CON81D£RATI0^8 GÉNÉRALES
* idées, sans poésie, sans grandeur, sans élévation, sans 9 génie, qui yont se traînant servilement d*après la nature,
• qu'ils n'osent perdit un moment die irue. Pauvres co'^ » pbtes qu'ils compar^aient volontiers à notre artisan » des Gobelins, qui va choisissant sesbrin^ de laine les » uns après les autre», poor en former une Vraie nuance » du tableau de Thomme sublime qu'il a derrière le doîf. » A les entendre, ce sont gens à petits sujets mesquins , > à petites scènes domestiques, prises dur coin des ruesv 9 à qui l'on ne peut rien accorder au-delà du knécanique 9 du métier , et qui ne sont rien quand ils n'ont pas porté 9 ce mérite au premier degré.
» Le peintre de genre , de son côté , regarde la pein- 9 tnre historique comme un genre romanesque ; où il n'y 9 a ni vraisemblance , ni vérité , où tout est outré , qui 9 n'a rien de commun avec la nature, où la fausseté se dé- » cèle , et dans les caractères exagérés qui n'ont existé 9 nulle part , et dans les incidens qui sont d'imagination » 9 et dans le sujet entier que l'artiste n'a jamais vu hors 9 de sa tête creuse , et dans les. détails qu'il a pris on ne 9 sait où , et dans ce style qu'on appelle grand et sublime 9 et qui n'a point de modèle dans la nature , et dans les 9 actions et les mouvemens des figures si loin des actions 9 et des mouvemens réels. Vous voyeï bien que c'est la 9 querelle de la prose et de la poésie, de l'histoire et du 9 poëme épique , de la tragédie héroïque et de la tragédie 9 bourgeoise , de la haute comédie et de la comédie de 9 genre. 9
Mais pourquoi Diderot en est-il resté là dans sa critique ? C'est qu'il ne pouvait pas croire que nos grands maîtres si vantés aient laissé subsister de la confusion dans
fiai DIFFÉRENS GENRES EN PRIRTCKE.
les principales divisions et classifications des arts; c'est que Diderot, sur la foi d'autrui et des académiciens , admettait les genres admis de son lems. Encore un pas. encore un artiste éclairé qui Teût tiré par la manche, et Diderot eût prouvé, a?ec son slyle anipié , cpie la guerre ouverte entre les peintres d'histoire et les peintres de portraits ou de petits tableaux, provenait de le«r commune éducation viciée, et de ce que les uns visaient aux grands mensonges imposans , et les autres à de petites vérités insignifiantes, par la seule raison qu'aucune école n'apprenait, soit aux uns, soit aux autres, ce qu'ils avaient à faire : Diderot eût démontré que , si dans les écoles on eût enseignée imiter, à choisir, et par conséquent à faire beau en étant vrai , il n^ aurait eu qu'une peinture, qu'un art et qu'un genre, malgré la diversité des sujets , malgré leur inégalité.
Il est bien évident encore que c'est par un malentendu qu'on ne s'accorde pas sur le mérite et l'excellence de plusieurs tableaux de sujets difllrens. Ebuis XIV n'étoit pas un connaisseur en peinture, mais il était né pour sentir le grand; et voilà pourquoi il disait, en apercevant un tableau de Teniers : «qu'on m'ôte ces magoU». Si Teniers eût bien compris la définition de la peinture , il eût reconnu qu'il représentait plutôt des habillemens , des costumes et des ustensiles que des mœurs; il eût reconnu que ses tableaux n'étaient pas des productions d'un art noble et libéral , mais bien des'matériaux pour l'his toire des vêtemens et des meubles de son tems. En effet on saura très-bien, dans mille ans (si ses tableaux se conservaient jusque-là ) , comment étaient formés le bonnet de laine, la culotte, la pipe, le tonneau, la jupe et
CONSIDÉEATIONS càNÊRALES. 2g5
les souliers des habîtans des villages où Teniers prenait ses modèles. De plus , on pourra recevoir de ce peintre d'excellentes leçons de coloris , de touche et de perspective; mats Louis XIY avait raison : Teniers peignait des magots; et, malgré son très-grand talent, ce peintre habile restait à moitié chemin dans son art.
Voilà Tinconvénient attaché à des classifications par genres en peinture ; il en résulte que la vue bien imitée du plus pauvre site, que la teinte et la forme bien représentées du plus misérable objet suffiront pour constituer un bon tableau aux jeux de ces gens qui classent selon qu'ils ont entendu classer. Louis XIV aurait donc pu dire aussi de quelques tableaux de Wynants , de Moucheron et d'autres : Qu'on m'ôte ces paysages ridicules. Remarquez à ce sujet que mille et mille tableaux italiens , tout bizarres et faux qu'ils sont , ne peuvent être néanmoins rejetés hors de la peinture , parce que leur tendance vers le pittoresque les maintient hors de pair , et cela bien que ce pittoresque soit souvent fort barbare : tant il est vrai qu'il n'y a qu'un genre» qui est la beauté ou le beau choix naturel et savamment représenté.
Quand on contemple le Gladiateur et la Vénus de Médicis y n'admire-t-on pas le même art , malgré la différence du sujet. Une 'scène de la vie de saint Bruno, par Lesueur, ou un Charlatan, peint par Gérard-Douw; un demi-citron écorcé en spirale , et peint par Vanhuysum , ou une Vierge de Raphaël , ne font-ils pas connaître et admirer le même art, malgré la diversité des compositions ? t Enfin Homère est-il moins grand poète , lorsqu'il » range des grenouilles en bataille sur les bords d'une » mare , que lorsqu'il ensanglante les flols du Xante et du