‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 93 sur 142 · TOME VIII · texte numérisé non relu

TOME VIII

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peintres inférieurs réussir aussi bien que ces maîtres dans l'art des ajustemens; or c*est par ce choix surtout qu'ils leur sont inférieurs.

Non, il laot que Fhabiie peintre de portraits, ou» pour mieux dire , il fiiut en peinture retenir et copier ce qui est beau dans la nature; mais il faut corriger ce qui est défectueux » laid et inconvenant Les corrections, les embellissemens s'opèrent par les grandes combinaisons qui associent, qui déplacent', qui divisent, qui agrandissent les grandes masses; elles se font aussi par les combinaisons qui améliorent les parties, qui leur donnent un aspect, une position, un tour , un mouvement , un jeu pittoresque , bien adaptés au sujet. Ce que nous avons dit sur la beauté , sur les lignes , sur les masses , les couleurs , etc. , doit donc trouver son application ici.

Mais prescrivons au peintre lô seul préservatif efficace contre l'autorité tyranoique de la mode, et contre le mauvais goût : cW l'étude assidue des productions des anciens. Oui, pour apprendre à bien ajuster des portraila de nos jours , il làut savoir ajuster des figures selon le beau godt des anciens. Pour retourner avec grâce le pan d'un habit, pour arranger les plis d'une robe, pour disposer des cheveux, même selon la mode, il est iodispen* sable d'avoir été à l'école des anciens. L'étude des Vénitiens , des Flamands sera d'un grand secours , il est vrai , dans cette même étude du bon goût en fait d'ajustemens, mais ces maîtres doivent servir plutôt à nous (aire comprendre comment doivent s'appliquer les lois de la théorie du beau , qu'à nous prescrire des types assurés. En effet on peut très-bien emprunter ce qu'il 7 à de grand , d'ingénieux et de pittoresque dans les exemples de ces

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mallres , sans adopter ce qu'ils peuVeot offrir de barbare et de laid.

Enfin fti un Tétement à la mode est un contf^-sens, sur certain indmdUy fiiut-il donc Tadopter pour son portrait? La coiffure d'une fiUe de treise ans est la même aujourd'hui que la coiffure d'une femme de trente ans; n'en est-il pas ainsi de sa robe ? etc. Or je demande s'il est possible que ce même costume convienne k tontes les deox. Les duchesses aujourd'hui ne sont guère mieux mises que leurs femmes de chambre ; telle est la mode : coaTieodra4-il de les vêtir l'une et l'autre sembkbiement dans dn portrait ? Si donc il y a des habita qui sont contraires au caractère , aux mœurs des gens, je dis qu'il ne but pas les en yêlir en peinture. Il y a des effets optiques absolument opposés au mode dans lequel il convient de représenter tel ou tel individu; ces effets optiques doivent être laissés au choix du peintre. Sous Louis XV , les dames de la Cour et les demoiselles de la ville s'entouraient la tête d'une étoffe noire , qui se repliait comme la capote d'un cabriolet : on vcMt plusieurs portraits illustres affublés selon cette horrible bizarrerie; mais si pour une veuve âgée il j avait convenance dans une telle coiffure » n'était-elle pas absurde et affreuse pour les jeunes demoiselles? Cependant , au tems où régnait cette mode , personne ne la trouvait étrange. Le noir et le blanc ne choquent guère : et au noir on peut associer des accessoires qui l'égaient; mais les formes et les couleurs ont un langage » et ce langage doit être conforme au vraisemblable et à la nature du sujet ou dn tableau.

Combien d'observations ne pourrait-on pas ajouter ici ! Enfin ne soyons pas les dupes des personnes qui préfèrent

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la mode au bon sens» bien qu'elles en sentent rabsurdilé; ne soyons pas non plus (es dupes du peintre qui est le premier à ihe de la grotesijue tournure que donne à un portrait tel ou tel costume ou vêtement, qu'il consent néanmoins ettrès-Yolontiersà étaler et même à exagérer : les uns et les autres reconnaîtront la justesse de notre critique. Cependant à ceux-là i} faut un portrait selon le goût du jour : cela entre dans leurs calculs de vanité; et à ceux-ci il iaut l'argent de ceux qui récompensent volontiers leur soumission. Mais» dira-t-on» pourquoi mettre tant d'impor^ tance à ces bagatelles? je répondrai quMl en faut mettre , parce que la fonction des artistes est d'influer sar le goût des sociétés , en propageant dans tous les tems les vrais modèles du beau.

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