DE LA PEINTURE CHEZ LES MEXICAINS
l'époque de la découverte de l'Amérique, les Mexicains étaient déjà parvenus à un certain degré de civilisation, et ils se livraient à certains arts, tels que celui du dessin, qui tenait lieu de l'art d'écrire. Lorsque les Espagnols débarquèrent au Mexique, les habitans des côtes instruisirent leur roi Montézuma de ce qui venait de se passer, en lui envoyant une grande toile sur laquelle ils avaient dessiné et peint avec soin tout ce qui venait d'avoir lieu sous leurs yeux; c'était de cette manière que ce peuple écrivait ses lois et son histoire.
RoLertson, dans son histoire d'Amérique, a fait graver plusieurs peintures mexicaines. M. de Humboldt a rapporté un certain nombre de ces peintures, et il a promis d'en offrir une à la bibliothèque royale. Le musée Borgia en possède plusieurs.
Il est à croire que toutes ces peintures sont des espèces de teintures produites par des végétaux, par des sucs résineux colorés, etc. Mais on n'y remarque aucun art; seulement on aperçoit qu'elles sont faites avec patience, et quelquefois avec dextérité.
J'ai vu en Amérique des haches de Sauvages faites avec une espèce de pierre noire très-dure, semblable au parangon, et sur lesquelles les Sauvages avaient ciselé (probablement par le moyen d'une autre pierre plus dure) des ornemcns exécutés avec une délicatesse et une ténuité
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de travail surprenantes. Ces ornemeos, il est vrai, n'offraient ni caractère, ni goût particulier, à moins cependant qu'ils n'exprimassent certaines convenances qu'il nous est impossible de discerner. Le capitaine Perron, dans son Voyage qu'on vient de publier, dit avoir vu chez certaines peuplades absolument sauvages, pratiquer la peinture et produire avec des couleurs vives quelques représentations qui ne lui ont pas déplu.
On sait aussi que les Mexicains font des espèces de mosaïques avec des plumes de couleur. Ces peintures sont très-durables, parce que l'air n'en détruit point les teintes, et j'ignore pourquoi on a négligé parmi nous ce moyen par lequel on pourrait obtenir de très -beaux et de très-solides résultats pour la décoration des temples et des palais. Mais pour emprunter à des peuples sauvages quelques pratiques utiles, il ne faut pas commencer par mépriser tout ce qui sort de leur native industrie. Les voyageurs seraient moins insoucians, lorsqu'ils éprouvent de la surprise à la vue de certaines productions de ces peuples, et ils joindraient à cette surprise de la curiosité et prendraient des indications utiles pour nous, s'ils se dégageaient des préventions suggérées par tant d'écrits dont la vanterie surtout fait le fond. J'ai parlé de Tétonnement qu'on éprouve à la vue de la sculpture égyptienne pratiquée sur des substances qu'aucun de nos outils ne peut attaquer aujourd'hui; je demanderai ici comment feraient nos lapidaires pour percer, comme le font les Sauvages du nord de l'Amérique, des émeraudes de manière à les suspendre par deux trous qui, se rejoignant, forment dans leur courbure un seul conduit.