TOME VIII
iGâ TOUGIlli.
des hachures grasse» el moelleuses» qui vonl atteindre le glacis fier qui représeole l'ombre la plus forte : celle-ci se perd daas les cheveux par un pinoeau particulier , etc. ; mais tous ces procédés sont écrits comme les exercices d'un soldat que Ton forme à la maoœuTre. Quel que soit Tâge t quel que soit Tépiderme , la touche de ces routiniers ne déroge jamais à cette marche résolue, forte et brillante. Cependant jamais pinceau , tel adrdt qu'il soit » ne doit être uniforme , et sa variété doit être k résultat de la convenance et de Tétude de la nature; entib Ton ne saurait se figurer la perfecUon d'une figure peinte, si Ton ne se figpre pas cette variété de carnation» dont l'imita-* tion rendue par une touche juiste, expressive, confond à la fin la fiction avec la nature.
Quant à moi» je crois volontiers à ce que nous ont transmis les écrivains au sujet de diverses figures des plus habiles peintres de l'antiquité; je conçois que Part d'imî^ 1er toutes les carnations» tant par la touche que par les autres moyens de Tart » a pu être porté chez les Grecs à un tel degré de perfection > que Parrhasius'i par «tenvpie» aura vraiment iintté» sur le corps de son guerrier , représenté sortant du combat y cette transpiration d'un corps tout agité , cette moileur .de la peau dont TeOet modifiait» en certaines places» la couleur propm de la Qâ^rnation* Je conviens queues gouttes de sueur peintes avec vérité sur .un corps cahn^ et sans^ efiorvesoence n'imiteraient pas l'état d'un corps tout houiltant de courage» même à l'issue du œmhat. Mais oe ll^était {>as seulement le luisant de quelques. surfaces rendues bo^ mides par l'effet dea émanations de lo chaleur Vitale qu'avaU e?^primé le pinceau de BarrliDsius» c'étaient les
SA YISRlTè SELON L'fiSPkCE d'oBJETS. i6d
cûractèrcB uiémes de l'épidertne , celui des raisseaux tendus et gonflés , celui d'une fioiirîne toute haletanlc , d'un front et de chéTeux hiiiafls d*hultiidité ^ etc. t e'étaii enfin toute celte physionomie d'un corps Mhalaûî uâe (Chaleur extréne el une trafiépiratitfn IrèMéti^ble qu'avaient sa répéter le sàyant pinotau et la touche maglqUe dn c^èkre rival de Zeux». C'est donc en ceci que la peinlure déploie une paissonoe k lAqdeHe ne sauraient atteindre les antres airts^ La peintut^ ^ eo exprimant ia rie , en anîmant ses iraag«9» trduble le speciateiir, stispédd les fiu^ahés de son Ame , et Fenohàine , comme par magie , en présence de ses étonnantes déceptions*
Je eooço» oMintenant , d peintres «avans de Sy6tone , d'Athènes ou de CoriAthe t je conçois les éloges que l'on Fovs a prodigués; je conçois que les dei^iers efforts de Totre pinceau ëiaient dirigés de manièfe à t^rir li là nature set cbanoea les pids? fugitif^ et les plus déliéàid. Oui , les lèvres » les chevetft , le séitt de Vénus Anàdyomënc^ , enstuetft dans le labteaâ d'ApeHe, et lé séù^étlôtt diî toucher 4taît comme excitée par ces imitations. Lds plumes même de foiseau qu'on voyait, dans le fameux tahleav <to Jalysus < feprésenté par Pi[H)togène , devaient paraître-, à Taido def br touche magique du peintre , se mouvoir légèrement au gré du vent; les ciels, les fonds d'Bophranor , devaient être fuyans et aériens par la douceur et la vaguesse de leur exécution. Enfin ce n'était pas l'aspect général de l'objet , mais c'était l'exact caractère de sa substance , que ces artistes s'efforçaient de répéter, ainsi que sa forme et sa couleur. Peintres, si justement célèbres par le prestige de votre pinceau , vous no vous contentiez pas de nuances approximatives indiquées
l64 TOUCHE.
d'une main routinière , et empruntées à des tableaux en vogue , mais vous saviez ajouter au dessin et au clairobscur de vos figures^ des teintes qui , outre leur exactitude et leur vraisemblance ^ étaient apposées par un pinceau dont l'expression semblait transporter le spectateiir en présence même de la nature. Combien n'eus * siez-vous pas eu pitié de la prétention de tant de maîtres modernes qui font parade d'un étalage mensonger de couleurs et d'une touche libre, hardie» mais sans signification , sans propriété sur tant de vastes peintures que nous nous efforçons d'admirer malgré leur exécution affectée et leur style d'atelier.
Ainsi les différences qui distinguent , qui caractérisent chaque objet, c'est à la touche à les exprimer selon ses moyens; et si l'art de la gravure et de la graphie peut, sans le secours des teintes, nous donner l'idée des étofies légères ou pesantes, celle des corps diaphanes ou mats; si le métal et les brouillards, si le duvet, ainsi que le marbre et les pierreries peuvent être imités par la touche seule du crayon et du burin , quelle vérité n'a-tron pas le droit d'exiger du pinceau, puisqu'il peut , bien plus aisément encore que le crayon ou le burin , être modifié selon ces mêmes variétés et selon ces mêmes di£Eèrences de caractères !
SA VBAISsilBLANCE. 1 65