‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 92 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DE hX 1IESSIMBLAN€E DES PORTRAITS PAR LES VÊTE- MENS , LA COIFFURE , etc.

Il parait étrange de rencontrer des opinions diverses au sujet de'la ressemUance qa*on doit ou qu'on ne doit pas ohsenrer quant au rêtement , à la coiffure, etc. , dans un portrait. Il y a tant de tableaux-portraits qui démontrent combien sont désagréables » laides et triviales le$ images qui n*offrent que des calques sans ch<9ix et sans art des vétemens des individu»; il y a aussi tailt de -portraits qui » sortis du pinceau de peintres habiles et philosophes» qui font voir de la décence, de la beauté, de -la grftce môma dans les vêtemens , vrais , vraisemblables A qui sont enfin convenables à Tindifidu- modèle, bien qiir'ils n'oArent pas la répétition servile de touftes les plè#es de leur habillement , que tant d'exemples, dis-je, auraient dû fixer les idées et accorder tous les artistes syr la question qui nous occupe ici. Il importe donc 'de découvrir la cause de cette incertitude , et d'éclaircir ce point très-

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imporlaDt de la peinture. Mais, puisqu'on ne s'entend pas sur la définition deFartde la peinture» et puisqu'on ne s'entend pas sur le vrai principe du beau» il n'est pas surprenant qu'on ne s'entende pas non plus sur cette question. Ce qu'il faudrait donc ayant tout» ce serait de déterminer s'il confient toujours de fiiireèeau » et ensuite de déterminer en quoi consiste le beau.

Les prétendus connaisseurs » étrangers à la définition de la peinture , ne manquent pas de dire que c'est être vrai que de répéter avec exactitude toutes les pièces du vêtement du modèle» ainsi que leurs formes» leurs couleurs. Ils prétendent que c'est une licence insupportable que de changer quelque chose de leur h3l|ilIemeDt; *et en cela ils sont soutenus par cette foule de peintres de portraits qui n'ooft d'autre but que de faire trouver ressemblante au priaie abord la ptorsosne peinte » et qui n'aspirent qu'an sufirage des partns , des petits enfans et des gens de la maison. Yoici au reste comment s'expriment ces prétendus connaisseurs :

« Puisque le but dt peintve de portrait» » disent*ils , est » la ressemblance individuelle» il doit vêtir et coiffer la » pevsQpne qu'il représente « comme on a coutume de la » voir coiffée et vêtue. Un homme quh change coasidéra- » blement sa manière de se mettre n'est «ouvent reconnu 4* qu'avec une sorte de peine par ses ami»» et ne l'est pas » du tout par les personnes qui lui sont moin à familières. B II bst dj^guisé; et n'est-il pas absurde de se déguiser » pour avoir son portrait, et do se plaindre ensuite quand «' ce portVnit^'eJl pas aisément reconnu » lorsqu'on serait • à peine reconnu soi-même sous ce déguisement ? On a » cependant vu ces peintres mettre ces déguiêemens ti la

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• mode» et faire d*une coqnette mioaadière une Diane ou B une Jnnon. >

Tout ce qn*il y a de monttrneax dans ces choix n'est point une raison de critiquer les peintres qui n'ont pas Toulu être les copistes senriles des .tailleurs et des perruquiers» et s'il a paru des portraits extravagans» sous le rapport du costume fantastique» bizarre et détestable, cela jK prouve point qu'il ne faille jamais choisir» jamais cbmger ni modifier» et qu'il n'y a!l rien de mieux à faire que de répéter» comme dans une glace » la personne qui demande son portrait» et de la répéter avec tont son costume quel qu'il soit.

Comme nous nous sommes étendvs sur cette même question au chap. j55» et que nous en avons touché aussi quelque chose en parlant du costume , nous nous contenterons ici de quelquiss observations^ particulières, renvoyant le lecteur à ce même chflp. iâ3» vol. iv» pag.6s9. • -

Je rappellerai donc que bien qu'un portrait doive être la resseiQblance d'un individu » et qu'on doive peindre ses mœurs» on peut le faire sans répéter ce que ses vête* mens ont d« laid et de ridicule » et qu'on doit se per* suader que le but de la haute peinture ne saurait être le même que celui de la gravure, chargée parfois de faire passer à la postérité les usages et las costumes de tous les lems. Si une des conditions essentielles d'un portrait était le costume» c^est à dire l'exactitude de» détails âans le costume» |e dirais que npnrseulement il faudrait adopter et représenter ce même copftume» mais qu'il faudrait que toutes les parties de l'habillement » de la coiffure , de la chaussure» que toutes les bonlonnièrcs , toutes les cou-

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tures fussent rendues aTjQc «ne fidélité scrapaieuse; j*cn dirais autant des meubles et de toute l'architecture et menuiserie de l'appartement; mais» j'ai cru Tavoir démontré» cette rigoureuse imitation est du domaine de l'historien , de l'antiquaire et du costumier , et n'est point inhérente à l'art noble de la peinture. Ce que doit se proposer le peintre en offrant la ressemblance d'un individu , c'est de produire une figure dont le caractère moral et physique soit très-sensiblement manifeMé : le but c'est d'exprimer la physionomie » le maintien , le tempérament et les mœucs de l'homme » maïs nmi ses habits et sa garderobe. Si le siège sur lequel. ii doit s'asseoir » si le site dans lequel il est vu «ont simples, cela ne prouve pas qu'il faille précisément et,exclu5ivc|nent représenter ce. même siège, sa même table et tout son mobilier; c'est par des généralités fortes et non par des particalarités sans caractère qu'on rendra un portrait moral et bon à être vu dans tous les tems. On fait voir près de Paris la ta'ible et Je bois de lit qui- servirent à J.-J* Rousseau. £st-îl dit qu'il faille , pour le portrait en plod qu'on tracerait de cet illustre Genevois, représenter cette môme table , ce mênie bois de Ut? non; il suflSra que les meubles, dans ce tableau, soient de la même simplicité que ceux dont il avait rfa^bitude de se servir, car le vraisemblable dans ce cas sufBt.

N'est-il pas absurde et indigne de l'art noble delà peinture de; vêtir ses modèles de toutes sortes de pièeettes , friperies et brinborioDs, parce qu'il a éié du bon ton, pendant quelques moitf et du lepns de ce modèle, de s'affubler de ceS'brinboriiMis ? Pourquoi ne pas oser.ditaaiiiaer le nombre dej pointes ou ^es boutons? Pourquoi craindre

PiATRAlTS. — BBSSBMBL. PAR LES TBTBMEKS , etC. SCj

de donner à l'habit de Uaniplear lorsqu'il est en gi^tne , de le rendre phis pittoresque, plus décent quand il est laid et trivial : ces changemens, dis*je, ne sont-ils pas dans la nature comme dans l'art ? Aujourd'hui que pous ne pou- ▼ons pas regarder Timage de nos aïeux sans rire de leur costume » nous prétendons que nos accoatremens paraîtront sans ridicule à nos neveut. Nous nous accoutumons à nos modes; elles ne nous choquent nullement, elles «Mit même de bon ton. Les gens du monde exigent impérieusement que» dans les portraits» ce bon ton se manifeste par la copie scrupule«$e des niaiseries des modistes ou des Inventions de queltpi'aimable sot à la mode. « Comment les artistes du siècle prochain (écrÎTatt M. Levesque» vers la fin du dix* huitième siècle) pouroonVils représenter lesëommesqui vivent aujourd'hui ? Un gilet court et serrée un habit qui n'habflle pas» un collet élevé qui cache le col et une partie des joues » tout le vêtement enfin étroit et collé sur la peau , voilà ce que la mode actuelle prépare aux ar#btes futvrs, ce vêtement semble montrer le nu» et n'en cache en effet que ks beautés» c'est, à dire les mouvemens variés des muscles» les finesses des* articulations» la fermeté des parties apparentes des «s» qui contraste avec U mollesse ondoyante des |>arties musculeuses. Un homme tranquille rapiuBlle moins l'idée d'un être virant que celle d'une momie envel4>pée de bandelettes* » i Que les peintres el les sculpteurs anciens étaient heureux» disait Reynolds 1 qu'ils avaient en c#la d'avantages sur no(is I Ils viic^ie^t dans.des tems où la nature se présentait toujours à eux dans sa viguwr et dans sa naïve simplicité : ils n'avaient qu'à suivre te qu'ils voyaient;

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» et nous devons presque toujours fuir ce que nous » voyons, t Watelet a dit :

<i Mais de nos vétexnens la gênante structure » Contredit à la fois et l'art et la nature. »

Cependant les peintres d'aujourd'hui ont de grands avantages en ce point sur ceux du siècle dernier» et s'ils ne sont pas aussi bien servis que les Rubens et les Tiziano » ils ont à leur disposition des vêtemens susceptibles de belles combinaisons. Les qianteaux» les schalls» les redin^ gotes, les coiflures, les pantalons» ne sont point absolument défavorables au pittoresque. Mais, avec tous ces moyens, un peintre sans génie fera toujours des magots ; et par ce mot sans génie, j'entends dire ici sans bon goût acquis, et sans la théorie et la pratique du beau.

Ainsi répétons-le; un portrait doit être pour tous les tems; il s'agit de peindre la personne et non les habits; il s'agit de peindre ses mœurs, et non la mode de son tems; enGn ce sont ses habitudes, et non les idées de son tailleur qu'il s'agit de faire connaître dans ce portrait. Un mot de Quintillen , recueilli par J. Reynolds , ne sera pas de trop ici. c Ceux,, dit cet oratetr , qui s'arrêtent à » Ta jlparence extérieure des choses pensent trouver plus • de beautés dans les personnes bien ajustées, bien fri- » sées et bien tardées, que dans ta simple et belle nature ; » comme "si la beauté ne dépendaiâ que de la corruption » des mœurs I »

Lcgrand fléau du peintre de portraits , c'est donc la mode. Ce ffoi enlaidit, ce qui rend trivial et burlesque le plus grand nombi^ de nos portraits , c'est noire sovmis-

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fiion au despotisme de la mode. Cette mode a un tel empire que ce que Ton appelle costume pittoresque » pour le dUTéreocier du costume individuel, n^est cependant que le costume à la mode un peu modifié. La mode récente rend ridicule la mode passée : les collections de modes surannées nous paraissent horribles. Nous ne pouvons pas croire que les êtres affublés selon ces modes aient eu ^ je ne dis pas du goût , mais même le s^nis commun; enfin nous en avons pitié. Cependant c'est la même routine stupide qui nous aveugle aujourd'hui; et, bien que nos habits soient ridicules d'une autre façon» nous ne les croyons pas ridicules.

Certes, s'il appartient à quelqu'un de discerner ce qu'un vêtement a de beau ou de laid , tant pour les yeux que pour l'esprit , c'est surtout au peintre. Ce dernier doit , malgré les influences de la mode, conserver sa sensibilité et son discernement artistiques : il doit être choqué , impatienté de tout ce qui est contraire à la beauté , à la décence, à la dignité de l'homme; il doit s'indigner à la vue de ces trivials accoutremens qui nous humilient sous. la domination de la mode , cette déesse qui nous bafoue sans cesse, qui nous fait jouer le rôle des singes ou des poupées que soumettent à leurs baroques fantaisies les enfans occupés à les affubler b leur gré.

J'ai déjà cherché à démontrer que Tiziano , que Rubens , Lebrun , Yander-Meulen , etc. , embellissaient sur leurs tableaux les vêtemens, les parties de vêtemens de leurs modèles. Je ne répéterai rien è ce sujet , et je me contenterai de dire que si Vandyck, Tintoretto, Frankhals et tous ces maîtres se fussent contentés de copier sans choix les costumes dans leurs portraits, on eût vu les

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