TOME VIII. 3(j
6lO PROCÉDÉS MATÉRIELS.
incoDTénient plus réel , c'est qu'il se colore plus ou moins par Faction da feu ; et il serait utile d'imaginer des moyens de lui appliquer le calorique , sans le mettre en contact avec l'air , qui est la cause de cet eJDfet. Les praticiens exercés ne seront pas sans en découvrir.
La machine de Papin serait peut-être utile ici. C'est un vase de fer si hermétiquement fermé» que la chalear qui dilate les matières contenues dans ce vase ne saurait forcer son épaisseur ni sa fermeture; en sorte qu'on peut r.exposer au plus grand feu sans qu'il j ait évaporalioD ou déperdition des parties contenues , et sans que Tair extérieur puisse se combiner avec elles.
C'est donc à l'aide d'un haut degré de calorique que peut se dissoudre le copal ; il faut par conséquent user d'un vase qui puisse supporter cette forte action de feu. Voici comment je conseille de procéder.
Prenez une cafetière en terre vernissée; jetez du Terre concassé dans le fond du vase , afin que le copal ne s'attache pas aux parois inférieures du vase , et ne brûle pas ; déposez dans le vase le copal brisé en fort petile^ masses : le copal étant en poudre ne se dissoudrait pas aussi vite; il s'agglomérerait en masses, et offrirait moio> de surfaces en contact avec le calorique. Lorsque le tout est très-chaud, remuez avec une spatule de fer (une petite tringle de rideau un peu courbée à un bout est très-bonne); après quoi introduisez l'essence chaujOTée. Lorsque )e copal sera sur le point de se fondre, il écumera et montera assez précipitamment : il faut tâcher d'empêcber celte écume ou plutôt cette mousse d'ébullition, en replongeant la spatule refroidie , en remuant beaucoup* el en retirant de tems en tems du feu la cajktière à Faiie
PE15TrE£ LIICACSTIQCE. 6l 1
(Fune pincclte de fourneau. Lorsque le ccpal est fondu (t défioiUvement relire du feu, on atlend, pour verser Tesseoce sufllsante, que le degré de calorique soîl un peu baissé , parce que sans cela l'essence s'enflaouneraîu Ce n esl donc qu'après quelques minules qu'on la verse, ayant eu soin auparavant de la faire chauffer; on FintroBuIt petit à peiil en remuant aiec la spalule : puis pour connaître le degré de liquidité, on en prend une goutte que Ton dépose sur un corps froid et non poreux , et, avec le doigt , on lâle si elle est trop épaisse, et s'il faut y ajouter plus d'essence. Quand la fusion est opérée, on passe la liqueur à travers le crêpe , on bouche le vase, et on la laisse déposer et se clarifier. Toutes les essences peuvent s'incorporer avec le copal par les mêmes procédés.
11 y a sûrement des manières meilleures d'opérer. On m'a indiqué le procédé du bain-marie dans l'huile bouillante , c'est à dire qu'il faut plonger la fiole contenant le copal dans un vase d'huile bouillante sur le feu. Je sais que plusieurs chimistes sont parvenus à fondre le copal sans huile , mais ils n'ont pas fait connaître leur secret. Je m'en suis tenu au moyen que je viens d'indiquer; il est bon , et souvent j'ai obtenu un gluten très-blanc par ce moyen. Le choix du copal , l'espèce de fourneau et la manipulation sont pour beaucoup dans le succès.
Je ne parle pas de la solution de plusieurs autres résines dans l'huile volatile , j'ai cru devoûr m'occuper seulement des plus nécessaires. Si quelques autres résines , telles que la sandaraque, le mastic en larmes ou autres, ne se mêlaient que difficilement aux essences, on pourrait les mêler d'abord dans l'alcool , puis mêler l'alcool dans i'tuiile %oIatilc, etc. , etc.
6l2 PROCÉDAS XATiRlELS.
De la proportion quil convient d'observer entre la quantité de cire et la qtàantité de résine.
La quantité de cire que l'on introduit dans k résine est en raison de la solidité ou dureté» et de la diaphanéité que l'on veut donner à la peinture. On conçoit qu*on pourrait se passer à la rigueur de la cire pourTeffet des couleurs très-fortes, mais le peintre a souvent besoin de teintes demi-matbs; et d'ailleurs ces couleurs, sans cire , deviendraient sèches , friables , et peut-être en état de poudre. La cire, interposée entre chaque couche« et sur la dernière, contribue» il est vrai, à donner déjà de la souplesse aux matières; mais, lorsqu'elle est réellement mêlée dans les teintes , elle en augmente tout d'abord la souplesse et la ténacité. L'ustion, ou ia fonte par le feu , produit de plus cette unité et cette cohésion de matières, qui ont lieu plus intimement par Tintermède de la cire. En effet , sans la cire on procurerait » l la vérité , la cohésion des couches résineuses par le moyen du cautérium ; mais on n'aurait pas un tout aussi moelleux , aussi souple , aussi gras qu'avec le mélangr de cire. Il faut compter aussi cette interposition des molécules de cire comme moyen contribuant à conserver la pureté des couleurs , et à empêcher la coloration des résines et du résidu des essences après leur éTapiv ration. On doit ajouter à cela l'avantage de lustrer da::< les intervalles, c'est-à-dire entre les couches, et de serrtr, pour ainsi dire , les lames de gluten : plus l'avantage de fixer solidement les retouches.
La cire doit donc être introduite en une certaine quantité dans les résines , et il n'en faut pas mettre trop ,
PBINTUBB BHCAVSTIQUE. 6l5
car dans ce cas la transparence des teintes serait moindre , et il résulterait un certain degré de réflexion qui pronendrait de Tépaisseur mate de la cire » épaisseur qui gêne d'ailleurs pour fondre les couleurs d'une manière unie. Cependant plus le gluten contient de cire et mieux on obtient Timitation des corps mats, mieux aussi on obtient la clarté dfins les tons. Mais, comme on met de la cire à volonté entre les couches, on peut, sans de grands incon- Téniens, peindre certaines parties par quelques couches de gluten peu chargé de cire. Je ne prescris donc pas la dose de cire que Ton doit introduire, puisqu'il faut en mettre davantage dans le gluten pour les clairs , et moius dans celui qui est destiné pour les ombres; ceJles-ci deirant être purement diaphanes, et c*est pour cela que le copal, qui est diaphane comme le verre, supporte plus de cire que certaines autres résines. Ainsi chacun en usera selon les cas et selon sa manière d'exécuter : il est donc convenable d*a?oir deux préparations , une de cire et de copal , une autre de cire et de résine élémi , dans lesquelles la cire soit très-dominante. On nourrit, si l'on veut, le panneau avec ce gluten pâteux qui , étant composé de beaucoup de cire, donne du liant et de la souplesse à toutes les matières.
Pour mêler la cire dans la résine , il faut proGler du tems où celle-ci est encore chaude , et y introduire les morceaux de cire , ou bien les gouttes de cire fondue auparavant , dans le cas où la matière ne se trouverait pas être assez chaude pour fondre ces morceaux de cire. 11 importe de bien mêler le tout avant d'employer le gluten.
6l4 PROCkhkS MATàRlELS.
Du degré de viscosité du gluten^ et de sa quantttc dans les couleurs.
Il ne fiiut pas que le gluten soit trop épais ou Tisquem par manque d'huile volatile» ni trop fluide par une trop grande quantité de cette huile volatile. Si le gluten est très-chargé d'huile volatile, cela peut induire en erreur et produire des embus. S*il est trop épais, il est à craindre que les couches ne soient trop épaisses et ne s'écaillent. Cependant, pour traiter légèrement les gaxes et d'autres corps clairs et légers, la présence d'ane plu^ grande quantité d'huile volatile convient, en ce qu'etlr donne de la fluidité et qu'elle faiicite ainsi les légèrelè«, la netteté et la ténuité de la touche. Les essences \r^ fugaces , ajoutées au gluten , sont même fort utiles daD> ce cas. Si cependant l'on met beaucoup d*huile folalile dans le gluten , il importe de la bien faire évaporera Taidt du feu.
Quant à la quantité de gluten qu'il convient de melln^ dans les couleurs , ce que nous venons de dire sert a^ser à déterminer celte quantité. Ainsi, répétons que lesteinle< mates doivent être nourries de cire, et que les teintes diaphanes et fortes doivent être nourries d'un gluten moin^ chargé de cire. Tous les peintres sauront comprendre et pratiquer ces différences.
Il est à remarquer que les couleurs broyées avec nolrt gluten encaustique , ne formant point de pellicule dan» les godets ou sur la palette , elles sont très-faciles à remanier, même après qu'elles ont commencé à sécher: uno goutte d'huile volatile suffit pour cet effet. D'aiUeurs If feu^et un peu d'essence de citron les ont bientôt Iiquéfiée>-.
PEINTURB B1ICAU8T1QVB. 6l5
cet avaDtage produit une économie « car il n*y a pas une seule partie de matière qui soit perdue. A huile» au contraire, le peintre perd à peu près le quart des couleurs qu*il emploie.
On peut Irès-bien conserver les couleurs ainsi broyées dans des petits bocaux à large ouverture» et que l'on bouche avec un bouchon de liège bien ciré vers le bas.
Je ferai encore observer que le bitume de Judée ne doit pas se broyer» mais se fondre au feu; il faut avoir soin d'y introduire de la cire et de la résine élémi qui est liante. Gela empêchera reifet an peu aride du bitume qui doit être nourri et recouvert de cire , afin qu*il ne soit pas exposé à se briser et à s*écailler.
Il est inutile de dire que les noirs, les laques» etc.» etc.» sont aussi siccatifs que les autres couleurs par ce procédé; ce n'est pas un petit inconvénient de moins pour le peintre.
De Custion et du cautérium.
Le calorique employé à un faible degré amollit» fond la cire, et la fait transsuder en dehors. Il fond aussi la résine» ou au moins l'amollit assez pour qu'elle se lie à la cire. Enfin » à l'aide du calorique » il se fait un tout de ces substances. Après les premières couches de l'ébauche» le feu en lie les couleurs avec le dessous de la préparation : au second travail» on lie les nouvelles couches avec l'ébauche » et enfin on fixe encore par le feu les dernières couches avec celles qui se trouveni dessous. La cire qui recouvre le tout adhère ensuite à tout cet ensemble , en sorte que la pins grande solidité garantit l'ouvrage qui est fixé par cette unité de cohésion. On com-
6l6 PBOCiDlîS MATÉRIELS.
prend assez que le trop grand degré de calorique ferait ou bouillonner ou couler la peinture par larmes , et que le trop faible degré ne ramollirait et ne la fixerait pas assez : il faut donc s'en tenir à un juste milieu enlre ces deux extrêmes , et cela est facile , en approchant ou en éloignant à volonté du tableau le foyer du calorique.
Quant au cautérium ou réchaud, il faut en avoir de plusieurs espèces» parce que Ton a besoin non-seolemeot de fondre toute la masse ou quelques grandes masses du tableau, mais parce qu'on a besoin, dans des cas parliculiers, de fondre des petites parties seulement. L'industrie sera donc imaginer telle ou telle combinaison mécaniqui propre à bien remplir cet objet. Il faut faire remarquer ici que le calorique du cautérium s'échappe volontiers verticalement et beaucoup moins latéralement, en sorte qu'il convient d'avoir un instrument qui puisse présenter latéralement une face ardente parallèlement à la surbcedu tableau.
J'ai fait usage avec succès d'une caisse grillée: on peut lui donner en longueur cinq, six ou huit pouces; le manche de ce cautérium, étant composé de petites tringles de fer séparées, est moins capable d'incommoder la main par la chaleur que toute autre espèce de manche (vove? la fig. 524* ) dans ce réchaud on met des charbons ardens. Les auteurs anciens parlent de charbons profenant de noix de galle ; j'ignore quelle peut être la propriél<' de celte . espèce de charbon. Peut-^lre fournissent-il» moins de celte cendre qui en volant incommode parfois lorsqu'elle se fixe sur le tableau, celui-ci se trouvant amolli par la chaleur. Au reste peu importe quel moTCQ Ton emploie, pourvu que l'on atteigne le but. Quaut
PBINTUBE E1ICA.U8TIQUE. 617
aux fers rougis , ils peuvent aussi être assez commodes et d*uD boD effet , surtout si Ton s*en sert pour chauffer de très-petites places du tableau.
Du lustrage et de f application de la cire comme vernis.
Je rais parler du lustrage qu'on doit obtenir finalement sur toute la surface extérieure du tableau , afin de le garantir par un vernis conservateur, et afin d*y rétablir une transparence uniforme. Ce sera par conséquent expliquer comment doit s*opérer le lustrage intermédiaire que l'on exécute entre chaque couche du tableau , et sur les parties seulement où il est nécessaire.
Tout le monde sait qu'un vernis donne de l'éclat à la ^ peinture : il fait revivre, comme on dit» les couleurs» et jt leur rend leur premier lustre par l'effet de sa transparence ; mais il importe dans cette question de bien comprendre toute la partie optique qui s'y rapporte. Or nous [ renvoyons à ce qui a été dit sur ce sujet au chapitre 532, ; dans ce même volume.
1 L'application d'un vernis, quel qu'il soit, est inséparable
d'un certain inconvénient; cet inconvénient c'est le lui- , 6ant assez gênant de la surface peinte, parce que ce lustre ^ blesse sous certains jours la vue du spectateur. Plusieurs I critiques auraient voulu faire rejeter l'usage des vernis , par cette seule raison qu'ils sont luisans, et qu'en mirant là lumière ils forcent le spectateur à ne se placer que sous des angles où il ne rencontre pas les réflexions radieuses de ces vernis; mais ces critiques ne comprennent pas apparemment que ce même effet est la cause de la force
6l8 PAOCtoiS MàT&RlBLS.
précieuse des peintures et de la beauté des couleurs du tableau. Le pastel, la gouache, la fresque oe réfléchissent aucun luisant ; mais ces peintures mates ool peu d'énergie. Le luisant des vernis est donc inséparable de Teffet physique nécessaire pour produire labsorption des rayons de la lumière. Ici je me vois encore engagé ï mettre en avant le procédé encaustique , comme offrant un terme moyen précieux entre ces deux extrêmes. £o effet la cire lustrée et appliquée par plusieurs couches minces et toutes rendues transparentes par le frottement, produit non-seulement cette diaphanéité suflisante qui donne de la force aux couleurs intérieures» mais elle a l'avantage en même tems de ne point oflGrir, sur la superficie du tableau , ce luisant éblouissant et cet éclat vif et importun que les vernis résineux, appliqués par plusieurs couches , font rejaillir si vivement. Le luisant delà cire est modéré, doux» un peu incertain» etiie blesse jamais la rétine.
Citons , ail sujet de cet inconvénient , ce qu'écrivait l'auteur de l'Histoire et Secret de la Peinture à la cire (voy. l'article Caylus, dans notre Catalogue des auteurs).
c En présence des plus beaux tableaux, dit-il, on doDue » au regret des momens que l'on devrait donner à Tâd » miration. Un luisant détestable averdt à chaque inslaul » que l'on est devant une toile. Son effet égal sur un
> lointain, et sur un terrain avancé, qui lui sert d'oppo- » sition , contredit le but de l'art et l'intention de r^r- » tiste. L'espace coloré se distribue sous le regard, (^
> je ne sais combien de petites portions , qui Taffeclnit » toutes d'une manière diverse et confuse. On dirait, i> • certains points, que c'est la surface d'un fluide agité
PBINTURB BNGA.U8TIQUB. 6ig
sur lequel se joue une lumière tremblante. S'il arrive
que le ciel mire dans un endroit poli , il y réfléchit trop
d*éclat 9 et le reste est plongé dans Tobscurilé. 11 faut
se tordre , pour ainsi dire , autour de Taction pour en
saisir les incidens hors du jour convenable. Ce tableau
n'est qu'un amas de taches luisantes renfermées dans
une belle bordure dorée, c'est à dire
droit où la peinture expose à l'œil un
teur y il y en a plusieurs où elle ne ]
pect sale et désagréable » et que, sai
tentation , le luxe , et je ne sais coml
soires qui nous jouent , qui nous leu
font des jouissances fantastiques » c
dont on fait avec raison un cas infiai,
dant moins un cabinet ou un appartc
et grande tenture de soie d'une seule
que le plaisirdek vue doit à Tusage c
maintenant à l'intérêt de l'art et à la
les vernis ont plusieurs mauvais efletfl
eflet des résines qui y entrent; s* i
de la térébenthine; 3* ils altèrent les
l'action du vernis sur l'huile employée
On remédie aux deux premiers incoi]
en enlevant adi*oitement les vernis
bleaux; mais quelqu'attention cpie W
manœuvre, ces molécules précieuse
la vérité, la délicatesse, la fralcheui
la touche , cette âme de l'artiste , ce
a si lé^rement répandu sur la toile ,
en parait quelquefois séparée et com
pendue en l'air entre les objets peint
6S0 PROCÉDÉS HATÊftlBU.
» taieur , n'en seront-ils point écartés ? Ce voile tendre 1 et délicat ne sera-t-il point olBensé ? Cette poussière • si fine qui colore les objets ne sera-t-elle pas dissipée? » Ces fruits ne perdront-ils rien de leur duyet? Le ve- 1 louté de celte étoffe ou son lalné ne seront-ils point » effleurés ? Ces chairs si jeunes » si brillantes , si frai- » ches» conserveront' elles tous ces charmes? J'en
> appelle aux connaisseurs; j'en appelle aux tableaux t mêmes que le public a sous les yeux , surtout à ceux
> qui sont tombés dans des mains ignorantes et meur-
> trières. >
Continuons d'exposer les avantages que le Ternis obtenu par la cire a sur les vernis ordinaires de la peinture à huile.
Le gluten de notre nouvelle peinture est mêlé de cire, puis recouvert de cire pure. Ce dernier vernis ne jauDil point, ne se gerce point, ne fait point crisper la peinture, ne se ternit point par un retour à un état fiirineox; et s'il se ternit momentanément par les brouillards et dans les dégels, sa transparence peut être rétablie aussitôt par le frottement d'un linge doux » frottement qui , comme on sait , ternirait tout-à-fait les vernis à tableau : les Ternis gras pourraient même à peine supporter un pareil frottement. Au reste ces vernis gras jaunissent , noircissent > et ne peuvent plus être enlevés. On sait aussi que, lorsque l'on vernit les tableaux quand ils sont encore frais , Ve>senceet la résine pénètrent tellement les couleurs à huile. qu'elles font corps avec celles-ci, et que l'on ne peut guère ensuite enlever ce vernis sans enlever en mtme tems les teintes les plus légères du tableau. Le vernii jaunit bien plus étant ainsi en contact avec l'huile , doiit
tȣlNTURB Blf CAUSTIQUE. 6si
la pellicule extérieure » non encore desséchée et durcie , se trouve emprisonnée et s'obscurcit par cela même. En un mot , il conviendrait en tout tems d'isoler de la peinture» par une couche intermédiaire de mucilage, le vernis dont on veut la couvrir » et cela même lorsqu'il s'agit de vernir les plus anciens tableaux à huile ( nous parlerons de ce mucilage). Je ne rappellerai pas ici l'inconvénient des gerçures par la retraite des couleurs encore molles que le remis attire, et qu'il sépare et fendille en se séchant et eu se retirant lui-même; l'expérience de tous les jours le démontre assez; c'est au reste l'eflet naturel de tout corps se durcissant et prenant adhérence sur un corps plus mou que lui.
Il est bon de dire en passant que le vernis à la cire, ou le lustrage par la cire seule , et tel que je vais l'indiquer, est le meilleur moyen qu'on puisse employer pour vernir tous les tableaux peints à huile. Répétons à ce sujet que le vernis à la cire seule est à la vérité d'un degré de transparence moindre que le vernis ordinaire nouvellement apposé; mais celui-ci, au bout d'un mois ou deux, redevient au degré de transparence et de lustre du vernis à la cire, et après six mois ou un an , il devient encore infiniment moins transparent; souvent même il est déjà tout terni , sans qu'on connaisse de bon remède contre cet effet. C'est cependant à peu près dans cet état qu'on en jouit le plus communément, puisque l'on ne renouvelle guère les vernis que tous les deux ans au plus. Le vernis à la cire, au contraire, reste toujours à son degré primitif de diaphanéité, et le frottement d'un linge doux le rétablirait tout de suite, dans le cas où il aurait été terni par une cause quelconque.
Caa PROCÈDES HATiRIELS.
Je passe à l'explicalioa optique relative à l*effet du Ternis à la cire , puis je donnerai le moyen de la préparer et de Tapposer sur le tableau.
Pour qu'un tableau à Tencaustique puisse être considéré comme entièrement terminé, il faut non-seulement qu'il ait reçu une légère couche de gluten , qui finisse de donner aux couleurs fortes et profondes toute leur transparence, mais il faut encore que cette dernière couche de gluten soit garantie au- dehors par une lame soflisamment épaisse de cire pure , et aussi transparente elle-même que ce gluten. Si on laissait exposés à Tair, sans enduit coqservaleur , ces dernières couches ou ces derniers glacis de gluten coloré ou incolore, que le peintre a appliquée pour finir, pour accorder et pour rétablir la transparence et par conséquent la force sur tous les points où cela est nécessaire, il pourrait se faire que ces derniers glacis, ces derniers vernis éprouvassent des ravages : ils pourraient se pulvériser, se rayer, se ternir, se détruire enfin presque autant que les vernis ordinaires qu'on applique sur b tableaux à huile. On pourrait croire, il est vrai, qae la petite quantité de cire que contiendraient ces glacis ou ces vernis, et que l'ustion, qui donne du brillant, faroriseraient jusqu'à un certain point le poli que procurerait le frottement d'un linge doux , et que ce lustrage suffisant se renouvellerait , quand on le voudrait, en irottant et en chauffant de nouveau; mais dans ce cas même la peinture ne serait pas encore assez garantie à l'extérieur , et il lui faut, pour couche finale et conservatrice, une couche dr cire pure bien lustrée, bien polie, serrée, et suffisamment épaisse. L'emploi du cautérium produit donc , il est vrai» sur l'extérieur de la peinture , cette lame luisante dout
PEINTURE ENCAUSTIQUE. 6s3
nous venons de parler; mais on ne peut pas affirmer que reflet du feu rappelle toujours en dehors une couche égale et suffisamment abondante de la cire intérieure du tableau» ni que cet eflet seul doive être considéré comme un conservateur assez sûr de la transparence, de la force et de la solidité des couleurs. Au moyen de cette ustion , des parties qui étaient embues reparaissent , il faut en convenir» avec un éclat diaphane» et on voit naître un vernis assez brillant à la surface du tableau » vernis qui provient du retour en dehors de la cire et des résines que la chaleur a fait transsuder ; mais ces luisans particuliers et inégaux ne dispensent pas de vernir à la cire après coup » et de garantir tout le tableau par ce moyen certain et uniforme.
On conçoit déjà que le j>oint le plus important et le plus difficile de toute cette question c'est de conserver rintensité ou la transparence des bruns» malgré ces lames de cire » et de ne point détruire cette transparence » soit en apposant la cire de manière à déranger la contexture diaphane du dessous par un commencement de délaie ment» soit en laissant à cette cire son état d'opacité qui réfléchirait la lumière ; inconvénient de peu de conséquence » à la vérité » s*il n'avait lieu que sur les teintes claires» mais qui serait très-grave lorsqu'il s'agit de tons vigoureux. Or c'est de ce point difficile que ne se sont pas assez occupés les auteurs qui ont voulu faire revivre la peinture à la cire. Il faut donc que les bruns soient le plus intenses qu'il est possible, non-seulement au moment de finir le tableau » mais même et surtout après que le tableau est entièrement terminé et recouvert de cire; de plus il iaut que cette force des bruns soit durable » et
6s4 PROCÉDAS MATliBIELS.
<]u'elle se conserve sans allération autant que la peinture elle-même.
Ajoutons h ce que nous ayons dit sur la transparenct". (au chap. 53s ) que si Ton veut avoir une idée nelle de cette pureté et de cette vigueur des bruns aperças à travers la dernière couche de cire faisant vernis, on peut avoir cette idée en faisant une expérience facile sur un verre noir , ou , si Ton veut , peint en noir par dessous On cirera donc ce verre d'une , de deux , ou de trois couches f entre lesquelles on lustrera cette cire en la frottant; puis on remarquera les degrés de réflexions ou de refractions accidentelles qui pourront atténuer ou troubler le ton très-noir de ce verre. S'il arrivait que quelque» taches éclaircissent ce ton noir , il faudrait recourir au moyen de quelques glacis composés de gluten pur ou bruni par du noir » puis chauffer et cirer de nouveau : par ce moyen , les lames de cire couvrant de leur verols diaphane les tons diaphanes eux-mêmes du tableau , laisseront à ces tons toute leur force et toute leur transparence.
Parmi les différons procédés que j'ai imaginés pour d»' poser également cette couche de cire sur le tableau, voici celui qui a le mieux réussi. 11 faut liquéfier la cire à Teau , en déposer une couche sur le tableau , la lais^^r sécher» de manière qu'il reste une poudre blanche également déposée; puis faire fondre cette poudre , en sorte qu'il existe sur le tableau une lame égale de cire, dont on polit l'épaisseur avec un rasoir; puis on lustre tout !< tableau en frottant. Un autre moyen , c'est d'amollir dr la cire, en y introduisant, lorsqu'elle est fondue, quelques gouttes d'huile volatile , et de prendre un peu d'^
P£INTDBB ENCAUSTIQUE. 62«)
celte pommade dure sur le pouce , et de Tétendre sur le tableau en frottant souvent. Nous allons entrer dans des détails sur ces deux procédés; commençons par 4onner le moyen d^employer la cire liquéfiée à Feau.
Ce procédé est bien préférable à l'autre , et bien plus cxpéditif.
Amollissez la cire, en y introduisant »iorsqu*elle est fondue et que le vase est retiré du feu, trois ou quatre gouttes d^huile volatile d*aspic; ajoutez, dans la cire ainsi amollie et divisée par ces gouttes d'essence , quelques cuillerées d'esprit-de-vin bien rectifié : cet esprit -de-vin bouillonnera et s'évaporera aussitôt. Ajoutez-en d'autre , et remuez la cire qui, se refroidissant, se mettra en flocons et en état de division : battez bien avec une spatule, et ajoutez de tems en tems de l'esprît-de-vin tiède ; la cire au moyen d'une agitation non interrompue, se divisera et se liquéfiera. Il ne s'agira plus alors que d'y introduire l'eau , afin d'atténuer le mordant de l'esprit-de- TÎn et afin d'obtenir une liqueur fluide, ce qui s'opère sans grande difficulté, ainsi que nous allons l'indiquer. L'eau se lie donc à l'esprit-de-vin , l'esprit-de-vin se lie à l'huile volatile, et l'huile volatile tient la cire en division ; mais un moyen particulier est nécessaire pour la plus complète division , que nous nous permettons d'appeler ici liquéfaction, c'est le broiement à l'aide d'une molette. En broyant donc , ou plutôt en mêlant avec de l'eau ce mélange, on obtient une espèce de lait de cire , que l'on passe par une gaze ou un crêpe afin de ne l'avoir chargé que des molécules les plus ténues et les plus divisées. Couvrez de c^tte liqueur ou de cette eau cireuse le tableau , en l'apposant avec un blaireau large et serré, et laissez-la sécher;