrait lorsqu'il s'agit de liquéfier et de broyer les couleurs * .
Des huiles volatiles de copahàj de citron, de pctrole, etc. , etc.
Nous allons parler brièvement, et dans une même section, de quelques autres huiles volatiles.
Huile volatile de copahu. — Le baume de copahu découle d'un arbre du Brésil, qu'on appelle copaida ou cupaiba. Ce baume, qui est souvent employé dans la pharmacie, peut être fort utile dans la peinture , soit dans cet état naturel de baume, soit dans l'état d'huile volaille.
» Od peat s'adresser, pour avoir cette huile volatile, à la phannacK' de M. Dégenétais , à Paris, rue Saiot-Honoré , vis-à-vis l'église Sain^* Roch. Celle qu^il a obtenue est presque inodore.
PEINTURE ENCAUSTIQUE. 6o3
On l'a appelé aussi huile de copahu , et il ressemble effeclÎTement à uoe huile fixe, à cause de sa fluidilé el de sa lenle volatîlisalion. Il pourrait être employé comme vernis » parce que la parlio résineuse qu'il déposerait serait assez abondante pour produire une lame de substance diaphane; mais celte lame ou cette couche n'aurait pas beaucoup de^ solidité, el elle serait long-tems molle ou fort susceptible de s'amollir à la moindre chaleur » ou bien encore trop tendre dans son élat sec, à cause de la contexture naturelle de ce baume résineux. Cependaul il est, selon le P. Bonanni, employé seul par les peinlres du Pérou. Les expériences que j'ai faites sur cette substance me font croire volontiers à cette assertion.
Quelques gouttes d'huile volatile de copahu entretiennent très-long-tems la liquéfaction des résines dissoutes dans d'autres huiles volatiles. Le baume lui-même , lorsqu'il est introduit dans une teinte quelconque, en ralentit hi dessicalion; aussi peut-il être incorporé dans les teintes de la peinture à huile, lorsqu'on désire qu'elle soit lente h sécher ; on peut aussi l'y dessécher par l'efTet du feu.
On falsifie le baume de copahu avec des huiles fixes, avec de l'essence de térébenthine, ou peut-être avec quel-* qu'autre baume commun du pays; car ces contrées abondent en arbres résineux , et dont le commerce ne nous fait pas connaître les produits. L'odeur forte du copahu empêche de reconnaître cette falsification à l'odorat.
Huile volatile de citron. — On distingue deux espèces d'essences de citron : l'essence de citron zeste (le zeste est Tépiderme de l'écc distillée ou distillé plus pénétrante et
6o4 PBOCÉDis MATÉBIELS.
luière. Od peut employer Tesseoce de cîlroo pour les solutions des résines quelconques , lorsqu'on reut rendre le gluten très-siccatif : en effet , au bout de dix minutes . une couche de copal dissout dans cette essence , est sèche , ce qui est d'un fort grand arantage dans certains cas; mais cette essence est très-mordante» et il faut se méfier de son activité , et ne l'apposer que fort légèrement sur les premières couches* Cette essence fort utile se résinifie et s'épaissit aisément ; et alors sou odeur se change en une odeur assez déplaisante. Sa propriété est donc d'être vive à s'évaporer, de procurer une odeur agréable lorsqu'elle est fraîche , et de dissoudre » au besoin « les couleurs séchées depuis long-tems sur la palette ou dans les pinceaux.
L'huile volatile de citron est rarement fiilsifîée chez les droguistes ; elle n'est pas fabriquée ordinairement par le^ distillateurs y mais par les habitans de certaines campagnes oh abondent les citroniers propres à la fournir. Il faut néanmoins l'éprouver avant de l'employer, car on conçoit les ravages que produirait une seule goutte d'huile fixe , telle que celle d'olive» d'amande ou de Beo, qui ne sèchent jamais , et qui font toujours changer les couleurs , en telle petite quantité qu'on les y introduise.
Huile volatile de pétrole. — L*huile volatile de pétrole, qui se trouve chez tous les pharmaciens , n'est point naturelle, en général» mais artificielle; elle provient du napht qu'on a fait distiller ( voyez ce qui a été dit pn^cédemment. ) Il convient donc de vérifier son espèce et de s'assurer de sa pureté.
On ne saurait douter que les anciens aient fait usage du napht en état do baume et en état éthéré. J'ai ouï af-
PKINTURB BNCAUSTIQUE. 6o5
firmer que les essais faits à la manière dé Fabbroni , avec la cire et la pétrole , araient donné un ton fort riche et fort brillant : le peu d'expériences que j*ai faites arec celte huile volatile n*a point démenti cette assertion.
Les Persans peignent encore avec le napht. M. Olivier, naturaliste , auteur d*un Voyage en Perse , où il a résidé plus de huit ans , m'a dit avoir peint lui-même dans ce pays par ce procédé; il y employa aussi le napht pour vernir les insectes de sa collection.
On lit l'article suivant dans la Revue Encyclopédique , juillet 182 1, 3 1** cahier. • M. Hall a découvert une source de pétrole au nord-ouest de Duck-Creck. Le bitume sort d'une espèce de puits de 4 9 pieds de profondeur et de 3 de diamètre , situé au bord de la crique ; il s'élève en bouillonnant et coule par une rigole dans la petite baie : la source peut en fournir cinq barils par semaine. L*eau de la crique est couverte de cette huile jusqu'à trois milles de la source. Dans le puits elle parait occuper une profondeur de 3 pieds , et être portée sur Teau salée. Un enfant /voulant essayer si ce bitume prenait feu, en approcha un tison ardent ; et en un clin d'œil , toute la surface de l'eau fut en feu, et les flammes s'élevèrent jusqu'à la hauteur de trois cents pieds. •
— Quant aux huiles essentielles de fenouille et d'anis , leur odeur les rend impraticables; cependant elles sont d'une très-lente volatilisation et jaunissent peu. Je n'ai point éprouvé l'huile volatile de succin; je ne connais point non plus celle du cumin, de la camomille, etc. J'avais ouï dire que le chaton de noyer produisait une huile volatile inodore; j'ai essayé, mais en vain, d'en obtenir mâne une très-petite quantité. Quant à la glu , il ne faut
6o6 pnocéDÉs matériels*
pas 9 je le croîs , y penser , puisqu'elle se noircit irès-Tlle lorsqu'elle est exposée à Talr. Je laisse donc anx curicuv à poursuiyre ces recherches , m'en tenant surtout au dissolvant prof enant de la cire.
De la solution de la résine-élémi dans Chidle volalile d' aspic f de lavan de, ou dans toute autre.
Rien n'est plus facile que de dissoudre la résine-^lcoii dans l'huile volalile de lavande ou dans toute autre c:»sence. Un feu très-doux suffit pour cette opération; la résine se met promplement en pâte. On remue avec un bâton et on l'écrase pour en faciliter la liquéfaction. Il faut avoir soin d'ôter les plus grosses parties des corps étrangers qui y sont enfermés , afin qu'ils ne coloreoL pa> la dissolution. Quand la liqueur est encore chaude, on la passe k travers un crêpe, puis on la laisse déposer cl s'éclaircir. On procède de même en employant telle huile volatile que ce soit. Il convient de ne pas prolonger rélai chaud de la liqueur; cela évite la déperdition de l'essence.
De la solution du copal dans tliuile volatile d^aspicj de lavande, de cire, ou dans toute autre.
Quoique plasicurs chimistes aient prétendu avoir dis- S0Q8 le copal, et que Tingry ait dit à ce sfujet des chos^5 nouvelles , mais que l'expérience n'a pas toujours confirmées, quoiqù'enfin Watin ait parlé en deux mots de h torréfaction du copal , comme seul moyen de filtre fooiire cette résine » on peut avancer que les livres qui traitent des vernis en général , n'ont jamais considéré cette substance comme étant fusible complètement , sans Hoter-
f PEIRTTJRB ENGAUSTIQUB* 607
inède des huiles fixes; et une persuasion presque générale subsiste au sujet du copal, c'est qu'il esl insoluble dans les huiles essentielles, dans l'esprit-de-vin el même dans Télher. Les moyens particuliers Indiqués dans les livres où Ton prétend avoir dissous le copal, sont douteux ou difficiles à mettre en pratique , et les praticiens les ignorent aujourd'hui.
Les annales des arts donnent, de tems en tems, des recettes pour cette liquéfaction du copal sans le secours <le l'huile; mais on ne les trouve pas toujours efficaces , lorsqu'on veut les soumettre à l'expérience. On a indiqué le plus ordinairement, comme moyens , Talcool saturé de camphre, l'intermède de l'ammoniac, l'addition de certaines résines , etc., etc. Tingry, qui a écrit fort au long sur les vernis , prétend avoir trouvé une propriété dissol-- Tante dans l'essence de térébenthine exposée à l'air pen-danl un tems déterminé, mais ce moyen, qui n'a réussi au surplus qu'il lui seul, n'est, dit-il, que le résultat du hasard : il aurait dû croire cependant que l'essence tle térébenthine vieillie, épaissie, et résinifiée à l'air, étant par cela même rapprochée de l'état de baume, ou de l'état concret de résine , apportait celte affinité ou cette homogénéité que Ton a remarquée entre les résines dont l'addition facilite ordinairement l'amollissement du copal. Enfin l'on peut avancer qu'il n'existe point aujourd'hui rie moyen généralement usité de dissoudre le copal sans l'intermède des huiles fixes , l de rejeter, telles épurées et cependant il est à désirer que grand avantage , celui de four l érable.
6o8 PROCÉtàks MAT^BIBLS.
Quel est donc le moyen le plus simple de liquéfier \c copal qui doit cire introduit dans la peinture à la cire? Je n'en reconnais pas d'autre jusqu'ici que le feuicot le hasard qui me Ta fourni. Faisant plusieurs essais dans toutes sortes de yases » et ayec toutes sortes d'intermèdis pour dissoudre le copal, tantôt en poudre, tantôt en masses , un accident fit briser sur les charbons arden^^ une petite fiole à large fond » qui contenait du copal en morceaux, joint à de Tesscncede térébenthine trës*rectifiée. La flamme m'empêchant de retirer tout de suite les débris de ce vase , je laissai donc quelques minutes sur le feu la partie du fond qui contenait encore beaucoup de matière; le degré de calorique s'étant augmenté parla flamme qui enveloppait ce fond de la fiole , je m'ape^ç(i^ que le copal devenait en état de fusion parfaite. Je le retirai aussitôt , j'éteignis la flamme , et je transvasai toul de suite la liqueur qui était devenue un superbe vernis, un peu épais, il est vrai, mais que je liquéfiai avec une addition d'essence chaude. Je recourus au livre de ^^a tin , et je vis qu'il parlait de torréfier le carabe et le co pal , à nu , dans des vases de terre et sur un cbarkn ardent; et depuis je m'en suis tenu à ce moyen, qui consiste à employer un haut degré de calorique.
Watin avait dit dans son chapitre des Bitumes: «I^' » copal et le carabe ne se dissolvent point dans l'esprit » de-vin ni dans aucune essence , soit qu'ils soient en n& » ture , soit qu'ils soient réduits en poudre; mais ils fon- 1 dent dans les huiles, i Pourquoi n'a-t-il paa ajouté q:]'!^ fondaient au feu poussé à un haut degré? C'est qu'il ne considérait pas apparemment cette fusion comme une liquéfaction simple, et qu'il croyait que cette torréfacliou
P£INTXJRB ENCAUSTIQUE. 609
enlevait au copal ou au carabe une partie de cette substance oléagineuse qui , selon lui , contribue à la cohésion des parties et fait la force et la dureté de ces matières, a II serait à désirer, dit-il en finissant son article» p. 1 1 fî , » édition de 1779 » que la chimie pût découvrir» par ses i recherches , quelque menstrue parfaitement déflegmé , » actif, violent même , qui brisât promptement le copal i et le carabe qui » en fondant avec vitesse ces deux subi stances » les liquéfiât sur-le-champ , ou du moins empêi chat l'évaporation de leurs principes essentiels pendant « la torréfaction , et les maintint ensuite dans le même
• état de fluidité jusqu'à emploi parfait de la matière»
• ou qu'ils n'eussent la liberté de s'évaporer qu'après i l'application : voilà le terme de mon art et le vœu de i l'artiste. Les académies de l'Europe s'empresseront sans i doute de concourir à l'avancement d'un art si utile» en » proposant à l'émulation , à résoudre les questions relai tives^à ce sujet. »
Cette partie constituante et oléagineuse du copal ne peut-elle donc pas être fondue et divisée elle-même par le feu » sans être détruite; et est-il bien sûr qu'une lamo de copal fondue au feu» puis refroidie et séchée» devienne, comme Watin le dit quelque part» friable» tendre et sans consistance? J'ai éprouvé le contraire; et tous les vases» dans lesquels j'ai fondu du copal au feu » ont conservé des traces de cette résine qui » une fois refroidie » a repris sa première dureté. Je conviens que s'il y avait décomposition » la matière changerait entièrement d'oi^anisation et même d'élémens constituans; mais il n'est pas besoin d'un si fort degré de calorique » ni d'un séjour aussi long sur le feu pour mettre le copal en fusion. Un