CHAPITRE
oc CLAIR OBSCUR FAVORABLE A LA RESSEMBLANGR DES PORTRAITS.
Il s'agit ici , non de l'obligation où est le peintre de mettre de la beauté dans le clair-obscur de ses portraits , mais il s'agit particulièrement du choix du clair-obscur considéré sous le rapport de la ressemblance , ainsi que de son caractère par rapport au caractère du portrait.
La moindre expérience suflit pour apprendre que telle lumière fait paraître une physionomie avec plus d'unité et d'évidence , et que telle autre lumière est contraire à cette môme physionomie. Il y a des jours sous lesquels
PORTRAITS. — CLAIR-OBSCUR PAVOB. A LA RESSEMB. 37?
les gens sont » pour ainsi dire , plus ou moins ressemblans ; d'autres sous lesquels ik ne le sont même pas du tout. Ainsi le choix d'une lumière ouverte ou serrée, vive ou adoucie » basse ou élevée ; et de plus le choix d*un air sombre ou gai contribuent beaucoup h cet ac> cord ou à cette discordance entre le sujet et son apparence f entre l'espèce ou le caractère de physionomie et le clair-obscur qui la rend sensible à nos yeux. Puisqu'il y a un mode dans chaque portrait , dans chaque expression de tête» de même qu'il y en a un dans tout l'ensemble d'un grand tableau, il faut qu'il y ait, entre ce mode et entre le clairobscur qui l'exprime , une harmonie frappante; harmonie qui est, comme on le sait, le but et la fin de l'art.
Malgré la justesse de ces observations, on ne voit pas que les peintres emploient des lumières dijflTérentes pour éclairer leurs divers portraits. Presque toujours ils n*en ont qu'une seule. Un vieux militaire , un enfant blond et frais , une fille pâle, une personne riante , une personne triste , tous ces modèles sont vus dans le même atelier , sous le même jour , et souvent à la même place. Chez les anciens peintres vénitiens , au contraire , on remarque des essais variés au sujet du choix de clair-obscur, et il parait que ces tons clairs et légers, qu'on remarque dans les ombres sur plusieurs anciens portraits de femme , n'ont pas été éclaircis de caprice par ces peintres , mais répétés d'après des effets naturels , doux et ingénieusement ménagés dans le site même. Parmi tous loi spectateurs qu'on voit dans les loges de nos salles publiques, et qu'éclaire une seule espèce de lumière, celle du lustre, on en remarque auxquels cette lumière ne convient pas du tout , d'autres qui
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paraMseni avec avantage ious ce jour artificiel. Oa e»t choqué de voir dés figures délicates et gracieuses exposées à cette lumière serrée et dure , qui ne déplait pas sur certains visages mâles et ressentis; en sorte qu'on hésite souvent à reconnaître certaines personnes vues sous cette lumière. La même remarque doit se frire au sujet de la ressemblance des acteurs; car» lorsque Ton couvre la ligne de lampes qui d'en bas éclairent la scène » et que les acteurs ne se trouvent plus éclairés que par le lustre de la salle » ils semblent avoir une toute autre physionomie. Cette raison seule devrait enlr'autres faire renoncer à Tiisage barbare d'éclairer la scène de nos théâtres par le bas. En effet telle actrice qui parait laide sous cette lumière ofire au contraire une physionomie heureuse lorsqu'on la voit sous un jour ordinaire et ve* nant d'en haut. Mais ne suiBt-il pas» pour renoncer à ce moyen absurde d'éclairer la scène» de remarquer qu'il est impossible qu'une physionomie quelconque soit frappante par son unité et par ses variétés» dès qu'un jour aussi importun la décompose?
Ainsi non-seulement une lumière venant de bas » de côté, à pic» ou dans toute autre direction» est défavorable ou favorable à la ressemblance d'un portrait; mais tout le clair obscur qui résulte de telle ou telle espèce de lumière lui est favorable ou défavorable aussi. On peut donc dire qu'il y a des jours dont l'effet optique est absolument contraire à l'unité de physionomie et de caractère appartenant à l'individu représenté.
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PORTRAITS. COLORIS FAVOB. A LA BESSbMBL. ^-jÔ