DU MÉRITE RESPECTIF DES MONUMENS ANTIQUES
on rendrait la première conjecture plausible ; car ces morceaux grecs étaient dignes certainement d'embellir à Bysance le nouveau palais de Constantin, puisque cet empereur les avait fait venir exprès de la Grèce à Rome pour orner les thermes magnifiques qu'il y avait fait construire. D'ailleurs, les commissaires chargés de ces enlèvemens ne se sont-ils jamais déterminés par des raisons étrangères à l'art et n'ont-ils pu se tromper quelquefois dans leurs choix?
Deux autres considérations laissent à penser que certains ouvrages excellons ont dû être préservés à Rome : la première, c'est que les fouilles faites à Herculanum, qui ne fut jamais spoliée, ne nous ont point encore fourni d'antiques supérieures à celles que l'on trouve ordinairement dans la capitale ; la seconde, c'est la similitude qu'on a remarquée entre certains ouvrages enlevés au Parthénon d'Athènes , ouvrages sans contredit faits ou par Phidias, ou sous son inspection, et certains morceaux grecs qu'on rencontre dans les musées de l'Europe et qui proviennent de fouilles faites en Italie. Cette similitude nous prouve, en passant, que ces morceaux, quoique moins vantés que l'Apollon, la Vénus Médicis, etc., ne sont pas d'un ordre si inférieur qu'on pourrait le conjecturer.
Sans doute que les plus belles figures du fronton du Parthénon, exécutées probablement par Alcamène ou par les autres élèves de Phidias, sous la direction de cet illustre statuaire, ont un accent, une expression, une vie et une noble simplicité qui surpasse ce que nous avons de plus beau en antiques ; cat* le Laocoon et le torse du Belvédère, bien qu'appartenant à une période où l'art
de la sculpture était arrivé, et cela depuis long-tems, à son complément et à sa perfection, sont d'un style bien moins énergique, offrent moins de laconisme et d'art, moins de vraie grandeur et de naïveté. Màis on trouve dans les musées quelques figures de ce haut style, et sans parler du Discobole et des Niobés, le groupe de Ménélas et Patrocle peut certainement nous donner une idée des belles sculptures de la grande école grecque* Ce groupe a bien sûrement été admiré dans l'antiquité.
Ici il convient de faire remarquer que c'est le peu de fixité des idées des modernes sur la perfection de l'art qui leur a laissé placer au premier rang certaines statues, telles que l'Apollon du Belvédère, le Laocoon, l'Antinoiis, la Vénus Médicis, puisqu'il existe des antiques qui eussent été aux yeux des connaisseurs grecs bien préférables. Au reste, comment le public acquerrait-il une idée juste du mérite respectif des plus belles antiques, lorsque le but qu'on se propose, en formant des collections dans les musées et les galeries où tout est mélangé, est de décorer, d'étaler, de symétriser, et nullement de classer, de confronter et de faire voir, connaître et étudier aux modernes l'art des anciens ? A Paris même, les élèves et les savans sont privés aujourd'hui de l'avantage d'une collection classique d'empreintes, avantage qu'affectent de nier certaines gens si intéressés à dénigrer l'antique.
Si donc il ne nous est pas réservé de posséder jamais des ouvrages avérés de la main de Polyclète, de Lysippe, de Praxitèle, de Scopas ou de Myron, nous avons néanmoins des ouvrages dans ces styles, et même de trèsbonnes copies antiques de ces mêmes originaux. Qu'il est fâcheux que le bronze^ qui fut si souvent animé par
les LysJppc et les Phidias, soit un métal propre à tenter la cupidité ! sans cela peut-être quelques statues fameuses eussent passé tout entières jusqu'à nous; et peut-être posséderions-nous, ou quelque Vénus de Scopas, ou au moins quelques animaux de la main de Myron. Mais trouvons nous heureux d'avoir à étudier tant de belles leçons, et surtout les scvdptures vraiment classiques que vient de nous procurer la dépouille du Parthénon. Ne désespérons donc pas d'obtenir quelque autre découverte qui nous fasse encore tressaillir.
Ici je ne puis me défendre de manifester un vœu : c'est qu'on découvre un jour quelqu'admirable peinture qui réhabilite dans notre esprit les Protogène, les Thimante, etc. , comme les Praxitèle et les Phidias sont tous les jours réhabilités par les précieuses copies qui nous aident à connaître le grand savoir de ces statuaires.
Disons un mot des bas-reliefs, des camées, des pierres gravées et des médailles; des portraits, des ornemens, des vases, etc.; des peintures et des restaurations d'antiques.