DES BAS-RELIEFS AISÏIQUES
logiques, héroïques et historiques sur des Las-reKefs, et comme ils ajoutèrent volontiers leur propre histoire a celle de l'antiquité, ils multiplièrent beaucoup ce genre de sculpture. Mais la principale cause du nombre presqu'incroyable de bas-reliefs dont ils avaient décoré pour ainsi dire tous les lieux de leur empire, c'est l'usage des tombeaux. Aussi rien n'est plus commun à Rome que les sarcophages ornés de bas-reliefs; les antiquaires ont prétendu qu'il s'en fabriquait jusques en Grèce, pour être exportés à Rome et dans l'Italie comme objets de commerce, tant l'emploi en était devenu général. Néanmoins, on en trouve rarement qui puissent être assimilés aux bons ouvrages grecs pour l'excellence du style et du dessin, les artistes qui résidaient en ces tems postérieurs dans les villes grecques, étant fort dégénérés. Il faut bien se garder cependant de conclure de cette observation que les bas-reliefs romains qui ornent les sarcophages soient de peu de mérite, ou qu'ils soient indignes de notre admiration et de nos études : ce sont au contraire des modèles précieux bien dignes d'être consultés. Il ne faut pas non plus s'imaginer qu'ils eussent été plus souvent interrogés par les modernes, si l'art y eût été plus parfait ; mais on doit dire que les modernes ne les ont pas plus souvent étudiés, parce que, dans les emprunts qu'ils y voulurent faire, ils se trouvèrent comme dépaysés par la trop grande différence de leur style avec le style des écoles et des académies, et qu'ils les considérèrent comme des études toutes particulières et à la portée seulement de quelques génies privilégiés. Raphaël et Poussin, qui en firent le plus libre et le plus bel usage, confirmèrent dans celte idée. Cependant, l'heu-
rciiso révolution qui s'est opérée dans les arts a détruit un préjugé aussi funeste, et les meilleurs artistes de l'Europe révèlent aujourd'hui le mérite de ces beaux modèles, en cherchant à s'en rapprocher. Il n'est donc pas hors de propos de recommander ici ces mêmes ouvrages romains aux personnes dont la prédilection pour les Grecs a rendu le gout difficile ou trop exclusif; car, malgré la finesse et la supériorité des Las-reliefs grecs, on rencontre tous les jours des fragmens romains dans lesquels l'art est merveilleux. Et pour désigner ici en passant ce qui caractérise cette excellence des bas-reliefs romains, je dirai que c'est la clarté et la force dans la composition, la bonne disposition, l'énergie des expressions et des pantomimes, le beau style des vêtemens, la résolution du dessin, des mouvemens et des plans, et la grande et belle facilité de {'exécution.
Il n'entre pas dans mon plan de traiter des conditions relatives à l'art du bas-relief; je crois devoir néanmoins faire connaître une des doctrines antiques qu'il importe de remarquer, si l'on veut bien comprendre l'esprit de ces monumens.
Un principe donc qui était général et bien établi chez tous les anciens artistes, c'est que l'illusion n'est point le but de l'art des bas-reliefs. En conséquence, ils ne cherchaient point les prodiges de la perspective, ou pour mieux dire de la scénographie, ni cette dégradation étrangère à l'art de la sculpture; dégradation dont les modernes du dernier siècle ont fait une parade si ridicule. Partant de ce principe, on doit considérer leurs bas-reliefs plutôt comme des indications produisant des idées sa vantes, que comme des imitations tendant à tromper la
vue : en sorte que nous ne devons point être surpris de trouver dans ces ouvrages certaines saillies conventionnelles, certains plans exigés par l'art de la sculpture et par la nature de la matière, plans et saillies qui choquent quelquefois le dessinateur prévenu par les idées qu'il s'est faites sur l'illusion et sur l'imitation. C'est donc à tort qu'on a répété qu'il était absurde de représenter, comme l'ont fait les anciens, des maisons et des temples aussi petits que les personnages; des bateaux, des ponts, des rivières, des arbres, d'une dimension disproportionnée et souvent étrange.
Toutes ces critiques s'évanouissent devant le principe que je viens de signaler; mais convenons d'une chose, c'est que, si le marbre n'était pas soumis chez les anciens à des lois qui ne sont propres qu'aux coloris, ils en tirèrent tout le parti possible quant à l'art des formes, quant au style, au langage et h la manière grande et sûre d'indiquer les caractères.
Cette manière laconique qu'il importe de rappeler, nous explique aussi la différence qui distingue le fini des modernes du fini des anciens. Si l'illusion n'est pas le but de l'art du bas-relief, il s'ensuit que les signes indicatifs peuvent être réduits à leur plus simple expression; or c'est cet ordre et cette harmonie dans l'art d'indiquer que les anciens ont possédés au suprême degré : ils se seraient bien gardés de terminer des accessoires avec plus de soin que les choses principales ; c'est ce qui fait que l'on rencontre souvent des parties qui semblent n'être qu'ébauchées. Cependant, quelque peu fini qu'ait été le signe, il exprime toujours le caractère principal de l'objet indiqué. On ne peut pas en dire autant des bas-reliefs
0(S HISTOIRE DE LA PEIx\TURE.
inoderiies, clans lesquels le poli, le recherché sur tous les points, est si souvent donné pour de l'étude et du vrai fini. Algardi, si vanté par l'abhé DuLos, fait voir dans son Las-relief d'Attila, à S^-Pierre de Rome, et les abus, et les limites de la sculpture; il voulut faire un tableau d'illusion de ce bas-relief, et rien n'est plus embrouillé, rien n'est plus cahoté que cette sculpture. Celui qu'on voit au maître-autel de S^'^-Agnès de la place Navone, à Pvome, est encore fort étrange sous ce rapport. Il suffit au reste, pour apprécier cette méthode, de réfléchir à refTet des ombres portées par les corps saillans ; ombres qui dans une scène réelle se dirigeraient tout autrement, vu l'écartement respectif des objets. Enfin, les modernes ont voulu se louer aux dépens des anciens, en répétant que ceux-ci se contentaient de couper des figures de ronde bosse par le milieu ou par le tiers de leur épaisseur, et de les plaquer, pour ainsi dire, sur le fond. Mais vm coupd'œil jeté sur les bas-reliefs de l'arc de Titus, fait reconnaître la fausseté de cette critique. Les anciens firent donc bien en ne visant point à l'illusion dans les basreliefs, et en ne prétendant point imiter les vagues de la mer y les nuages légers ou la fraîcheur des verdures mais ils s'attachèrent à composer simplement et clairement, à disposer d'une manière agréable à la vue, et pardessus tout à caractériser les objets et les figures de la façon la plus expressive et la plus naturelle en même tems.
Au surplus, si les artistes modernes avaient été mieux instruits dans la géométrie de la sculpture, ils auraient au
* Voyez les pre'ceptes crronne's du père Doissin, dont je citerai ailleurs quelques vers.
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contraire reconnu que les anciens ont proportionné îeurs saillies selon les véritables règles de l'optique, et qu'ils nous offrent les modèles les plus sûrs en cette partie de l'art. Ils auraient enfin aperçu cette règle infaillible , qu'il ne doit rien y avoir de perspectif dans les bas-reliefs, les camées, les pierres gravées, et que tout doit y être orthographique. (Voy. les chap. 235 et 263.)