‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 42 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

INDICATION D'UN MOYEN-PRATIQUE DE REPRÉSENTER PERSPECTIVEMENT LES TEINTES DES OBJETS.

LfAHS tou9 les arts les moyens- pratiques sont surtout employés avec succès par les artistes instruits de la théorie ou des raisons scientifiques; et Ton peut même dire que l'expérience des praticiens n*e$t autre chose que ta découverte , qu'à la fin ils parviennent h faire , des rap* ports qui existent entre leurs diverses pratiques. et les principes théoriques de l'art. Celui-là donc qui connaîtra les lois de la perspective des lignes et des couleurs , lois que nous avons tâché d'expliquer et de définir en trai-^ tant soit de l'achromatisme, soit de l'air, soit des échelles de d^adation, etc.; celui-là , dis-je, aura un bien grand avantage sur l'ignorant dans l'emploi des divers moyenspratiques et expéditifs imaginés par l'industrie artistique. Le moyen que nous allons proposer est donc dans ce cas : ce moyen est» pour ainsi dire, le même que celui dont il a été lait mention au chap. 43S , oii II est question des tons.

Puisque la peinture est un miroir , et que la toile du peintre doit faire l'office d'une glace , ou , si Ton veut , puisqu'une glace bien pure est une espèce de tableau ou une superficie plate qui répète les objets , il faut en conclure que tout l'art du peintre imitateur consiste à répéter, avec une exactitude absolument parfaite, les mêmes teintes réfléchies ou sensibles sur la glace , ou bien les

teintes telles qu'elles apparaissent là où elles s'arrêtent sur une v^itre transparente , interposée entre les objets et le spectateur ( dans le cas toutefois où Tœil et la ritre restent immobiles et situés en un point fixe et déterminé). D'après cet exposé , il est facUe d'îmaginer qu'un peintre praticien , qui voudrait s'exercer sur une vitre réelle y n'aurait rien de mieux à iaire que de déposer devant ou derrière cette vitre ses couleurs, soit au moyen d'un pinceau aussi long que la distance qu'il y a depuis l'œil jusqu'à cette vitre, soit à l'aide de tout autre moyen. Or il faut que ce petit échantillon d'essai déposé sur la vitre soit tellement juste » qu'il se confonde avec l'objet aperçu derrière cette vitre , en sorte que , quand ce point de la vitre restera couvert de cet échantillon , on croira toujours qu'on voit Tobjet et non cet échantillon. La même pratique peut avoir lieu sur une glace étamée ou miroir, et la teinte d'échjantillon apposée sur ce miroir devra être telle que l'œil , placé à la dislance adoptée» ne puisse pas distinguer, si cet échantillon est la réflexion de l'objet lui-même dans la glace, ou s'il est une touche du pinceau et une couleur déposée sur cette glace. C'est en parler fort à l'aise, dira-t-on , que de supposer une telle similitude, une telle illusion, un tel éclat enfin, et jamais la couleur matérielle apposée ne produira une si parfaite analogie; mais remarquons ici le grand auxiliaire que procure une assez grande distance, ainsi que rimm(>bilité du spectateur auquel , dans ce cas, on n'accorde point le droit de s'approcher du tableau.

Les peintres d'enseignes qui ont à représenter des objets placés dans la montre d'une boutique ne font pas d'autres comparaisons pratiques; et s'il s'agit par exem-

MOYEN PBATIQVE D£ BbPRÊSEKTER LES TEI?iTES. 110

pie d*un étalage de charcuterie , ils font en sorte que les saucissons , les tranches de jambon , les boudins blancs et noirs représentés » soient absolument semblables (étant TUS de la distance adoptée) à ces mêmes objets, qu'ils disposent exprès dans la montre , de la même manière qu'est disposé le tableau qu'ils' veulent (aire.

Lorsque Tobjet qu'on veut imiter est placé à contrejour, et que l'amassète que l'on veut comparer h cet objet est trop peu illuminée , étant à contre-jour ellemême , la comparaison ne peut plus être employée avec succès : tel est , par exemple , l'effet d'un horizon très brtUantr Dans ce cas il faut avoir recours à un miroir et tourner le dos à l'objet; par ce moyen l'amassète pourra être comparée à l'objet vu dans le miroir, la lumière naturelle éclairant alors suffisamment l'amassète.

Ce point pratique de coloris est si facile h comprendre, que chaque élève imaginera aisément une foule d'exercices propres à l'habituer à ces comparaisons perspectives des couleurs. On petit, par exemple, pkçer plusieurs petits cartons parallètement et enfoncés à des distances diver:^es les uns des autres , mais ne se masquant pas entièrement par rapport au spectateur ou au peintre qui resterait fixe à la distance; puis on placerait un semblable carton parallèle là où est censée la vitre ou le tableau ; et ce carton , qui serait en efTet le tableau ou l'image , sera peint de couleurs telles qu'en Pélevant ou en le portant de côté , 4c manière qu'il semble être la continuation d'un des aartons éloignés, sa teinte, vue au point de distaace, ëe confonde avec la teinte de ce même carton éloigné : rien n'est si simple que cet exercice. J'indiquerai aussi , comme excellente , l'habitude d'ac-

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