CHAPITRE
APPLICATION DE LA THÉORIE PRÉCÉDENTE A LA TOUCHE D'UN OU DE PLUSIEURS OBJETS DEMANDÉS POUR UN TABLEAU , ET DEVANT, PAR CONSÉQUENT , RÉUNIR LA CONDITION DU VRAI ET LA CONDITION DU BEAU.
J: ouR suivre Tordre didactique que nous nous sommes prescrit , et pour rendre encore plus sensibles les principes, que nous venons d'exposer relativement à la louché , nous allons faire l'application de ces principes à quelques-uns des sujets ou objets qui sont représentés sous les figures Sso» 5ig» etc.
' Dans le tableau représentant Danaé , peinture de grandeur naturelle , l'objet le plus proche du spectateur est le bord du talame. Le peintre fera donc sentir par la touche que ce point ou cette superficie du talame et du linge qui le recouvre est située à fleur du cadre. Les détails de ce linge , ses plis et son tissu doivent être sentis en cette place du talame» au même degré qu'ils le seraient sur la nature , si l'on avait l'œil assez près de cet objet. Mais comme en s'éloignant à la distance prescrite , ces détails disparaissent plus ou moins selon la force de la vue du spectateur, le peintre devra faire en sorte qu'à cette distance l'image et l'objet produisent sur l'œil une même sensation; et, puisque la beauté dans la touche et le fini exigent que l'imitation soit portée à un haut degré de vérité , même pour un spectateur qui s'approcherait près du tableau , il conviendra de ne pas toucher
APPLICATION DBS BIGLES PRiciO. A UN TABLEAU. SjS
les couleurs imitant cette surface désignée ici » afirec un pinceau précisément aussi lai^e» aussi indicatif, aussi exagéré que pourrait le prescrire strictement k pomt de distance adopté. Avec ces précautions , cette partie saillante du tableau semblera Tenir en avant jusque vers le cadre, et elle pourra cependant être considérée de quelque» pieds seulement , si le spectateur le désire*
De cet objet le phis saillant passons-nous aux objets les plus éloignés, nous aurons à imiter le ciel avec toute la douceur , toute la transparence , toute U suavité aérienne et avec le caractère immatériel qui 4ui-est propre, et dont la touche est susceptible. Les montagnes étant ensuite rendues un peu plus matériellement , le peintre connaîtra d^abord Tespète de touche employée dans les deux extrêmes , Textréme proche et l'extrême éloigné , et il sera guidé précisément quanta la proportion des touches intermédiaires qui deviendront nécessaires pour exprimer les plans ou les coupes des objets , selon leurs divers enfoncemens.
Occupons-nous maintenant de caractériser la touche qu'il convient d'employer pour peindre lea chairs si belles , si douces , si jeunes de cette trop célèbre fille d'Acrisius. Quelle est la partie située le plus en avant sur toute cette élégante figure? C'est le pied, puis le genou. Leplan ou l'ichnographie, si iacile à obtenir, de toute cette figure , nous bit connaître exactement , ainsi que la ligne d'aspect , ces divers enfoncemens. Le pied sera donc touché d'une manière détaillée et douce en même lems« Les caractères particuliers des ongles , des phalanges dea doigts seront rendus par un pinceau précis et moelleux; cette touche exprimera aussi la perspective