TOME VIII
parliculière à tous les différens plans de cette partie délicate; et la distance aérienne, qui sépare ce pied du cadre, sera de même exprimée et rendue sensible à Taide du caractère da pinceau. Quelques veines se laisseront apercevoir à travers cette peau diaphane et rosée : la douceur de l'ivoire sera rappelé^ aussi sur cettajambe si élégamment arrondie , et le^fondu le plus tendre » le plus magique , modèlera les formes de ces membres éclatans de beauté. Entre ce genou et le genou droit fuyant nous reconnaissons , à Taide ile la ligne d'aspect tracée sur le plan , l'espace d'un pied et de quelques ponces;. c'est cet enfoncement qu'il ne .faudra pas manquer d'exprimer par la différencei de la touche, par la fonte diaphane des tons' e^tdes teintes, et par vunte modification aérienne dont le caractère sera déterminé par le choix de la teinte évanouissante un peu. dorée, et assez xlaira en. même toms qi]î a été adoptée pour ce tableau. L'azur du «iel pourra néanmoins nuancer , par .quelques reflets ce genou ainsi que cette partie fuyante; en sorte que le genou gauche sera , eommé on dit , parfaitement détaché et éloigné du genou droit. Nous avons, déjà fait remarquer que Tiziano, Paul Véronèse et les Vénitiens en général excellaient dans cette justesse aérienne de demi-teintes. Sur les contours de ces lèvres, animées et entr'ouvertes par le sourire d'un orgueil satisfait, quelle' délidftosse de pinceau ne &ut-ii pas employer 1 Quel soin imitateur ne requiert pas la r^résentation do ce sein -enchanteur , de cette main superbe I Enfin l'artiste, ne doit-il pas aug~ f monter la beauté de tous ces objets , en embellissant 4e travail ou l'exécution qui concourt à en produise la fftlus fidèle image ?
APPLICATION DESBMgLES PRÉCÉD. A UN TABLEAU. 276
Passons à la manière dont doit être touché ce vase d*or , dont la teinte enrichit d'une manière si pittoresque tout le su)et« Juscp'à quel degré allons-nous produire Tillusion en représentant ce vase d'un métal pur, d'un poli admirable et d'un choix de teinte si heureux ? Le degré d'illusion des chairs » qui . sont le principal objet , nous guidera dans ce degré d'illusion. Nous supposons donc que les chairs paraissent sangaÎDes^ arrondies, saillantes sur le fond et rendues par un.modelé excellent; en sorte que nous pouvons exprimer lé plat d'or avec beaucoup de vérité. Ainsi nous allons le rendre très-poli , mais trèsdétaillé, epr la partie qui est la plus rapprochée du cadre : la tooche sera toute perspective; les nuances et les tons mirés sur le métal seropt* conformes à sa pureté et à son poli; le pinceau d^vra 4tre pur, vif el net survies bords arrondis de- ce vase , afinque cet objet ; par Pexpression de sojl caractère matériel , «oitiriea diCéreneié de la drapetje, dufalame, et^ des chairs de la -figure. Mconvient enfin-que beaucoup de^.Viratsemblance ajoute* à Fimitatiôn de cette espèce de tnit^ir métallique qui ^< par fa propriété qu'il a' de réfléchir les objets, offre à' la vue mille teintes confondues, parmi lesquelles l'artiste instruit sapra faire dominérJés plus conveuables* *
Mais quel moëllcniXj» quelle riche suavité dans cette draperie, sur laquelle se détache une portion du ni!tage djvin qui va se convertir en pltiie d'or; et connue ce nuage doit être louché avec douceùt et aetlété! Gomme il doit rendre plus matériels quo lui la- draperie, la figure nue et ttos les autres eb|ets ! Quant àxet arbre si vigoureux, ne sera-ce pas par une tooche toUte particulière queie peintre devra le représenter ? La figure do
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la vieille sera habHement sacrifiée , quoique vraie ; les divers détails du tableau seront traités par uQe touche tout-àfait proportionnelle : l'air circulera dans toute cette scène poétique ; et enfin la matière diaphane du tableau , favorisant l'absorption de la lumière » concourra avec le travail savant du pinceau à exprimer tous les plans et à produire Tillusion.
Maintenant étudions la touche nécessaire pour le tableau représentant un souterrain»
Dans ce sujet-ci toute la scène est placée loin du cadre : le cadre est petit et proche de la vue, et les couleurs du tableau proches aussi de la vue , doivent représenter des couleurs séparées du cadre par beaucoup d'air. S'il ét^it plus petit encore» et par conséquent plus rapproché de la vue , ce même tableau devrait être peint plus aérien , plus transparent , plus afiaibli encore : Tair du site est obscur» ce qui de plus atténue la sensation que la vue éprouve en considérant ces objets ou ce sujet. Ainsi une délicatesse» une finesse très-grasdciie touche» et beaucoup de diaphanéilé dans les matières de la palette » pourront seules produire la vérité perspective. Mais comme ce tableau ou ce site est profond » et qu'on y veut représenter une galerie d'une longue étendue et dont les arcades fuyantes se perdent dans une obscurité totale » il importe que ces lieux et ces objets les plus éloignés soient touchés d'une manière plus insensible » plus aérienne , plus immatérielle encore que les devantsl
Cette lueur faible qui éclaire Ic^s marches d'un escalier tournant; ce lustre d'or suspendu près de là; la lumière d'une torche qui brille modérément du côté opposé» tous ces objets doivent être peints avec une délicatesse ex-
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trAme et avec une touche si fuyante » si légère , qu'elle fasse ressortir et qu'elle maintienne en ayant les objets plus rapprochés , teb que le tombeau , et surtout le fauteuil et le pilier taillé à pans. Les dalles» qui rerétissent le sol , seront traitées aussi d'un pinceau de plus en plus détaillé , et cela au fur et à mesure qu'elles s'avanceront yers le spectateur ou vers la bordure. Enfin il faut qu*au prime-abord l'œil pénètre dans tout ce site , dans toute cette scène, et qu'en la fixant avec attention, il mesure les distances» les espaces, il suive les formes et les courbures de ces voAtes» etc. ; Il faut que rien ne le chocpie , que la toile ou le panneau disparaissent absolu-^ ment, et donnent l'idée d'un vide indéfini, interrompu par les divers objets situés çà et là dans le tableau.
Quant à ce riant paysage, égayé par le jour d'une matinée déjà animée , le peintre devra d'abord y fein-. dre un cie) pur et serein , et ne laisser subsister sur la toile aucun atome capable d'en rappeler la présence. Ces deux ou trois petits nuages argentés seront donc suspendus dans l'espace à une distance immense; et le pinceau qui les aura créés sera l^r et suave comme la vapeur même si subtile de ces nuages. Mais avec quel art ce même pinceau, devenu un peu moins vague, un peu plus détaillé , ne rendra-t-il pas cette montagne verdoyante et couverte encore des vapeurs diaphanes de la naît? Cconme cette plaine doit être peinte d'une touche douce, vague et fuyante, qui contribuera à fiiire saillir l'arbre, le mur courbe et la maison? Ces ardoises qui sont sur l'angle avancé du toit, on les distingue; et celles qui s'éloignent semblent s'échapper à la vue. Cette tente d'étoffe élégante , qui flotte à la fenêtre , doit servir à faire
paraître oblique ie mur de la maison ; enfin les détails du terrain , le fini bien entendu sur les oiseaux d'eau qui parcourent le bassin, Técume du jet d'eau, la réflexion même dans l'eau , toutes ces représentations contri> bueront à feindre le terrain-plan , et s'éloignant graduellement de la vue. Quant. à la manière dont sont touchés et terminés les arbres , et surtout l'arbre principal , le peintre aura soin de ne pas en rendre le travail plus beau , plus attrayant que celui par lequel il aura exprimé les petites figures, dont il importe davantage de rendre vrais les détails , et qui doivent plus que tout le reste être observés par le spectateur et supporter son examen.