DU MÉRITE RESPECTIF DES MONUMENS ANTIQUES
Il s'éleva à la fin du 18^ siècle une contestation qui réveilla beaucoup d'idées. Il s'agissait de déterminer la véritable antiquité de l'Apollon du Belvédère. Ce fut Mengs qui publia, je crois, le premier, ses conjectures à ce sujet. 11 disait que cette statue tant vantée et tant admirée parmi nous, n'était point un ouvrage grec, et
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qu'elle ne pouvait avoir été exécutée avant Trajan, puisqu'elle était en marbre de Carrare, carrière près de Gênes, qui n'avait pas été exploitée avant le tems de cet empereur, et il ajoutait plusieurs autres preuves de son assertion.
Ce fut dans ce même tems que parut l'histoire de l'art de Winckelmann, histoire qui échauffa encore les esprits sur ces questions, en sorte que mille conjectures nouvelles se sont succédées depuis ces critiques, au sujet du style et de l'antiquité de plusieurs monumens célèbres. Ces questions sont d'un grand intérêt ; nous nous en occuperons bientôt, lorsque nous parlerons des styles de l'art antique €t de leurs époques : ici quelques idées générales doivent suffn^e.
Il est à croire que le plus grand nombre des ouvrages antiques, restés jadis à Rome après les spoliations, étaient des ouvrages romains, ou, si l'on veut, des ouvrages grecs faits à Rome, par des maîtres peu célèbres ; car le mérite supérieur des anciens Grecs, ayant été toujours reconnu à Rome malgré la vanité nationale, il est douteux que l'on fit exporter pour Constantinople des ouvrages romains d'un ordre inférieur, lorsqu'on voulut décorer cette ville. On y transporta peut-être quelques ouvrages médiocres relatifs à la politique et au culte religieux; il est probable aussi qu'on n'osa enlever de certains temples de Rome les statues qu'affectionnait et que vénérait particulièrement le peuple. C'est ainsi que L. Mummius, qui enleva de Thespie tout ce qu'il y avait de curieux dans le temple de la Félicité, ne toucha point au Cupidon de Praxitèle, parce que cette statue était consacrée. Mais rien ne nous prouve qu'on ait apporté sou-
5o HISTOIRE DE LA PEINTUBE.
vent de pareils ménagemens ; et si les collections de quelques particuliers échappèrent à ces enlèvemens, on peut conjecturer qu'en général ce qu'on laissa à Rome fut peu regretté.
De plus, il est à supposer que ceux qui présidaient à ces enlèvemens, pouvant recueillir dans toute la Grèce des objets précieux, plus facilement et plus promptement transportables dans la nouvelle capitale de l'Orient, ont dû être plus difficiles sur le choix qu'on avait à faire à Rome. Au reste. Constant, empereur d'Orient, qui, près de trois cent cinquante ans après Constantin, vint spolier Rome, semble avoir été réduit à n'emporter que du bronze ; il enleva sans pitié celui du Panthéon.
Il est donc vraisemblable que les antiques retrouvées dans les fouilles de Rome sont en général des ouvrages d'un ordre inférieur; mais il ne me paraît pas raisonnable d'affirmer qu'aucun ouvrage vraiment classique n'y a été et n'y sera jamais découvert. En effet, ne peut-il pas être arrivé que le hasard en ait soustrait quelques-uns à tous ces enlèvemens et à tous ces ravages ? Pourquoi ne pas imaginer encore que le volume colossal de quelques statues ait pu les en préserver ? Les colosses de Monte- Cavallo, d'autres fragmens de colosses que l'on voit à Rome, la Flore ou Therpsicore, l'Hercule, le groupe du taureau Farnèse, les groupes de Ménélas, de Niobé mère, la Pallas Velletri, et tant d'autres n'ont peut-être dû leur conservation à Rome qu'à leur très -grande dimension. Je sais qu'il peut se faire que, parmi les figures colossales, quelques-unes n'ayant pas été jugées dignes de préférence, on les ait délaissées. Mais enfin, quand on ne citerait que les colosses de Monte-Cavallo,