CHAPITRE
COMMENT ON PEUT CONNAITRE ET RÉPÉTER PAR DES ÉCHANTILLONS LES TEINTES GÉOMÉTRIQUES INHÉ- RENTES AUX OBiETS.
Li'ÉTVDB du géométrique des couleurs est beaucoup plus importante que ne le pourraient croire la plupart des peintres. Ils penseront tops que c'est recommander une niaiserie ou nn exercice impossible à faire régulièrement , que de prescrira de preqdre des échantillons sur les tein** tes géométriques propres ou inhérentes fiux objets. Ce-pendant pourquoi cette prérention 7 c'est que les peintres en général procèdent en confondant toutes le^ questions. Ils opèrent à propos de teintes comme à propos de lignes, c'est-à-dire qu'ils no les conçoivent , ne les obsoPTent, ne les répètent qpe perspeotiTement , et qu'ils ne les oonsidèrept jamais géométriquement : en sorte que tel peintre qui sait à peu près quel mélange il doit ftiire sur sa palette pour représenter sur son tableau la couleur do tel ou tel objet iiperçu à tel ou tel pUn , ne saurait pas composer sur sa palette cette même couleur dans son état géométrique simple et naturel , telle enfin qu'elle est et qu'on la Yoit de très-près, et non telle qu'elle paraît à travers l'espace. Il prétend donc répéter avec justesse le rouge de celte draperie enfoncée à deux toises, et il ne sait pas le répéter tel qu'il est vu de près et sans air interposé. II résulte de cette négligence de l'étude toute simple des couleurs géométriques , étude qui est , pour
ÉCHAlfTlLLON PAIS SUB LES TEINTES DES OBJETS. 55
parler ainsi , T A B G du coloris , que les peintres ont à la fin une idée fausse de la véritable teinte des objets ; en sorte qu'ils sont dans le cas de ces gens qui écrirent ou parlent facilement et hardiment» mais de routine^ et saps aToir acquis les première^ notions de la grammaire.
Uélèye doit donc commencer par faire des échantillons comparés > et semblables aux teintes des objets naturels; et il doit en faire sur toutes sortes d'objets , sur de mata • sur de diaphanes , de veloutés ^ de polis , etc. , et de toutes les nuances. Par ce moyen , il acquerra une idée nette et un sentiment net et des couleurs naturelles et des couleurs artificielles de la palette; car il apprendra à faire obéir le matériel de ses couleurs aux couleurs d^es objets naturels. Par cette étude , Téléve acquerra une grande précision d'organe et une singulière adresse pour iMt>uyer les ^uleurs nécessaires pour composer foutes les nuances accessibles à sa palette. Il imitera immédiatement les couleurs vives et fra nches , les couleurs tendres, délicates et incertaines, et il rapportera chaque teinte , chaque nuance à la loi de l'achromatisn^e , principe fondamental du coloris. De plus , il parviendra par des glacis ou des couleurs légèrement superposées à r^ter les corps demi-diaphanes, tels que les fruits , les carnations , etc. ; à répéter, par le poli et la transparence maténelle de $es échantillons , le poli et la transparence presque complète de certains corps. Il finira enfiù par fixer et retenir dans sa mémoire l'espèce de couleur propre à tel ou tel objet naturel , et à ne pas confondre ces couleur» dans sa pensée; car il les aura répétées d'après nature , et h l'aide d'une comparaison directe , immédiate el iniaillible. Sachant donc exprimer cette délicatesse in-
finie qui distingue les diverses couleurs des objets, il saura aisément exprimer les délicatesses aériennes ou les modifications scénographiques qui sont le résultat de la distance.
Mais ce n'est pas tout : le peintre qui aura suivi celte méthode toute naturelle pourra changer, corriger et embellir les teintes géométriques de ses modèles; il pourra animer la couleur de la carnation ou bien l'abaisser , et la rendre plus fine et plus délicate; il pourra embellir les teintes d'un fruit , modifier la nuance d'une étoffe , réparer même des teintes ou des échantillons imparfaits qu'il aurait pris avec négligence; et tous ces changemens, il les fera vrais et naturels , puisqu'il agira directement et sans incertitude. Qui ne conçoit pas que de tels exercices conduisent à bien représenter les ciels , les eaux , les vapeurs , et tout ce qui est changeant et impossible à répéter par des échantillons immédiatement comparés ? Plus tard nous ferons passer l'élève à l'imitation des couleurs des luisans et des surfaces obliques , et cela en usant ou du moyen infaillible des échantillons , ou du moyen infaillible de la géométrie. 11 va sans dire, que dans ces teintes sera compris le ton , et qu'ici par géométrique nous entendons et le ton et la teinte réunis.
Quanta la pratique ou au moyen d'obtenir ces échantillons des teintes géométriques , il est extrêmement facile , puisqu'il ne s'agit que de déposer sur l'amassète la teinte , et de la comparer avec la teinte même de l'objet , afin de corriger la première jusqu'à ce qu'elle se confonde , par une similitude parfaite , avec celle de l'objet lui-même, la lame de l'amassète et la surface de l'objet contre lequel on la pose , étant situées bien parallèlement.