‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 48 sur 142 · TOME VIII · texte numérisé non relu

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peintves sonl-îls ilislinGts ron de Tautre par cette différence dans tons leurs tableaox. C'est ainsi que Michel- Angù avait le sentiflMnt dej^la puissance graphique , et de pins le sentiment des formes athlét^ues[; mais Duiîd de Vel terra , tout en le cédant en'œ point à Michel-Ange , dessinait sourent tout aussi bien que loi. S*fl iaoi admettre les dispositions innées ou les facultés particulières que les uns possèdent à un haut degré» et que d'autres ne possèdent presque pas , il reste encore à savoir quelle est la multiplicité» ou, si Ton Teut^ la subdivision , ou la Tsriéiédecesiacullésetdeces dispositions. L'unpeutaToir l'organe de la peinture en général , et cependant n'aroir pas l'organe des couleurs , bien qu'il ait l'organe du coloris. Une marchande de rubans, une fleuriste ana l'organe des couleurs ^ et n'entendra rien aux combinaisons chromatiques. Un autre au contraire, tel qu'un décorateur, sera peu sensible aux délicatesses des nuances et entendra très-bien la composition d*un ensemble tout chromatique. Tiziano apercoTait des finesses qui échappaient À Gioi^ione; il en fut ainsi de Yandyck par rapport à Rubcns : l'œil de Rubens était naturellement plus dur, plus fort qu€^ l'ceil de Yandyck; mais Rubens, sans des iofluences patticulièreb , eût pu rendre son œil bien plus délicat , bien plus fin et plus subtil. C'est ainsi qne Yandyck a su donner an sien de la force et triompher de sa nature par des exercices vigoureux et des efforts exat tés. L'émulation qu'entretenait dans son cœur la vue des ouvrages si applaudis de son maltrcr, et les élans auxquels il s'accoutuma^dans ses études en Italie , produisirent ces résultats. C'est ainsi eneore que Tiziano se montra digne riv^l de la chaleur de GiorgtMie , son

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coadisciple. Giûdo Reni fiit très-fi^, très-Tigoorein^ sous les Caracci , et tant qu*il latta aveo Carra vagio; mai^ aussitôt qu'il Toulut attirer sur lui les regards par nue manière nourelle» son coloris devint plus faible, plus tendre , et peut-être que ce peintre reprit son caractère naturel qu'avait exalté la rivalité de Carravagioet d'Annibal Caracci , peintres si vigoureux » ses émules et ses maîtres. Enfin si plusieurs peintres ont changé de manière , doiton dire que leur organe a ohangli? Non; mais ils surent le modifier. Bialgré tout , Taptitude innée s'aperçoit toujours» et le naturel perce au milieu de ces diffîrenoes.

Revenons à la question des organes natureUement défectueux , et que Texercice ne saurait redresser. Jl iaut convenir qu'il existe de ces orgunes défectueux; mqjs certainement ils sont très^rares , et l'on trouve bien plus souvent des oreilles laii8se&, insensibles à la justesse ou à la fausseté des tons , que dea jeax, insenaibles aux cou* leurs. Il est très- possible encore que certaines personnes, qui distingoent et sentent parfiiitemeot les différences dans les tons, et qui sercmt frappées, par exemple, des degrés d'obscurité ou de clarté» soit des ciels, soit des nuages , soit des coi^ lumbeux quelconques ,, ne sentent que d*une manière fort incomplète les teintes des objets. Cependant on doit reconnaître que tonte personne bien oi^anisée sait distinguer aisément et les degrés d'inten^ site lumineuse et les degrés d'énergie colorifique. £i donc il est vrai que parCbis il se ^rencontre des sens grossiers , qui ne perçoivent pas avec justesse les cauleurs; ces ex^ copiions , nous l'avons déjà dit / ne aauraœnt autoriser cette assertion- banale et fausse* que les peintres sent nés ou ne iODt pas mis colonaèes; et de môme que Vqb ne

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naît pas musicien, mais seulement avec une aptitude plus* ou moins heureuse pour la musique , art qu'il faut cultiver, pour y réussir; de même on ne natt pas peintre » en ce sens qu'il faille un organe particulier pour excella dans la peinture.

C'est très-inconsidérément que , pour excuser les mau* rais coloristes » on a répélé , ainsi que je l'ai déjà dit , qu'il y a des peintres qui voient jaune, d'autres qui voient violet. Cependant si un peintre voit jaune son modèle , il doit voir jaune sa copie; or sa copie étant trop jaune, puisque tout le monde en convient , elle doit lui paraître de même qu'à nous, plus jaune que la nature. Non; de tels peintreê travaillèrent probablement de pratique; ils ne comparèrent pas avec la nature ; ils devinrent maniérés dans leurs couleurs , et leur manière fut le jaune^

Quant aux individus dont l'œil est incapable ^de sentir et de distinguer les couleurs , on les a toujours oonsidérés comme des phénomènes; j'en ai connu deux de cette espèce , et c'est probablement de ces mêmes personnes qu'a voulu parler l'auteur d'un article de la Bibliothèque britannique. Ce qui y est dit à ce sujet est très-exact : l'un d'eux, officier-général d'artillerie, s'amusait beaucoup à peindre, malgré cette imperfection d'organe^ et je l'ai vu prendre indifféremmont du vert-pomme ou du rose pour imiter la joue assez vive d'un portrait. Le second , qui est neveu du premier , ne distingue guère qu*à leur forme, et très-difficilement à leur couleur, les fruits d'un cerisier. Il m'a dit plusieurs (bis que la vue du rouge lui faisait à la vérité éprouver une sensationr distincte , mais que souvent d'autres couleurs lui procuraient une sensation qu'iiregajcdait&ussement comme analogue; en

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sorte qu'il fallait que sa mémoire l'aidât , ou qu'il îfïi mis sur la Toie par quelques signes particuliers, pour distinguer ces causes différentes : les enfans de ce dernier n'ont point hérité de cette organisation particulière.

Je ne terminerai pas toute cette partie du coloris sans dire quelque chose qui puisse tranquilliser les élèves méfians de leur peu d'aptitude au coloris , et qui ont fait des tentatives si mal dirigées, qu'il n'est resté dans leur esprit que les idées les plus confuses , les plus embarrassantes au sujet des teintes et au sujet de l'art de colorier. Je puis donc affirmer , qu'ayant communiqué à des débutans la doctrine qui vient d'être exposée ici, ils n'ont trouvé aucune difficulté dans les opérations comparatives des couleurs. Ils ont commencé par répéter des échantillons géométriques d'après des surfaces diverses , qui étaient chacune de teinte différente , et par ce moyen ils se sont familiarisés avec l'emploi et le mélange des couleurs matérielle» de la palette. Une fois qu'ils ont su répéter une teinte et distinguer , à l'aide d'une superposition immédiate , la similitude ou la différence de la couleur de l'original-modèle avec l'échantillon-copie composé à l'amassète et déposé sur cette amassète , ils ont pu répéter avec la même facilité les teintes des surfaces situées obliquement , ou situées loin de l'amassète. Ces débûtans furent donc tout étonnés de pouvoir composer facilement , après huit jours d'exercice , des teintes qui leur semblaient vraies , magiques , et même savantes , et qui étaient si différentes de ces teintes fausses , et absolument mensongères et laides , que leurs condisciples , étrangers à la même théorie, prodiguaient dans les essais qu'ils appelaient des études. Aussi ces derniers resté rent-ils

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toujours au même point; mats ils firent des progrès dans la manière et dans l'impertinenoe du coloris : les autres firent des progrès réels et successift » et parrinreot en peu de tems à répéter les teintes les plus fines , les plus subtiles, les plus mélangées. C'est ainsi, au reste» qu'ils étaient parrenus en peu de tems à répéter les espaces » les dimensions les plus subtiles , et à former des contours d'une extrême justesse. Enfin » et chacun le sentira , puis* que le coloriste doit comparer les couleurs» il lui faut une méthode pratique pour opérer dans ces comparaisons ; et de même qu'il faut saToir employer d'une certaine façon le compas, le pied droit, l'éqûerre, le ni^ Teau, etc. 9 de même il faut saisir procéder dans la confrontation des teintes. On pourrait donc comparer un peintre, qui travaiile-à tâtons» sans mesure et à vue, à un ouyrier qui » voulant prendre la mesure d'une tabk » se tiendrait à quatre ou cinq pieds de cette table » et qui prétendrait consulter ainsi son pied droit » s'obstinant à ne point poser ce pied droit ou ce mètre sur cette table même , pour en connaître la mesure.

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