‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 74 sur 142 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES DIFFERENS GENRES EN PEINTURE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES DIFFERENS GENRES EN PEINTURE

X^BS démarcaHoos usitées aujourd'hui pour distinguer diffèrens genres en peinture ne sont-elles pas une soite de Tétat incertain de nos arts ? Pour quelle raison distinguer la peinture de genre » la peinture d'hbtoire , la peinture héroïque , la peinture de portraits , la peinture d'apparat et la peinture de grandes machines , que des prétendus grands connaisseurs , mesurant le talent à la toise, appellent peinture de grandes compositions et de grands sujets? Y aurmt-il donc deux arts, deux peintures? Non , il n'y en a qu'une ; c'est celle qui iinite les beaux choix» les beaux et utiles spectacles delà natore dans tous les genres. Mais entendons-nous. S'il est reconnu qu'on ne doire jamais peindre ce qui est laid , 'û n'est pas reconnu qu'oa ne doive représenter jamais que ce qu'il y a de plus beau dans Tunivers, et qu'il fiiille qu'un peintre re-

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jelte tous les sujets subalternes. Il sufHt^ je crois , que ce qu'on représente soit rendu aussi beau que l'art le puisse faire y et que la nature puisse le produire; en sorte que Tartiste est libre de traiter toutes sortes de sujets, pourvu qu'il chante dans le mode qui leur. est propre» ayant égard h la beauté exigée par Tart. JD'après ce principe , on peut décider qu'il n'y a point de genres en peinture» et qu'il n'y a que des modes : cette distinction sufBt. Dans tous les cas je suis sûr qu'on aidera plus les élèves en simplifiant ainsi cette question qu'en adoptant toutes ces divisions susceptibles d'être subdivisées elleft^némes à l'infini. Aussi peut-on croire que Perrault» par exemple» qui» dans son poëme sur la Peinture » reconnaît neuf genres différens» s'est restreint dans une certaine limite pour ne pas en imaginer beaucoup d'autres.

Il paraît certain que les anciens ne connaissaient point cette division par genres , et cela ptrce que leur grande étude et leur; plus fréquent exercice» étant l'imitation de l'homme et des animaux» ils se sont livrés indistinctement à l'une ou à l'autre imitation. Au surplus nous ne voy<ms. point que les auteurs de l'antiquité aient signalé dans leurs écrits ces différences conventionnelles. Tout peintre qui avait étudié et acquis l'art d'imiter » et qui avait étudié en même tems la nature dans ses caractères essentiels et dans sa beauté générale» était propre Gonséquemment à en représenter toutes les productions visibles. Mak ce qiii fait qu'au contraire chez les modernes» tel ou tel peintre &• livre exclusivement au portrait, aux tableaux dits de genre , à la peinture dite d^appamt , au paysage» etc. , c'est que, n'étant point parvenu à posséder par de bonnes études ou dans de bonnes écoles le

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laleni d^imiter la nature, il est forcé de rapporter tous ses efforts vers uo genre que les bornes ordinaires du sa^ voir de ceux qui le pratiquent ont fait regarder comme subalterne et limité.

Les anciens ne pouvaient donner trn nofn à part à des peintures de portrait , ni les considérer comme étant un genre particulier de peinture , puisqu'un portrait est l'imitation savante d'un individn; ils m pouvaient appeler peinture d'apparat des scènes qui devaient, selon leur théorie tontç naturelle, être aussi bien composées , aussi bien imitées que les scènes du genre de Thistoire, etc., etc. Si Vitruve eût admis ces genres , il n*eût point reproché aux peintres de son tems de ne plus. représenter des sujets nobles et instructifs, et de se livrer à des compositions fantasques elpuériles; car ces compositions eussent passé, comme parmi nous , pour des décorations, telles qu^elles sont en effet , décorations que nous avons appelées' , sans de trop bonnes raisons , grotesques , arabesques , etc. Vi'» truve eût donc regretté seulement qu'on s'en îhi tenu à un genre aussi subalterne ; mais c'était de la corruption générale de l'art qu^il se plaignait dans son livre , et non de la prédilection peur un genre déterminé de peinture.

Cependant, quoique les anciens n'aient point établi de différons genres dans l'art , parce que la peinture , rivale de la nature , doit lutter avec elle dans toutes sortes de sujets , ils avaient donné quelques noms particuliers aux tableaux dont les imitations appartenaient à certains caracftèresdela nature. Ils donnèrent donc le noméemegatographia à des peintures r^résentant des sujets nobles , grands, héroïques et divins (Vitruve), et à ce mot ils opposaient celui de rhyparo ^raphia pour signifier ta-

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bleaux qui représentaient des boutiques où i*on vendait des denrées ordinaires. Pline et Yitruve parlent de ces peintures rhyparographiquu dont étaient souvent ornés les murs intérieurs des habitations. Le peintre Piréicus , qui peignait deces sortes de tableaux » est cité par Pline. Dans le t. m » planch. 43 » des peintures d'HercuIanum , on trouve un exemple de ces sortes de sujets. Vitruve app^e œtnia les peintures qui représentent des paysages» des vases avec des fruits » des poissons, etc. Les anciens donnaient encore le nom de pomographes aux peintres de courtisanes. Chaéréphanes» cité par Plutarque 9 était de ce nombre. Les latins désignaient par le mot grylli les tableaux de caricatures. Nous savons que le peintre Galato. avait fait une caricature où il avait représenté Homère vomissant, et les autres poètes humant ce qu*il rendait. Pline et Vitruve » qui ont désigné quelques sujet» de la peinture par des mots propres , ne nous en ont point fait connaître de particuliers relativement aux paysages , et Pline , en louant le peintre Antiphile , dit seulement qu'il huitait avec art sur les murs les bosquets , les collines, les fleuves, y ajoutant quelquefois des pêcheurs, des vendangeurs, et y inl réduisant des maisons de campagne et des vues. Nous venons de voir que le mot xenia signifiait autre chose encore que des paysages.

Les écrivains de l'antiquité ne désigaent donc pas comme appartenant à un genre de peintuae, les batailles, les portraits , les tableaux d'animaux , de scènes fiimi' lières ou d'allégories , mais ils parlent de ces peintures comme étant des sujets choisLi et représentés par tel ou tel peintre. Il parait que Polygnote n'était pas moins

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peintre d'histetre que peintre de batailles; que les portraits célèbres furent exécutés par des peintres d*histoire , et que» pour les représentations des fleurs et des fruits, on exigeait du peintre tout autant Fétude de la nature , tout autant la connaissance du beau et de Fart d'imiler, que pour la représentation de tout autre sujet quel qu'il soit. Non-seulement nos classifications modernes sont faites pour jeter de la confusion dains la théorie de Tart , et pour embrouiller les idées de ceux qui Tétudient , mais elles sont particulièrement préjudiciables pour Tart , en ce que les peintres , pensant quelquefois travailler dans un genre subalterne » se croient autorisés à être négligens sur plusieurs points essentiels, et à se laisser aller à un style lâche et dégradé : et cela parce que des peintres de renom y qui offraient ces défauts , ont été classés selon des genres» à cause de ces mêmes défauts. Il résulte qu'on s'imagine aujourd'hui qu'un portrait » qu'un ^bleau de genre , qu'un tableau de conversations , car on a fait un genre de ces sortes de représentations , qu'un tableau d'animaux enfin ou d'objets inanimés doit être traité avec ces mêmes négligences ou ces mêmes défauts, qui caractérisent, dit-on , le genre particulier auquel ou le fait* indiscrètement appartenir. On croira., par exemple» excuser dans Greuxe le choix trivial de ses draperies , leur manque de vérité et d'expression» en disant qu'un tableau de genre ne comporte pas ces perfections. Si un. peintre qui ne fait un portrait ressemblant que par les formes , mais qui le peint sans mœurs» sans beauté » et ne laissant dans l'esprit du spectateur que cette fort mince idée «le similitude, je ne dis pas entre le tempérameiU ou l'âme de l'individu, mais seulement entre ses proportions,

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