SA NAISSANCE. S
)) plusieurs armes de son tems prouvent que l'on con- )) naissait les bas-reliefs et les ciselures, genre de sculp- )) ture qui se rapproche de la peinture.
» Hélène travaillait à une tapisserie sur laquelle elle » représentait les nombreux combats dont elle avait été » la cause. Voilà donc dès le tems du siège de Troie, ou » au moins dès le tems d'Homère, de la peinture d'his- » toire. On a lieu de penser que les couleurs en étaient » variées ; mais, quand ces tapisseries eussent été en » camayeu, c'était toujours de la peinture.
» Cette peinture n'était, il est vrai, qu'en couleurs » sèches. Mais Hélène ne faisait pas de la tapisserie, » sans que le dessin en fût tracé sur le canevas : voilà » donc la peinture telle qu'elle fût, au moins dans son » origine, c'est-à-dire simplement linéaire. Mais, si sa » tapisserie devait être variée de couleur, elle avait appa- » remment sous les yeux un dessin colorié qui lui servait » de modèle, soit qu'elle l'eût fait elle-même, soit qu'il » lui eût été fourni par quelqu'artiste : ainsi voilà la » peinture ayant déjà fait quelques progrès , la voilà )) employant différentes couleurs au pinceau, et telle à » peu près qu'elle est encore aujourd'hui dans l'Orient.
» Dans l'Iliade, lorsqu'Andromaque apprend la mort )) de son époux, elle est occupée à représenter, en tapis- » série, des fleurs de diverses couleurs ; il devient donc » certain que du tems d'Homère, la peinture n'était plus )) réduite au simple trait, ni même au camayeu; mais )) qu'elle employait des couleurs différentes, et il nous » est permis de croire que l'ouvrage d'Hélène était un )) tableau d'histoire en tapisserie dont l<^s couleurs étaient )) variées. ))
L'histoire grecque nous apprend , selon Pausanias ^ que le Bacchus trouvé dans le coffre qui échut en partage à Eurypile après la prise de Troie, passait pour avoir été fait par Vulcain, et donné par Jupiter à Dardanus. « Ceux qui le conservent à Patra, dit cet écrivain^ l'ont » surnommé Esymnète, ce qui signifie jeune homme 7) robuste, parce qu'apparemment sa statue le représentait » ainsi. » (Pausanias. liv. 7. ch. 20.) L'expression de ce caractère ne suppose-t-il pas un certain avancement dans l'art ?
En Orient, aucun écrit, aucun acte n'était tenu pour légitime ni pour authentique, qu'autant qu'il était revêtu du sceau de la personne qui l'avait dicté; c'est ce qui est dit positivement dans le livre d'Esther, chapJ 3^ Aussi les auteurs ont-ils décrit l'anneau de Gygès, celui de Darius, etc. Enfin qu'on ouvre Daniel, chap. 6 ; que l'on consulte Hérodote, liv. i®"^, on verra qu'à Babylone, les grands avaient chacun leur cachet particulier.
Les Assyriens et les Caldéens pratiquaient la sculpture, puisque Laban avait des idoles que Rachel, sa fille, lui enleva : ces dieux Pénates ou Séraphins, suivant Samuel, avaient la forme humaine, ou du moins la tête de l'homme. Il paraît donc certain que la sculpture a été connue dans la Mésopotamie au tems où l'on n'en trouve pas encore la moindre trace dans la Grèce. Le veau d'or, le serpent d'airain du peuple juif, en est une nouvelle preuve, et l'immense bassin d'airain que Salomon fit placer dans une cour du temple, où il était soutenu par douze bœufs du même métal, nous prouve la connaissance que les Juifs avaient de la sculpture. On doit remarquer ici combien l'idée de ces douze bœufs soutenant
su. NAISSANCE. ^
ce bassin, où se lavaient les prêtres, était favorable aux beaux effets de cet art. Les chandeliers à plusieurs branches devaient être également d'un bon goût : la forme de celui qui était à sept branches nous est conservée sur un grand bas-relief de l'arc de Titus, qui, comme on le sait, en fit un de ses trophées lors de sa conquête de Jérusalem.
Au surplus, nous apprenons par les livres saints que Dieu avait fait part de son intelligence à ceux qui devaient embellir le temple de Salomon.
Pour terminer et en revenir particulièrement à la peinture, concluons qu'on a pensé fort juste en supposant que l'attrait des belles couleurs a dû engager les premiers hommes à répéter ces mêmes beautés au moyen de quelques teintures naturelles. II est donc assez raisonnable de croire que ce moyen matériel servit l'origine de la peinture car avec ces couleurs on représenta probablement des vêtemens, et l'on accompagnait nécessairement ces teintes du dessin grossier des figures ; on représenta même avec du rouge clair la couleur de la chair, et l'on traça toutes les circonscriptions qui tei minent les formes particulières du corps : cette tentative a dû être faite presqu'aussitôt qu'il a existé des hommes.
C'est cette marche toute naturelle qui a donné naissance à l'histoire de Dibutade, histoire qui est racontée toutes les fois qu'il est question de l'origine de la peinture : il s'agit d'une jeune fille qui, apercevant sur un mur l'ombre de son amant, en retint la circonscription au moyen d'une délinéation. Mais il y a eu sûrement des Dibutades avant celle dont on a répété l'histoire, et si c'est-là l'origine qu'a eue la peinture, on doit dire que
cet art est aussi ancien que l'ombre. 11 n'est pas improbable que cette fable de Dibutadc, ou du berger qui suivit le contour d'une ombre projetée au soleil, signifie allégoriquement que l'origine du dessin, ainsi que sa base première, fut et doit être l'orthographie, c'est-à-dire le géométral, et non le perspectif. Cette question qui est de la plus grande importance a été traitée aux chapitres 235, 256, 265, etc. On y trouvera plusieurs pratiques simples et toutes nouvelles, dont l'influence peut être Irès-grande sur les résultats des peinti^s.
On peut consulter sur l'origine de la peinture un Mémoire de P. Ch. Lévêque, inséré dans le tome i^'' des Mémoires de l'Institut, pour l'an IV. — Le chap. 57 d'Anacharsis de Barthélémy. — D. Webbs, pag. 24 et suivantes de la traduction française. — Lemonnier.
— Millin. Dictionnaire des Beaux-Arts, article peinture.
— Pernetty. Dictionnaire de Peinture, Sculpt. et Archit.
— Franciscus Junius. De Pictura Veterum, etc., etc. Passons à quelques conjectures sur la marche qu'a dû
suivre primitivement l'art de la peinture chez les anciens.
Quand on cherche à connaître la marche primitive des arts, on est porté naturellement à rapporter cette marche et ces progrès des plus anciens artistes à celle que suivrait aujourd'hui un homme qui, frappé des beautés de la nature, et surtout de celle de la figure humaine, n'ayant d'autre but que celui de la retracer dans ses images, procéderait par les moyens les plus naturels et les plus conformes à ses sensations et à son bon sens, sans être aidé par aucun maître et par aucune théorie.
Comment procéderait cet homme, soit que l'amour du beau lui fût tout naturel, soit que ses idées acquises en