TOME II
5o HISTOIPiE DK LA PEINTLTJÎ.
point la physionomie de nos peintures des écoles d'Italie^ et que d'ailleurs peu de critiques s'en sont occupés ; secondement on en jouit peu, parce qu'on les restaure maison les couvre souvent d'un vernis funeste, et on ignore le moyen de les faire revivre avec la cire. On va même jusqu'à répéter qu'elles sont exécutées h fresque, ce qui n'est pas, comme je le prouverai au chap. de la peinture encaustique; enfin on les exclut pour ainsi dire des musées, car on n'en trouve que chez quelques curieux. La belle peinture des noces Aldobrandines avait été achetée à Rome par un banquier, lors de la vente qu'en fit le prince Borghèse Aldobrandini il y a quelques années, et, sans les soins de Canova, elle eût été perdue pour Rome. Heureusement elle appartient aujourd'hui au gouvernement romain. Espérons que de même que les belles statues antiques sont enfin considérées comme elles doivent l'être malgré leur différence avec les statues de nos dernières académies, de même les peintures antiques seront enfin appréciées ce qu'elles valent, bien que notre style moderne ne soit pas encore affermi aujourd'hui sur les principes de l'antiquité. Je crois faire plaisir au lecteur en copiant ici ce que Frédéric Zuccaro écrivait en 1607 dans son livre intitulé : Idea de pittori è scultovL
« îl arriva il y a quelques mois, dit -il, que sur le T> mont de S^^-Marie-Majeure, dans les jardins de Mécène, » fut découverte une chambre souterraine par ces exca- » vateurs qui cherchent continuellement pour trouver » les statues , les marbres ou figures enfouies dans les » ruines. Dans cette chambre était resté ( ove era rimaso) » un morceau de muraille sur pied (in piedi); et sur
DES PEINTURES ANTIQUES, MOSAÏQUl^S, ETC. 5î
» cette muraille était peint à fresque un très-beau sujet » composé de figures de trois palmes de haut environ, et » coloriées par une main très-habile (da excellente mano J, » On jugea ce morceau de muraille digne d'être scié et » exposé au jour, et on le porta dans le jardin du cardinal » Aldobrandini à Monte-Magnapoli. Cette peinture s'était » parfaitement conservée sous les ruines. Comme je fus » par hasard un des premiers qui la virent, je la nétoyai et » la lavai de ma propre main ' : j'eus le plus grand plaisir » de la voir aussi fraîche que si elle venait d'être peinte, » et je fus cause qu'on lui fit voir le jour fefai causa da » farla portare alla lace). Un fragment de cette fresque, » représentant un feston de vigne qui serpentait autour » du sujet, fut recueilli par une personne de l'art comme » une relique des bons tems ; et il le plaça dans son » jardin, ajoutant dessous quelques vers qu'il composa » pour servir d'inscription. »
On sait que les vases grecs, appelés improprement vases étrusques, sont fort recherchés aujourd'hui par les savans et les artistes, tant à cause des sujets qu'ils représentent qu'à cause de la beauté du style et du dessin des figures qui les décorent. Cette dénomination de vases étrusques provient de l'opinion erronnée des premiers auteurs qui ont écrit sur ces vases, et entr'autres de Montfaucon, Dempster, Gori, Buonarotti, Passeri, Caylus et d'Hancarville, qui les avaient regardés comme des monumens de l'art étrusque. Gori et Buonarotti surtout, qui étaient Toscans, s'étaient pîu à les considérer comme des ouvrages toscans pour servir riionneur de leur pays. Cependant, quoiqu'il se trouve de ces vases eu Etrurie,
^ Il n'eût pas pu la laver sans l'altc'rcr, si elle eut e'ië peinte à fresque.
5^ HISTOIRE DE LA PElNTURK.
le plus grand nombre provient des tombeaux de Noia, de Capoiie, de Santa-Agatha, de ïrebia, de la Pouïlle, enfin des difierentes villes de la grande Grèce. On en a trouvé aussi dans les tombeaux d'Athènes ; en sorte que l'on est d'accord aujourd'hui pour les appeler vases grecs ou vases antiques peints. Mais c'est sur ceux de la grande Grèce et de la Sicile que les peintures les plus belles ont été remarquées.
Je ne crois point utile ici d'examiner ce que des observateurs étrangers à l'art ont cru devoir répéter d'après Winkelman, au sujet de l'extrême sûreté et prestesse de main nécessaires, disent-ils, pour exécuter ces sortes de peintures. Mais aux chapitres 2 85 et 184, sect. 2, on trouvera des conjectures assez nouvelles sur un procédé particulier qu'auront sans doute employé les dessinateurs grecs pour composer ces pantomimes et ces mouvemens de leurs figures dans les sujets représentés sur les vases.
Tout le monde a vu des mosaïques antiques. On sait que cette espèce de peinture s'exécute avec de petits cubes colorés, incrustés dans un mastic mou et qui durcit avec le tems. Le style des mosaïques antiques n'a rien de particulier. Les pavés de mosaïque Litliostroton, opus Tesselatimij, ayant été fort communs chez les Grecs et les Romains, les fouilles nous en ont fait découvrir un grand nombre.
On verra au chapitre 6o4, où il est question de cette espèce de peinture, que nous ne cédons en rien aux anciens sur ce point ; à moins qu'on ne prouve que les matières artificielles que nous employons , telles que nos verres colorés, sont moins solides et moins propres à un durable poli que les pierres naturelles et artificielles usi-
DES RESTAURATIONS d'aNTIOUES, 55
iées chez les Romains. Au reste cette peînture d'ornement est dispendieuse et rare aujourd'hui.