‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 68 sur 142 · LB FINI PERSPECTIF BT LB FINI GÉOMÉTRIQUE. 26 I · texte numérisé non relu

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une exécution belle» sûre et franche à la fois, et soutenir cette exécution jusqu'à la fin.

Si nous récapitulons les observations précédentes , nous verrons qu'il faut toujours finir, puisque bien finir c'est bien imiter; que de plus il faut, dans le même tableau , finir davantage certains objets que d'autres » soit parce qu'ils sont plus délicats , soit parce qu'ils sont pins importans» soit parce qu'ils sont situés vers le rayon principal ; et qu'outre cela il est des cas où il faut finir plus que ne le détermine le point de distance du spectateur au tableau , parce qu'il est des objets dont on aime à reconnaître de près les détails : concluons aussi que la manière lâche et prétendue large , n'est tolérable que dans les peintures colossales ou les décors éloignés de la vue , bien que les touches indicatives et savantes soient une vraie beauté lorsqu^on les emploie avec éloquence et à leur véritable place. Concluons enfin que le poli» le parfondu , le léché , ne constituent point le fini , mais que la manière soignée» châtiée sous le rapport de la perspective des teintes » perspective qui exige tantôt une grande diaphanéité, tantôt des effets mats et réfléchissant la lumière » que la précision » l'exactitude dans le géométrique des tons » des teintes , de la touche ainsi que le caractère optique du matériel » sont des qualités qui donnent à la peinture une partie delà beauté que tout spectateur ^ensé a droit d'exiger de cet art.

Vérité dans h fini géométrique, — Répéter avec ju tesse l'aspect perspectif d'un objet» ce n'est pas hic conformer cet objet. On peut imiter jusqu'à illusion i chaudron » une table , et mal conformer cette table et < chaudron : la carnation bien imitée d'une tête ou d'ur

figoiè nue , n'empêchera pas les disproportions inconvenantes de cette tête , ni les fautes de muscles et de mouteoiens de cotte figure. Un maurais géométrique peut donc être rendu par un perspectif exact; mais ce mauvais géométrique restera mauvais malgré la justesse do la perspective. Il résulte que le fini géométrique doit être d'abord vrai , et que le fini en général ne saurait exister sans ce fini géométrique. On peut , sans le fini géométrique, tromper la vue» et même Tesprit» qui reconnaît un objet plus ou moins bien conformé; mais sans le fini géométrique il n'y a point de vérité , proprement dit • daos l'imitation générale; car cette imitation générale comprend , outre l'imitation optique ou de l'apparence , l'imitation de Tobjet en tant qu'objet. Un objet» en peinture , n'est donc pas d'un fini vrai tant qu'il n'est fini que par les moyens de la perspective ; il doit être fini par . les moyens de la construction de ses formes et de sa structure anatomiqtie particulière 9 s'il s'agit d'êtres vivans, de figures , etc. , etc.

Aucun peintre n'a mieux conçu ce fini géométrique vrai que Léonard de Vinci et David : c'était U connais* sance de l'objet qui dirigeait le fini de l'un et de l'autre artiste. Léonard» habile dans les exercices de la géométriepratique appliquée )i la figure, finissait ses formes, ses pUos, ses contours, parue qu'il possédait intimement la connaissance de ces formes , de ces plans , de ces muscles , etc. Cette bouche , cet csil, qu'il dessinait si bien , il aurait pu les représenter soit de fiH^e, soit de profil , soii en plan, et même vm en dessous , à volonté. David , qui ne connaissait guère les moyens pratiques de géométrie, en avait le sentiment; et par la force de son sentiment graphique

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il réalisait les idées très-fixes , trè»-positiyes qu'il arait de l'objet soumis à son imitation* Et comme il «nbellissait ses modèles , il était tout pénétré aussi de ce sentiment des belles formes qu'il savait rendre d'une manière vrai* ment finie , bien qu'il s'attacbât plutôt aux grands pian^ principaax qu'aux très-petits détails. Si donc Léonard rendait les détails , David finissait tout autant que hii par l'expression qu'il donnait aux formes et aux plans dans les ensembles qui s'embellissaient sous son pinceau, A ce sujet BOUS ferons remarquer que oeluh4à finît le plus OU le mieux, qui rend le plus ou le mieux les choses essentielles; car si par fini on n'entendait que le rendu des petites parties e^ des petites surfeces , on serait dans Terreur , puisqu'il s'agit daes l'art de réunir le plus de caractères vrais et beaux. En restant dans cette erreur , on n'appellsrait peinture finie que celle qui produit des représoitations microscopiques. Pour preuve de la justesse de cette assertion, je citerai ces tableaux qui représentent des fleurs» des insectes, des oiseaux , et qui ne font voir ni justesse de forme, ni vérité dans le jet ou l'ensemble des objets, ni exactitude optique de lignes ou de couleurs; mais dans lesquels tous les brins, tous les poils, toutes les plumes sont minutieusement comptés. Tout-à- l'heure nous verrons que l'attention , pour les petits détails , empêche très-souvent l'attention pour les masses grandes et principales , et que l'artiste ne saurait s'élever à la hauteur des grandes parties» lorsqu'il est trop préoccupé des petites.

Disons donc que non-seulement le fini n'est point le travail parfondu , qui ne laisse aucune place du tableau heurtée ou négligée ; que non-seulemeot il ne comprend point

la propreté , la suayité ou le lisse résultant d'une fusion de couleurs qui ne signifie souvent rien , mais disons que ces mêmes prétendues qualités sont fort souvent des véritables contresens. En effet, comment concevoir que polir ou fondre ce soit terminer » puisque Fart a souvent à représenter et à finir des corps qui sont bien loin d'être lisses ou polis? Polir, par exemple» dans un tableau» Fécorce d'un chêne» d'un orme ou des corps âpres » secs et rudes au toucher» est-ce finir» eètrCQ terminer? Non; puisque c'est fiiusser l'imitation et s'éloigner de l'expression fondamentale el caractéristique de l'objet. Aussi le poli est-il souvent très-contraire ou opposé au fini» puisqu'au lieu d'augmenter la vérité » qui est la fin ou le but de la représentalton » c&4>oli , ce lisse» ce léché raffaiblissent» et môme la détruisent. D'ailleurs, puisque le but de l'art est de produire la beauté» comment concevoir cette beauté soit collective » soit particulière » sans ce fini géométrique vrai, puisqu'il exprime les caractères particuliers qui constituent les objets dont on veut manifester la beauté ?

C'est donc le fini géométrique qui complète le fini général» dont» on peut le dire, il est la moitié» puisque l'autre moitié ne consiste que dans l'apparence vraie ou dans la perspective.

Beauté dans le fini géométrique. — Dans le iini philosophique ou beau » il faut comprendre non-seulement la beauté dans l'imitation perspective des objets » mais ussi la beauté dans le géométrique des objets.

Qu'est-ce que Phidias ou Protogène appelaient finir une jambe, un bras» une figure en peinture? €e n'était pas seulement dessiner perspèctivement et colorier pers-

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pecUvemènt cette jambe» ce bras, cette figure; ce n'était pas non plus les construire , les conformer avec vérité » c'était tout il la fois obtenir ces conditions , plus celle de la beauté ou de la perfection , et dans cette perfection , selon eux» consistait le fini » c'est à dire le complément » l'excellence de l'objet et de l'ourrage.

Ce qu'on doit donc se proposer en finissant une partie ou un ensemble » c'est que cette partie , cet ensemble , cet objet enfin » soient rendus et traités de manière que leur caractère soit beau , conTenable et excellent. C'est dass ce sens qu'on disait que Protogène finissait tellement ses ouvrages qu'il ne pouvait s'en détacher. C'est dans ce sens qu'on disait du tableau non achevé de Yénus par Apelle» que personne n'avait osé entreprendre de le terminer. On comprend aisément en effet que quand un peintre, aussi savant, aussi profond qu'Âpelle » conçoit le fini d'ua morceau de peinture , il n'est aucun artiste qui puisse se flatter de le concevoir de la même manière» puisque» dans ce cas» le fini est la perfection elle-même. Les imitateurs de Léonard de Vinci ne^ retinrent de ce maître que le soin du pinceau» la fusion du clair-obscur » et quelque» autres caractères particuliers à ce peintre ; caractères qu'il était facile de singer; mais ils n'héritèrent ni de sa philosophie ni de son instruction technique» ni de l'idée que ce grand homme s'était faite du fini. Comment en efiet les imitateurs eussent-ils pu comprendre et exprimer aussi bien que le maître la beauté géométrique des formes qu'il soumettait à la perspective» et» pour mieux dire» cette justesse des mouvemens dans les figures» cette belle et naïve proportion dans les têtes» ce charme » cette délicatesse dans les bouches » dans le

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regard , que cel arliste peintre et plasticien savait si bien rendre » délicatesse géométrique et graj^ique qui le conduisait naturellement au véritable fini ? Mais quel cas fera des efibrts et de la noble persévérance de ces maîtres illustres auxquels on peut associer les Gérard- Dow , les Yander Heyden » les Claude Lorrain , etc. , le peintre qui osera louer et goûter le travail lâche des Restout» des Dandré-Bardon , peintres du dernier siècle, dont la hardiesse ne fut que de la routine » et dont la manière large ne fut qu'un lazzis que leur prescrivait la mode pitoyable de leur temps ? Ou bien encore qui osera louer et goûter les minuties stériles de Donner , le pinceau uniment fondu et sans consistance de La Fosse , de Mignard » et d'autres peintres que nous avons déjà critiqués avec justice et pour nous fiaiire comprendre ?

D'après notre définition, nous pouvons dire que Tiziano, Teniers , Rubens , etc. , finissaient le coloris et l'optique de leurs tableaux» mais que Domenichino, que David finissaient le dessin et la forme de leurs figures; nous pouvons dire qu'aujourd'hui un grand nombre de nos peintres croient finir beaucoup , mais qUe cependant ils ne finissent rien malgré leur poli et leur peine. Tiziano finissait le coloris des cheveux mieux que Guido-Reni, mais Goido en finissait plus la forme et le dessin; on peut appliquer cette remarque aux draperies qu'on voit dans les tableaux de ces maîtres. Toutes ces distinctions critiques que nous pourrions poursuivre au sujet de ces divers artistes proviennent de ce qu'il n'a pas existé parmi les modernes une définition complète de la pein* ture, à la portée de tout le monde, et qu'ainsi aucun peintre u'a su réunir toutes les conditions constituantes de cet art.

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