‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 3 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ON NEGLIGE LA JUSTESSE DE REPRÉSENTATION FAR LE COLORIS, PARCE QUE N'EN SUPPOSANT PAS LE PRINCIPE 00 LA THÉORIE, ON S'IMAGINE QUE CETTE THÉORIE N'EXISTE PAS OU QU'ELLE N'EST PAS DÉHONTRARLE. — LA JUSTESSE DE REPRÉSENTATION PAR LE COLORIS PEUT SE DÉMONTRER ET S'APPRENDRE MATHÉMATI- QUEMENT GOMME TOUTES LES AUTRES PARTIES TECH- NIQUES DÉ LA PEINTURE.

c vioMM BNT YOulez'Tous , disait Depîles , que les peintres 1 pratiquent la partie du coloris , puisqu'ils ne la savent ipas pour la plupart; et comment raimeraient-ils « puis- > qu'ils ne l'ont jamais' connue ; car il n'y a guère que ce »que l'on connaît que l'on estime ou que l'on aime?i

Nou'^seulement le plus grand nombre des peintres recherchent peu la justesse du coloris, par cette raison qu'ils ne supposent pas les moyens mathématiques de l'obtenir; mais ils font peu d'efforts pour parvenir à cette justesse , parce qu'ils ont sous les yeux dea milliers de ta> bleaux dans lesquels le coloris est traité à rebours des règles, et parce que les faussetés et les contre -sens

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optiques ou chromatiques de ces tableaux sont regardés comme n'étant pas démontrables ni susceptibles d'analyse.

Au surplus » comment les élèves et les peintres en général panriendraient-ils à cette justesse de représentation par les teintes, puisque dans toutes les écoles de peinlure d'aujourd'hui on ne leur dit pa« un mot sur la laarcho mathématique du coloris, et que le seul conseil qu'on leur répète, c'est d'étudier les coloristes tels que Tiziano, Rubens » les Hollandais , ete.? Malgrér ce dénuement d'instruction artistique» certains peintres sont parvenus et parviennent à des représentations fort exactes et à un coloris vrai : mais quels sont ces peintres? ce sont ceux qui approfondissent la perspective des couleurs , qui recherchent les causes de l'influence de l'air sur les teintes particulières aux corps; ce sont enfin ceux qui méditent et qui étudient comme étudiaient les Flamands, ou qui, soit à force de ces méditations , ^oit par un respect bien entendu pour les célèbres coloristes , finissent par obtenir une représentation assez exaete ^e la couleur des objets.

D'aiHeurs, une foule dé préjugés et d'habitudes routinières empêchent les peintres de parvenir à cette justesse du coloris : leurs idées acquises au sujet de la vigueur et de l'exaltation des teintes , au sujet des moyens de faire finr ou avancer les objets, au sujet enfin des rapports dans les extrêmes en clair et en brun , sont presque toutes erronées. Mais à ces causes il faut ajouter la prévention dans laqudle ils se complaisent , par l'idée que la peinture noble et bien dessinée ne saurait produire l'illusion , et que les plus £mieux tableaux de Raphaël, de Michel- Ange, de Poussin, de Lesueur, de David même, n'offrent

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aucaaement, quant au coloris, celte ilhinon. On conçoit donc le peu d'importance qu'attachent la plupart de» artistes à cette étude du vrai , du naïf et du correct dans leurs imitations par les couleur*. Et au sujet de cette illusion impossible , ils disent : qu'outre le cadre qui seul les traUt , outre le ravage du temps on de l'air sor les oooleHvs qu'ils emploient , et bien d'autres inoonr^teiens , les moyens de leur palette sont bornés » et qu'elle ne saurait imiter au même degré de spleodeaar les effets brillans de la nature ^ ni mèoie la réflodon d'oae lumière TÎvesor les corps. Cependant on peut leur répondra que si les cou* leurs du tableau ne peuvent pas tromper les yeux on pradinre une iHusîen complète » ce n'est pas. une raison de négliger le vrai et de déprécier le coloris. La présence du cadre » le luisant de la smrface peinte ou le Ion toujours opaque des ombres , l'immobililé enfin des acteurs ote, il fiiut en convenir, toute persuasion que les objets sont réels ; mais Sophocle , Eschyle » ont-ils renoncé à la vérité , ont*ils méprisé les naïvetés qui n^pelle»t si vivement la nature , par cela seul que la soèue du théâtre trahissait toujours l'illusion ? Enfin doitpH>n pcsser avec J« Reynolds « qn'il ne £siut pas cbereber è exprimer sur

■ les draperies ce moelleux et ce lustre qui. servent à

■ tromper l'œil , et cela parce qu'il fiiut aupararvant cher- »cber à en bien disposer les plis? » Mais de ce que le but de l'art n'est pas de produire une complète déception de U vue » il ne s'en suit pas du tout que cette partie de la peinture qui produit , qui indique au moins les caractères des couleurs naturelles doWe être déprisée et ignorée , et que le sentiment ou le souvenir sans la science soit suffisant dans cette étude.

SBS PRINCIPES SORT DÉMONTRABLIiS. l5

Il fiiut encore rappeler parmi les idées &usses qui rendent les peintres indifiérens sur b justesse mathématique dn coloris» le raisonnement forcé qu'ils font souvent au sajet du coloris fardé» et dont l'éclat est recherché à tort dans les sujets oîi il conriendrait de ménager le repos et la tranquillité de b rétine. Mais rechercher la justesse de représentation 9 et choisir aTOc ailectation des efiels chiomatiqnes, étranges et incoiiTenans» «ont deux choses fort différentes. Une autre prérention , c'est celle qui lait dire que chaque peintre voit les objets à sa manière , et que les uns les Toieirt jaunes et les autres violets ; nous répondrons ailleors à cette pitoyable objection* Parlons encore de cette nécessité qu'ils comprennent très-bien , celle d'esalter et d'exagérer les couleurs des tableaux faiblement éclairés, et j|BlIe d'embellir et de relayer les teintes géométriques de plusieurs objets , telles que les carnations , par exemple ; celle enfin de combiner poétiquement le coloris. Cette nécessité , dis-je » les porte à croire qu'il n'y a point de règles mathématiques , que rien n'est mesurable en lait de coloris, et qu'il n'y a pas d'autre régulaAeiirquo Je sentiment. Mais c'est surtout l'idée qu'on M saurait être coloriste qu'au détriment du dessin qui est de toutes les idées fausses celle qui les abuse le plus, en sorte que ce prétexte les met très à Taise dans ce dédain et dns cette indifférence qu'ils affectent pour la correction d la justesse du coloris.

n résulte de tontes ces préventions et de toute cette confusion que chaque peintre attrape cette justesse comme il peot et k sa façon ; en sorte que les uns copient par dépH et répètent scrupuleusement les teintes individuelles qu'ils ont sous les yeux, et cela malgré leur iovraisem-

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blance ou leur laideur, et malgré les incertitudes que laisse toujours dans Tesprit l'ignorance de la perspective chro* ma tique; et que les autres ne sont occupés qu*à réaliser en fait de teintes et de coloris ce que le souvenir plus ou moins confus des tableaux accrédités leur rappelle. Ni les uns ni les autres ne peuvent donc modifier» embellir proportionnellement ou indiquer le coloris de la nature. Enfin, répétons que toutes ces préventions et surtout cette persuasion qu'il n'existe point de règles pour représenter avec justesse et selon des mesures certaines les teintes des objets, sont la cause des tourmens qu'éprouvent le$ peintres , quand ils ont le pinceau à la main en présence de la nature , et des tourmens que subissant les spectateurs en présence de la plupart des tableaux.

La Justesse de représentation par le coloris peut se démontrer et s^apprendre muthématique^ ment comme toutes les autres parties techni^ ques de la peinture.

Le coloris peut s'apprendre par démonstration et mathématiquement , car les teintes ainsi que les tons sont mesurables comme les lignes. Les divers a£Bsiiblissemens des teintes sont mesurables puisque les distances ou les enfoncemens dans le tableau le sont eux-mêmes. Enfin la partie imitative du coloris est une science positive, et , bien que l'organe de la vue soit le plus souvent sain et juste , il ne doit pas seul servir de régulateur pour apprécier les couleurs pas plus que pour mesurer les étendues. L'instrument mathématique est donc seul infaillible, et l'organe visuel ne l'est pas. Or, on ne saurait supposer qu'il soit impossible d'appliquer la géométrie au

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