‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 61 sur 142 · EN QUOI LUI EST FATOBABLB LE MATER. DES COUL · texte numérisé non relu

EN QUOI LUI EST FATOBABLB LE MATER. DES COUL

peul donc arriver que dans la nalure Tonibre doit moins transparente que le clair , et il en doit être de même sur le tableau. Dts lumières frisées sur les tournans d^un globe peint peuvent en faire paraître les satllies concaves dans Timitation , si ces lumières àe,seiid)lent pas aériennes et enfoncées : en dire plù^ sur ce point. serait superflu. Continuons de développer la définition de ce qu'on doit entendre par transparence matérielle deé couleurs , transparence propre à exprimer Tair ou l'espace.

Un peintre appelle tran^arenie^une teinte^ lorsqu'elle Test autant que la matière qu'il emploie lapermet; Aussi un peintre en détrempe bppeilera-t-il transparente une teinte qui sera appelée opaque par le peintre au vernis : il en sera de même du peintre en pastel ; cependant il est une transparence réelle qui approche de celle de la nature, et c'est à ce type que le coloriste doit sansicesse aspirer. Si, faute de. théorie, le pieintre ne s'eit p«s fait une idée juste de la transparence^ qu'il considère aa moins des peintures exécutées au vei^nis , qu'il examine soit le caractère optique des lames de verre coloré , soit l'effet des peinturer fixées sous verre, etc. , etc,

Raphaël Mengs s'exprime ainsi an sujet de la transparence : « Ontie saurait représenter âne abstraction , ni

• quelque chose qui semble immatériel , par des couleurs » matérielles. On parvient seulement , par les efforts de » l'art , à en rappeler l'idée ; et il faut que cet art soit sa-

• vamment médité; car les phis grtnds ménagemens lui

• sont nécessaires, pour ne pas trop déceler son insuffi- » sance et les bornes de ses moyens^ Les couleurs maté-

• rielles sombres, qui ne bont m moelleuses y ni transpa- » rentes, ne peuvent imiter une ombre réelle , parce que

» la lumière n'y étant point absorbée , se réfléchit sur » leur superficie, et les représente en même tems obs- » cures et éclairées; au lieu que les couleurs transpa- » rentes laissent passer les rayons lumineux, et conser- » vent une superficie réellement obscure. »

On peut encore expliquer Teffet de la transparence , en disant que Tair laisse librement passer les rayons de lumière qui vont éclairer les objets , et qu'il les laisse librement passer encore quand ils sont renvoyés ou réfléchis à TcbU par ces objets. Or le peintre doit faire comme fait la nature» et ne pas empêcher , par Topacité des matières colorantes apposées sur son tableau , que cette absorption , cette réflexion , et ce passage libre des rayons aient lieu.

Il faut donc que renfoncement, qui np saurait exister sur la toile , y soit exprimé et simulé par des matières translucides, qui ne réfléchissent nullement la lumière sur leurs molécules. Nous devons rappeler ici la précaution des peintres hollandais et flamands , quant à la pureté de teintes nécessaires à la transparence ; pureté qui , sur leurs petits tableaux , exprime beaucoup d'espace entre le cadre et les objets. Au contraire , dans leurs portraits en grand , presque tous les points saillans de ces portraits sont touchés avec des couleurs opaques, et réfléchissant convenablement la lumière; ce qui contraste heureusement avec les tons fuyans et immatériels qu'ils se sont efforcés de produire dans leurs images en petit.

Quant à la nécessité de toucher différemment les objets proches et les objets apparaissant à travers beaucoup d'air, nous en avons assez amplement parlé. Il suflBt donc de rappeler ici qu'indépendanoment de cette transpa-

EN grOI LUI EST FAVORABLE LE MATER. DES GOUL. S 20

renco, qui doit (e plus souvent fairo le caractère des matières employées par le peintre, il faut qu'il possède Tart d'appliquer ces couleurs ou rudement ou suavement , ou épaisses ou minces et légèrement fondues» ou femmes et par hachures saillantes , ou moelleuses et comme par lavis immatériel : ces différences de touches contribueront donc à désigner la forte ou la faible sensation qui résulte de k plus ou moins grande proximité des objets ; sensation que ne saurait exprimer > sans cet artifice, la superficie peinte du tableau éclairé ordinairement par une lumière uniforme.

Répétons ici que Yetki physique , qui produit le mat des couleurs , a pour cause la réflexion des rayons lumineux par les molécules composant la masse de ces couleurs , car chaque petit grumelot fiiit un jour et une ombre à part» et constitue le caractère opaque ou réfléchissant de ces masses; dans les couleurs transparentes au contraire , TefTet physique de la diaphanéité a lieu à diffSrens degrés » c'est-h-dire que la matière absorbe plus ou moins la lumière qui la pénètre , et qu'elle la réfléchit par conséquent à un degré plus ou moins faible » degré qui altère et diminue plus ou moins la transparence.

Il y a dans la nature des corps transparens , tels ^uc certaines chairs , certains fruits , etc. , qui sont en même tems un peu mats et un peu diaphanes* Pour répéter celte demi-transparence , il n'est pas nécessaire que la couleur ait une diaphanéité parfaite; au contraire, elle doit être elle-même demi-diaphane, et réfléchir la lumière à un certain degré; mais, dans l'imitation des ombres ou des demi-tons ombrés de ces corps demi-diaphanes , la diaphanéité de la matière, employée pour roprc-

Page 1