CHAPITRE
DE LA aESSEMBLANGE D^ PORTRAITS PAR LA PHYSIOIIOMIE.
Kn conndéranl ici e§ qui concerne la ressemblance des poptri^^ P^i* 1a physionomie » nous fiiisoas absolument abstraction de la question relative aiixformesy relative aux os 9 aux i|iuscles» à la proportion» et enfinàranatomîe; c'e8t-è<dii;g fu^ noDs n'entendonp parler que de ce que Ton appe^ l'air , la mine , Texpression du visage^ le ca-*^ ractète de tête. L'expérience de tous les jours démontre à chacun que beaucoup de physionomies se ressemblent, même avec des /ormes dissemblables; et les peintres, qi»i auront employé n6$ procédés reconnaîtront que Ton peut obanger el eqibellir les proportiona^d*uné tête, sans en chtfnger la j^bysioaomie^ J'ajouterai, même , en passant, que^cet embellissement des formes feivorise la ressemblance de la physionomie.
Qn'est-c^ qu'on doit entendre par ressembl^ce de physionomie dans l'art noble ^e la peinture r Par cette i^essemblance on ne doit pas entendre seulement le calque fidèle dii modèle 9 aVec l'expression de son, visage, mais plutôt la*ressemblance du type hidiqué plus ou moins incomplètement ptfr le modèle; plutôt ce que la nature a eu tendance h faire que ce qu'elle a fait réellement sur cet individu; plutôt enfin» l'idée généaal^ de l'espèce de figure du, modèle que la répétition de cette figure en par-
POBTBAITë* — BESSBMBL. PAB LA PHYSIONOMIE. Sdy
ticnlier. En ceci » fe me trouve d'accord avec de sages ihéoricietiSy et antr'autres aveo J. Reynolds, cet habile poinlre qui a dit : t La resêemblance et la grâce consistent 1 plus à saisir l'air général de Iti physionomie qu'à imi- > ter aveu une exactitude servie chaque linéament en » pariicolier. • Je m«» rencontre aussi avec les aufieurs de rEncyclopédie méthodique» qui assnrentque la représentation qui résulterait d'un moule pris siyr la figure même du modUe , produirait une resseiliMance moins vire» moins frappante que la peinture, qui saurait donner l'idée générale 4e cette physionomie. Et qu'on ne crofe point que oe ne soit pas rocommander la férité que de recommander ce principe. AVec ce principe on est plus vrâi; on est rraî à la manière des Grecs « qui. Une ibis qu'3s avaient rétabli proportionnellement l'ordrp par les erabellîsflemens , copiaient aVec une exactitude se^vile et le caractère des fohnes et }a phyaionomiè. Cet amour des Grecs pour limitation vraie et pour la ressemblance est même démontrée par ploeieurs passages des auteurs anciens.
Pline fe jeune était tout plein de cet amour extrétnc pour iff vérité, lorsqu'il écrivait à Sévère : «ChoistsscK le
• plus 'excellent peintre» pour faire les copies des y>or-
• traits île Cornélius Népos et> de Titus Gassius^ car s'il
• est extrêmement difficile de saisir Fa ressemblanco dans
• un original , combien l'est-il davantage d^ns uné'copic ? > Tâchez, je vous prie , qu'elle ne s'en écartq en rien , » pas même pour faire mieux. >
Pline le naturaliste dit qné « la vérité dai ■ d'Apetle^ était si grande , qu'un certain » roscopê disait , en les voyant » tout ce qui
^âS DIFFÉBBNS GENRES EN PEINTUEB.
» pérament de k personne peinte » et les choses qui de- » valent lAi amyer. » N'est-ce pas le même aûtear qoi écriyait enoore : i Qu'Aristide avait peint un mnlade avec • tant de vérité» que les médecins décidèrent combien il » avait de tems à vivre?»
Ahiis il faut bien se persuader qiA, par imitatJ6n et nature, les Grecs entendaient autre chose qu*un moule et qu*un calque» autre chose que des individus. L'art de mouler en plâtre les visages n'eût rien rappel à la peinture et à la sculpture , si cet arf ou ce moyen n'eût été mis ^tre les main& d'artistes savans» qui sucent» conime Lysippe » habilement modifier ces empreintes. Au reste , ^ puisque la phynonomie est quelque chose de si fugitif et de si variable » ne fatrt-it pas un principe et une règle , pour ne. pas s'éearter du but? Or ce but c'est l'unité de la physionomie» unité qu'on a appelé souvent l'idéal d'une physionomie. Lors donc que la figure dii modèle change', le peintre ne doit plus copier; maisâl.doit travailler pour le but ou pour limité adoptée et déterminée soit par la nature » malgré ses momens incertains » soit par l'art , ùifigré les difficultés de répéter la nature.
Ce qui est difficile » ce n'est pas de senti» vive&eot les physionomies des modèles-portraits » mais c'est d'adopter l'unité Ah physionomie convenable et propre à la ressemblance. La faculté de sentir les physionomies est donnée à tous les hommes; il semble même que^^ertains animaux en soient pourvus : en effet le chien lit très^bien sur la figure flêson mattre les sentimens qu'il lui importe de conna^^. La méfiance , la confiance s'inspirent au premier abord; et l'homme, pour sa propre conservatiete , s'exerce constamment dans cette étude des physionomies de ^s
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semblables. Mais les observer sous le rapport de Varl , sous le rapport du vraisemltlable , sous le rapport du beau» c'est ce ^e peu de^savans ont su faire; c'est ce que Lavatera négligé , et c'est ce que le peintre doit faire oonstamment.
Une des grandes^liiBculfcés qui embarAissenl le peintre, c'eat le choit d'ime unité quelcoi^que de pfayèionomie à ad(^ter parmi les airs de tête incertains , changeans , insignifians d'uo individu ; ce choix exige non seulementdf la sagacité , mais une grande foBce de jugement. Il s'agit de faire re9i^mhlant; il ^agit de nendre le portfail moral , il s'agit de le rendre beaif $ et pour arriver à ces conditiont, qu'est-ce q«e le peintre a devant les yeux? Une figure laide; un air, une mine sans caractère » ou bien un air*app^êté» ou bien une grimaae. Les peintres de portraits maudisseril souvent leur destinée; mais poui<quoi se sont-ils faits peintres de portraits?. Pourquoi Mfi chargent-ils d'exécoter et de fournir le portait au premier individu qui se présente à eux*, offrant ses.écus en échange de sa ressemblance? Ces peintres voudraiênt-ils qu'ici nous leur donnions le secret de se faire un nom , de (aire fortuné » de plaire an public? J'espère, qu'ils ne seront pas aussi exjgeans : toutes nos- recherches ne sont donc irdressées qu'aux artistes, qui ont le lobir et la îerme volonté de bien faife. Ainsi je dis que.lortque le)s iiMiviikis à figures triviales , hôtes «el l'artiste en lui demandant leurs p< liment s'en débarrasser, la faci première faculté dont un véAtab ger la jouiaiance.
Lorsque l'unité» de physionon
fi6o DIFF^BENS GERBES BM PEIRTUBB.
modèle 0 est laide et contraire à Tart , le peintre est forcé de renoncer è cette physionomie, et d'en dâDouvrir une qtit^ bien que passagère» soit caractériilique et susceptible d'intéresser. Ub artiste instruit parviendra toufotirs h faire ressortir cette physionomie; et» à l'aide de ce ^Dême choix » il ^tiendra une plus grande ress^mbiuice. 11 est confenable enoMM » dans le cas oMe modèle anrait une physionomie iagrate , de ne la copier que dans les instan» de oâloie , et lorsque les traiti sont peu agités ; par ce moyen la modification sera faite par la nature ellemême. Enfin , moins il y aura de physionomiâ sur le modèle» plus il faudra s'atlaeher à en rendre afeeiDxactitude les formes^t les couleurs; plus il faudra s'attacher .à fiiire ressembler par les autres caractères de la figure; et pe«têtre que dans ces aas la repaésentation que P6n ferait de toute la figure , t«b dans stn entier» serait d^un choix plus ingénieux que la rep^sentation du buste seule^ rne^t.
Toutes ces difflcukés paraîtront grandes à l'artiste qui aura' l'esprit peu méditatif, ou ^i» Wsqu'il selfouve en pré&enœ *du modèle , selaisse importuner par des conversations indiscrètes. En effet les persoataes qui se font peindra tâchent âe se désennuyer comme elles peo^ot » et elles multipHent les questions les plus ^tiganfes ou des récits capaMes de distraire le peintre » et auxquds il est obligé, par politesse, de prendre part. Des conversa* tiens soutiennent , il est vrai , la phyaiono'mio du modèle ; mais presque toujours elles détournent Tartiste de l'application qui lui est si nécessaire. Lorsque Léonard de Vinci faisait le portrait de Marfa-Lisa, femme de^Giocoado, gentilhomme florentin , des musiciens étaient chargés
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d'eotG^eoîr les traits de cetto daftie dao» nae douce hilarité , et pendant ce tema Léonard de Vinci était toai entier b s<m ouyrage \
Ajoutons maintenAnt un certain nombre d*observatioips relatives à la ressemblance par la physionomie.
Le choix d'aspect sous lequel on représente un portrait est trè\3-important; en effet une fiice ronde conserve pltis son caractère rond si vcUe est vue de face; et de meule une tête maigre , ayant im nez saillant^ sera mieux expriniée si elle te présente de trois quarts. Indépendam-* meni de ces choix favorables h la reMemblaape, il y a encore le choix d'aspect' qui fait ¥oir les têtes ey plus en dessous > ou plus en destus , ou plus ou moins mclinées • etc. La physionomie est dono plus ou moins aisée à saisir étant vue sous l'un ou sous l'autre de ces aspects.
Le peintre doit éviter de 4ermin«r J^s parties du wage l'ulie après l'autre, mais il doit les traiter XouUA ensemble ; et, après avoii^ représenté la joiae qui estla plus dévelop*pée> il doit passer immédiatement è celle qui est vue en raoeourcL Celte méthode est essentielle , puisque la mé^ me afiection .moralei-s'exprime à la fois sur les deux parties correspondantes et même sur toutes» «icune n'étant» pour ainsi dire, exempte de Tinfluence de cette affection morale dominante. La bouche ne sourit pas seule ; les yeux , le nez , le frent ont aussi chacun leur manière de rire. La paritéet Tharmonie des parties sont donc^'une grande inflnence sur l'expression d'un caractère qu^ Icon^
1 Ce portrait qui est an^ des plus précieuses productions de la peinture 9(918 le rapport du desaio , du modelé et du fini, fut acheté par Fran rois I*'. 4^000 écus d'or , ce qui représenterait aujourd'hui plus de 45,000 (r.
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que et sur ta ressemblance ; c'est pour cela que le peintre ne peut traiter Jine partie de la tête sans ^occuper de celles qui y correspondent , et sans accorder ainsi tous le» traits à-k-fois.
Comme le nés ne change presque pas dans Tétat calme , il est important de le dessiner avec plus de justesse encore que les autres parties qui sont plus susceptibles de varier.
Les.re8semblances chargées ou les caricatures donnent une très-mauvaise idée du talent du. peintre; en effet la ressemblwce^pour me servir d'une expression de-Mflizia) doit faire Téloge du modèle.
Le rire dont les ignorans préteAdent efldbeUir Ut physionomie est presque toujours uae sottise qui choque les gens de goùir. On en peut dire autant de Pair gracieux, qui est pr^^que toujours une grimace: aussi les plus beaux portrftils font-ils voir une physionomie calme , qui favorise Texpressioa du caractère de l'individu.
Ub portrait flatté n'est pas un portrait pçint en beau » car la flatterie est. une fausseté. Le peintre de portraits doit résister à la coquetterie de certains modèles qui exigent des embellissemens capables d'altérer 'la ressemblance. C'est après avoir été obsédé par une dame de cqtfe espèce , d(%t la bouche » selon 'elle » n'était jamais assez petite , qu'un p^tre lai répondît : «Si vous le vou- » lez » Madame, je n^n mettrai pas du teiit. » Je «ne sais où oalit les vers suivans dits en critique de ces pitoyables déférences :
Que Tart du peintre est beau! comme il est précieux ! > Aux dépens de la bouche il agrandît les yeux. '
PORTBAirS. — RJBftSEMBL. PAB LES VBTBMENS , etC. 363
Ce qui a élé dit sur les embeUissemens dont le résultat est de rendre l'image plus ressemblante (roy. vol. vi, chap. 23s. ) ; ce qui a été expliqué* aussi au sujet de l'orthographie, et despositiens de laf tête, nous dispense d*iaitrer dans aucun détail sur ces divers procédés. (Voyez encore les chapitres 374 » $75 » s8o, etc. » où ces questions sont traitées. )