‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 39 sur 174 · DE LA PEINTURE CHEZ LES INDIENS · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE CHEZ LES INDIENS

« Les Indiens (dit le même écrivain de l'Encyclopédie) » sont les rivaux des Persans dans l'art de peindre les » toiles ; mais ces peintures sont purement capricieuses : » elles représentent des plantes, des fleurs qui n'ont au- » cune existence; elles ne sont estimées que par l'éclat » et la solidité des couleurs.

j) D'ailleurs l'art des Indiens se réduit à présent, comme

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)) dans la plus haute antiquité, à représenter des figurer; » monstrueuses relatives à leur religion : des animaux » qu'on ne trouve point dans la nature; des idoles à » plusieurs bras, à plusieurs têtes, qui n'ont ni vérité » dans les formes, ni justesse dans les proportions. On » peut en- voir quelques exemples dans l'ouvrage de M. )> Holwel.

» J'ai vu des peintures originales du Thibet : elles » montrent beaucoup de patience, et sont remarquables » par la finesse du trait; mais je parle ici d'une finesse, » ou plutôt d'une subtilité physique, et non de celle qui )) est une qualité estimable de l'art. Les peintres thibe- » tains auraient pu le disputer à Apelle et à Protogène )) pour l'extrême ténuité du pinceau; mais ce n'est que » dans cette partie qu'ils pourraient entrer en concur- » rence avec d'habiles artistes. On peut consulter l'Ai- » phabetum Thibetanum; on y trouvera la gravure d^ )) quelques ouvrages du Thibet.

» On connaît aussi des idoles thibetaines en relief ; ce » sont les productions d'un peuple qui est encore à l'en- » fance de l'art, et comme ce peuple est laid, il n'expri » mera jamais l'idée de la beauté, qui seule peut conduire » l'art à sa perfection. La même cause condamne pour » toujours les Chinois, les Calmoucks et la nombreuse » famille des Mongols à la médiocrité, si pourtant on peut » espérer qu'ils fassent jamais assez de progrès pour y » parvenir. »

Comment concilier celte assertion avec ce qu'on voit de peintures indiennes dans plusieurs cabinets? Comment pourra-t-on croire, au sujet de la laideur des têtes, l'auteur que je viens de transcrire, en voyant entr'autres deuK

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grands dessins apportés de l'Indostan, et que' possède, à Paris, M. Cartier, musicien et curieux d'antiquités? Ces peintures offrent des têtes pleines de finesse et de beauté ; il s'en trouve de si belles, qu'il n'y a pas de peintre qui^ après les avoir vues, n'ait manifesté à cet amateur le désir d'en prendre des calques ou des croquis.

Si la religion des Indiens leur fait perpétuer les images de pagodes épouvantables et ridicules à la fois, il n'est pas vrai pour cela qu'ils n'aient aucune idée de la beauté. Mais nous autres Européens, nous avons sur ce point des préventions qui souvent ne nous siéent guère, surtout lorsque nous les écrivons du milieu de nos villes populeuses et souvent au sein de tout ce que la nature a produit de plus appauvri et de plus dégradé.

La bibliothèque royale de Paris et M. de Tersan ont une belle suite de peintures indiennes. M. Millin dit en avoir vu une très-nombreuse au château de Bierre, près Saumur. On voit des portraits indiens dans l'histoire de rindostan par M. Dow (Londres. 5 vol. in-4*')? etc.

Ces deux dessins que je viens de citer, rappellent beaucoup par la beauté des profds et la simplicité des poses, le beau tableau de Fra angelico du musée de Paris, qui certes eût paru aux yeux des peintres académiciens, contemporains de cet écrivain de l'Encyclopédie, le résultat d'une gageure ou d'une mauvaise plaisanterie.

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