LE FIM PERSPECTIF ET LE FINI GÉOMÉTRIQUE
Maintenant touchons un point particulier que nous n'avons pas dû mentionner en traitant de la perspective , puisqu'il s'agit d'une convention et d'une conséquence du principe de la convenance ou de la beauté.
Reynolds a dit que « l'habitude de s'arrêter aux pe- » tites parties de l'art nous empêche souvent de nous 9 élever aux plus grandes. C'est ce qui fait , ajoute-t-il , » que le travail excessif qu'on donne aux détails est neuf
• fois sur dix pernicieux pour l'effet général , même parmi » les grands maîtres. » On a dit encore que l'esprit microscopique en peinture comme dans le discours ne produit que des minuties qui avilissent les pensées et en ôtent toute la force. Ailleurs Reynolds s'est exprimé ainsi : c Gomme » dans la conception d'une peinture qui n'est que dans » l'imagination , l'esprit n'entre pas dans tous les petits
• détails des draperies , des accessoires et du local , de
• même le peintre , quand il veut représenter son sujet »
• doit rendre tous les petits accessoires de manière qu'ils > ne frappent pas plus le spectateur qu'ils n'ont frappé ■ son imagination lorsqu'il a conçu ce sujet. »
Ces réflexions sont excellentes » mais on pourrait ei abuser» si l'on ne se rendait pas familières les questions techniques que nous venons d'exposer ici. A l'aide de ces notions techniques , l'élève ne confondra donc pas les choses , et ne se complaira pas dans une négligence inhabile pour satisfaire au précepte qui exige que I'oe sacrifie les objets et les parties les moins importantes. Le peintre instruit sera donc vrai dans la représentation perspective et dans la construction géométrique des objets , mais il saura proportionner ses choix à l'importance des objets , et , sans blesser la vérité et la vraisemblance,
il saura , par un beau fini , fixer riniérêt sur l'objet le plus important de son tableau.
Imiter et finir, aussi bien qu'on le peut, Toell d'une figure , puis finir* aussi bien qu'on le peut , une mèche peu aperçue de cheveux, ou un bouton d'habit, ou tout autre objet secondaire ou accessoire , c'est pécher contre la conFenance et contre l'unité d'imitation; car par unité d'imitation on ne doit pas entendre égalité d'imitation sur tous les points du tableau , mais bien unité d'imitation et de fini sur' l'objet principal, unité qui établisse une variété bien distincte sur les objets secondaires. Tiziano, Van Dyck ont obtenu cette unité en ne terminant pas beaucoup certains accessoires , et en ne les exprimant pas avec autant de soin qu'ils en employèrent pour terminer les principales figures de leurs tableaux. Je vois sur le portrait d'un personnage, sa décoration, ses épaulettes , ses dorures imitées à faire illusion , et je vois que les yeux de ce personnage sont sans vérité , sans humidité , sans ces souplesses et ces finesses si vives, si variées qui caractérisent la nature. J'ai pitié du peintre parce qu'il ne sait bien imiter que les choses faciles et triviales, et parce qu'il manque de raisonnement; car s'il eût traité largement les accessoires, ces yeux eussent paru beaucoup plus vrais par comparaison.
La manière dont les anciens sculpteurs entendaient le fini , et surtout cette condition du fini qui tmi sacrifier les moindres objets aux principaux, et, on peut ajouter , qui fait que l'œil commence toujours par se porter sur les choses' essentielles , peut encore nous éclairer ici. Les anciens savaient distinguer avec beaucoup de justesse quels étaient les objets principaux , et quels étaient les objets