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une aisance gracieuse : c'est ainsi que Torateur, sufTisaminent préparé parles corrections de ses brouillons, semble împroTÎser ses discours, et frappe à grands coups, comme par inspiration et par volition. Si Ton ôtait à certains tableaux cette qualité de touche libre , franche et résolue , ils perdraient une très-grande partie de leur mérite; et je fais même cette remarque au sujet du tableau célèbre des Horaces de David , dont les copies , quelqu'exactcs qu'elles soient, ont besoin de celte même franchise d'exécution , qui Tivifie l'original sorti du pinceau de co maître.
Cependant, on le voit, cette franchise, cette résolution ne sont pas toujours de la fermeté ou de la netteté. Les nuages» les chevelures , certains tissus , certaines carnations peuvent être franchement peintes malgré la iiuavité, la douceur et la fusion du pinceau : la netteté, la fermeté du pinceau de Teniers conviendraient mal h l'expression d'une joue tendre et d'une carnation transparente : ainsi il faut bien distinguer la résolution, qui est le résultat du savoir , d'avec la hardiesse et l'audace même , qui sont le résultat d'un pinceau ignorant. Combien ne voit-on pas de ces misérables tableaux nettement, hardiment touchés ! Combien de mauvais peintres , qui ont une belle main ! combien de belles mains qui font de laids tableaux! Enfin combien d'amateurs du beau pinceau , mais qui ne sont , malgré cela , que des amateurs Cort ignorans !
Une considération importante, dont ne tiennent aucun compte ces ignorans , est à reproduire ici. C'est que les élèves , en admirant , par exemple, le charme du faire sur les cheveux exécutés par le pinceau de Rigaud , de
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Largillière , etc. , ne doivent pas vouloir absolument atteindre cette qualité , par cela seul qu'elle les séduit , et qu'ils peuvent l'acquérir aisément; mais les élèves doivent toujours se demander s'il est convenable que l'excellence de la touche soit réservée pour cette partie , puisqu'elle n'est qu'accessoire dans tout Touvrage , et s'il n'est pas judicieux de maintenir l'ordre et les rapports d'intérêt et d'importance dans la touche ou le maniement beau et facile du pinceau , tout autant que dans les autres conditions ou moyens de l'art. Ce sont donc les peintres peu éclairés qui expriment tous les objets quelconques avec un pinceau également beau et soigné; car l'élégance monotone, qu'ils affectent dans leur travail sur tous les points du tableau • est éyidemment contraire à la règle du beau.
11 nous reste à dire deux mots sur la propreté de l'exécution , c'est-à-dire de la touche ou du pinceau. 11 ne doit rien y avoir dans une peinture qui ne soit propre et adroiteitfent soigné. La toile, le châssis, le pinceau , le vernis , la bordure , tout doit être ouvrage d'art , et conséquemment toute propreté. Pourquoi les maîtres d'écriture visent-ils au beau tour de main , aux beaux jets de la plume? pourquoi leurs signes graphiques sont-ils si proprement , si nettement , si légèrement contournés? C'est que l'écriture est un art aux yeux du public; et que, bien que cet art ne doire offrir que les conditions qui lui sont particulières , telles que la forme exacte des lettres , leurs différens caractères distinctifs, etc., on est dans l'habitude (ce préjugé n'a pas eu lieu dans l'antiquité ) de considérer cette production de la main comme étant celle d'un art de dextérité; c'est
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d'après la même idée ^ue le peuple, en parlant d'un tablei^u ou d'un dessin , ne manque pas de remarquer , de Tanter le beau coup de pinceau et de crayon, la belle main , le poli , le soin , la ténuité , etc. Il y a mêm6 des espèces de tableaux dans lesquels la condition de propreté , de soin de pinceau est une condition des plus importantes. Un tableau d'un demi-pied ou d'un pied de dimension est ordinairement considéré comme une espèce de bijou^ précieux dès l'instant qu'il est aperçu ; il est considéré comme le produit d'une main que l'on s'atlend à trouver délicate , légère , très-adroite et très-soi-^ gneuse , en sorte que l'on est repoussé à la vue de ces petits tableaux , dès-lors qu'ils offrent un travail grossier^ sans adresse , sans délicatesse et sans propreté.
Quant à l'espèce matérielle de l'outil , qu'il soit construit d'une manière ou d'une autre, peu importe; l'essentiel c'est qu'il ait servi h une belle imitation. Le» uns emploient des gros pinceaux, les autres des petits : le peintre Ketel peignit , dit-on , avec ses doigts , et par bizarrerie avec la main gauche , et ensuite avec ses pieds; moyens peu importans aux yeux du public. Tiziano , selon la tradition , et à en juger par quelques-unes de ses peintures, se servait souvent du doigt pour étendre, fondre et adoucir ses couleurs : il fit bien , s'il fit mieux à l'aide de ce moyen. Les anciens employèrent le cestrum , le penicilium , l'éponge , etc. , et il paraît que le mérite et la beauté de l'ouvrage ne dépendirent nullement de ces divers procédés*
11 faut donc avoir une toucbe belle , et par conséquent résolue » propre , facile , et qui ait de l'attrait ; mais ces qualités ne doivent venir qu'après celles de la touche
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juste , convenable , savamment expressive ; en sorte que » pour réussir complètement dans ce moyen ou dans cette condition de la touche , il faut autant de bon sens , autant de force d'esprit et de talent naturel que dans toutes les autres.
Au reste les élèves ne recevront que des idées fort embrouillées sur cette question , s'ib ne consultent que ce qui a été écrit et ce qui se dit encore tous les jours à Ce sujet; ce sera donc en méditant selon une marche analytique sur cette condition de l'art, qu'ils en concevront une idée juste et précise; et il est d'autant plus important pour eux de s'instruire sur ce point» que la touche libre et élégante» que Ton requiert si inconsidérément par-dessus tout» est très-facile à obtenir , et qu'elle séduit surtout de jeunes artistes moins maîtres de leur tête que de leur main. Voici comment d'André-Bardon s'exprimait, vers le milieu du siècle dernier, au sujet de la touché nécessaire au plasticien : « Le modèle , » dit*il , étant fait d'une matière flexible, ses beautés rca- » pirent la fiicilité, le goût et même le ragoût; on aime » à sentir et à suivre les traces variées du doigt qui s'est » promené sur tout l'ouvrage; on aime è reconnaître ces » coups d'ébaUchoirs , tantôt hardis, tantôt badins, qui » donnent ici le feu et la vivacité à un œil , l'esprit à une
• bouche, le sentiment à une narine, et là une aimable
• légèreté à un linge flottant , à une boucle de che* » veux, etc. , etc. » Quand on a lu des avertissemens semblables, qui fourmillent dans le Traité de peinture de d'André-Bardon , qui ne cesse de parler Aèfïianœuvre ragçûtante, des grâces du beau- faire ^ du pinceau carrément traité, des reluisans heurtée aveà une sorte d'humeur
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et de brusquerie , etc. , on est tout porté à singer les maniëristes , et on s'occupe moins d'acquérir du sayoir et de Téloquence , que de derenir beau parleur ou habile , ourrier. Cet abus de la touche hardie» libre et ressentie, a jadis influé sur Fart; et la statuaire des Romains se distingue assez de la statuaire des grecs en ce point : nous avons déjà bit ces observations. Le travail du Laocoon , les cheveux et la barbe de Lucius Verus, le poli des AntinoUs nous font assez remarquer cet abus. Les sculptures de Phidias , au contraire, offrent dans leur exécution autant de naïveté que de franchise , de convenance que de beauté.
Terminons p en recommandant aux peintres de ne point chercher à sortir de leur caractère naturel et individuel dans l'emploi qu'ils sont portés à faire du pinceau; qu'ils dirigent leur touche selon les règles» selon I a vraie théorie; qu'ils tâchent d'acquérir une touche vraie, exprès* sire, précise, propre et agréable h la vue; mais qu'ils n'imitent aucune touche d'autrai » et que ce soit l'idée de la nature» et non l'idée des tableaux accrédités» qui les préoccupe et les inspire. Leur contrainte, en (ait de touche» les trahirait malgré eux » et les efforts qu'ils feraient pour ne pas paraître eux-mêmes leur seraient funestes. En effet un honmie simple a une touche simple» quoi qu'il en fasse; un honmie maniéré a une touche maniérée; un peintre naturellement adroit et hardi a une touche adroite et hardie. C'est donc donnek* la mesure de notre nature que de faire voir sans déguisement l'exécution » le mécanisme qui nous est propre. Poussin a eu l'exécution d'un bonhomme » ainsi que Tiziano , Dominichino et tant d'autres; et ils ont eu raison de ne
point se contrefaire ; mais Poussin connaissait à fond la perspective, sa touche fort simple était très-expressiye. Tiziano savait surtout la perspective des couleurs , et sa touche fut très-imitatriceé Quant à celle de Raphaël » oUe est sévère et précise; elle est châtiée comme tout ce qui sortait de son génie éclairé , et aspirant à la perfection. Enfin ces habiles artistes se sont fait voir tels qu'ils étaient» et c'est ce qui ajoute beaucoup à l'estime que nous leur portons. Disons donc que si le travail doit rectifier certaines inclinations vicieuses» il doit servir à conserver les bonnes , et ne doit point dénaturer notre caractère et la manière qui nous est propre; c'est en effet à l'aide de cette manière qui nous appartient naturellement que nous parvenons à communiquer et à mettre en œuvre notre sentiment. C'est pour cela que les habiles chanteurs sont toujours occupés, non à dénaturer leur Toix , mais à la perfectionner. Enfin , l'idée d'être l'imitateur d'autrui au lieu d'être l'imitateur de la nature , doit répugner à tout artiste distingué. Je finis par un mot de Watelet : < Il doit y avoir » dit-il , autant de » manières de pinceau que de mains qui en font usage. » Ainsi les bonnes manières d'employer le pinceau sont innombrables.
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