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et qui arrêtaient l'art lui-même. Cependant on a reconnu plus tard que tout n'est pas symbolique et hiéroglyphique dans l'art égyptien, et que, malgré l'obligation tyrannique et si étrange en effet de calquer éternellement les mêmes formes, quelques artistes ont joui dans leurs inventions d'une assez grande liberté.
On doit donc convenir qu'un grand nombre de figures indépendantes des types conventionnels, ont été imaginées et exécutées par des peintres et des sculpteurs jaloux d'exprimer avec énergie, amis du grand et du vrai, et recherchant même la beauté. Or c'étaient ces figures si variées, si naïves, et quelquefois si pittoresques, qu'il fallait savoir reconnaître et étudier pour juger de l'art de l'Egypte et de son influence. Au reste, il est certain que les Grecs ont su apprécier ces images; et il est à croire que ce qu'elles offrent de fier et de grave, que ce que leur dessin fait voir de correct et de laconique, a servi de premières leçons à cette ancienne école grecque, dans laquelle, plus tard, les Protogène, les Phidias, etc. puisèrent les précieux rudimens qu'ils surent rendre si favorables à leur génie.
On ignore d'où les Egyptiens tirèrent leurs arts utiles : rien ne prouve, dit-on, qu'ils les aient reçus des Indiens ; cependant on sait qu'ils ont eu des communications commerciales avec ce peuple par la Mer Rouge, et qu'ils en ont profité. Au surplus le peuple d'Egypte est si ancien lui-même qu'il faut penser que l'époque où la peinture y fut exercée pour la première fois, remonte à une antiquité qu'on ne saurait déterminer* Aussi Platon, qui vivait environ quatre cents ans avant notre ère, assurait -il que la peinture était exercée en Egypte depuis mille ans; et il
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ajoute qu'il restait encore des ouvrages de cette haute antiquité, lesquels n'étaient à aucun égard différens de ceux que les Egyptiens exécutaient de son tems.
Examinons les reproches qu'on trouve répétés toutes les fois qu'il s'agit de l'art des Egyptiens. Leurs figures peintes ou sculptées sont toujours, dit-on, dans une position roide et forcée; les bras sont collés sur les flancs, et il semble qu'ils aient pris pour modèles leurs momies emmaillottées. Ils ignoraient l'anatomie, et l'usage des embaumemens ne la leur apprenait pas plus que l'art de vider des volailles ou du gibier ne l'apprend à nos cuisiniers. Les Egyptiens, ajoute-t-on, étaient laids; les artistes durent donc être affectés par ces laides proportions : le dessin de leurs figures décèle d'ailleurs leur ignorance dans l'art d'imiter. En Egypte, on prescrivait aux artistes (que nous devrions plutôt appeler ouvriers) les attitudes et les proportions : ils devaient s'y conformer avec scrupule, sans jamais s'en écarter; enfin leur peinture n'était autre chose qu'une plate enluminure exécutée avec des couleurs entières, crues et sans aucune rupture; en sorte que tout ce qu'on peut dire sur leur industrie ne prouve rien en faveur de leur talent en peinture.
Sans tomber dans un autre excès en faisant trop de cas de l'art des Egyptiens, cherchons à combattre une prévention qui ne peut nous apporter ni honneur ni profit. D'abord les voyageurs plus récens parlent déjà différemment à ce sujet. Presque tous aujourd'hui vantent au contraire la clarté des pantomimes et la vérité des poses dans les ouvrages égyptiens. M. Hamilton, par exemple, en donnant d'assez longues descriptions des sujets représentés sur différons monumens égyptiens, dit que les
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actions lui en semblent fort expressives et fort animées. « Nous singeons tous les jours dans nos boudoirs, dit M.
Denon, les Egyptiens sans le savoir; car les thermes de » Titus, qui ont servi à Raphaël aux loges du Vatican, sont » des imitations de peintures que l'on voit en Egypte. » Voici ce que dit ailleurs le même observateur : « La per- » fection que les Egyptiens ont donnée à leurs animaux, » prouve assez qu'ils avaient l'idée du style dont ils ont » indiqué le caractère avec si peu de lignes dans un prin- » cipe si grand et un système qui tendait au grave et au » beau idéal. »
Ortî'est là ce qu'il fallait surtout faire remarquer; c'est en effet par ce caractère que l'art égyptien se lie à l'art grec, et qu'il en est comme la souche et le principe; enfin c'est ce que cet art égyptien offre de classique, et non son état de langueur et sa longue captivité, qu'il fallait signaler.
Je crois devoir citer un autre passage qu'on lit dans un ouvrage récemment écrit sur l'art.
« Les riches peintures des tombeaux des rois à Thèbes, )> dont les dessins coloriés nous sont parvenus par les » artistes français de la dernière expédition d'Egypte,. )) annoncent de la perfection dans le dessin et une sorte » d'intelligence dans l'exécution. On remarque surtout )) les belles têtes d'Isis et d'Osiris, ainsi que les figures » de deux génies, ou espèces de Nécores (prêtres des- )) servant l'autel d'Isis et d'Osiris), vêtus de robes de lin, » et tirant des sons de deux harpes d'or, dont ils se ser- » vent comme nous. Cette peinture, dont j'ai vu un beau » dessin chez M. Dutertre, membre de la commission, ;> annonce un degré d'avancement dans l'art, qui détruit
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» tout ce qui a été dit de désavantageux jusqu'à présent » sur l'état de la peinture dans l'antique Egypte. » A. Lenoir. OhservationSj, ctc.
On doit partager l'opinion de l'auteur, et je pense qu'on peut dire de ces deux figures qu'elles sont d'un très-bon style et que la pose en est vraie et gracieuse.
Beaucoup d'autres citations, à l'avantage des artistes égyptiens, pourraient être recueillies ici ; mais je n'en ajouterai qu'une seule. Je l'emprunte à deux nouveaux voyageurs, MM. Jollois et Duviviers, qui décrivent avec éloge une statue égyptienne de vingt -deux pieds. « Le » buste, disent-ils, représente un homme jeune encore. » Sa poitrine est large et bien proportionnée; la figure » a ce calme plein de grâce, cette physionomie heureuse )) qui, plus que la beauté même, a le don de plaire. On » ne peut représenter la divinité sous des traits qui la » fassent mieux chérir et respecter. L'exécution en est » admirable, et l'on serait tenté de la croire sortie de la » main des Grecs dans le plus beau tems de l'art, etc. » Et ensuite au sujet des bas-reliefs du péristyle du temple de Memnon, ces mêmes voyageurs ajoutent : « Quoiqu'in- » corrects, ces bas-reliefs offrent une composition naïve, » pleine de chaleur, et l'action générale y est bien expri- » mée. »
Il paraît que les papyrus de la collection Drovetty, qui font partie du musée royal de Turin, oflVent des preuves du talent varié de quelques artistes égyptiens, qui probablement étaient dégagés de l'assujétissement des peintres employés aux monumens publics : et ce qui le ferait croire, ce sont les sujets de caricatures et de scènes libres qui y sont représentés. Une lettre de M.
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Champollion le jeune, datée du mois d'octobre 1824, nous donne quelques notions sur ces particularités.
Les critiques dédaigneux qui croient que tout a été dit au sujet de l'art égyptien, parce qu'on l'a tourné en ridicule, auraient du savoir qu'il serait au contraire fort instructif d'établir des comparaisons et des rapports artistiques entre certaines productions égyptiennes et celles de l'art primitif grec; entre le style égynétique et étrusque, et le style égyptien. Ils auraient du savoir que des recherches sur quelques procédés de géométrie pratique usités par les artistes de l'Egypte, seraient fort curieuses et trèsprofitables sous le rapport de la partie positive de la peinture. Le passage de Diodore de Sicile, au sujet des vingtet-une divisions adoptées par les Egyptiens dans la mesure du corps humain, ce qu'il dit ailleurs de leur manière de travailler le compas à la main, et plusieurs autres citations que pourraient recueilHr les érudits, ne seraient point des observations stériles, pas plus que ne le seraient de bonnes instructions sur le matériel de leur coloris, ainsi que sur celui des Chinois, bien que la peinture de ces peuples soit pour nos artistes un sujet de risée.
Si donc on a pu aisément remarquer que l'état stationnaire de l'art égyptien provenait du peu de liberté des artistes auxquels tous les modèles ou prototypes étaient prescrits et imposés, il fallait remarquer aussi ce qu^avaient de fondamental et d'essentiel pour l'art ces mêmes types. Chacun sait aujourd'hui que ce fut cette méthode toute mécanique et qui ne prenait pas sa source dans la nature mais bien dans des calques ou patrons convenus, qui contribua à arrêter les progrès de l'art en Egypte. Enfin tout le monde est persuadé que la néces-