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eussent vivifié chez lui le sentiment ? n'opererait-il pas comme les plus anciens artistes? Les premiers caractères, les premiers traits remarqués par lui sur la nature, et retracés dans sa représentation, seraient les grandes parties, les grandes masses, les grandes lignes, les grands contours, dont l'imitation, incorrecte sans doute et trèsimparfaite, produirait dès l'ébauche quelque chose de grand, et donnerait l'idée d'une belle figure. Il ne verra, à la vérité, dans un beau nez, qu'un nez droit et carré; dans un œil bien enchâssé, qu'un œil grand, enfoncé, et d'un contour symétrique ; l'obscurité du sourcil unie à l'ombre de l'enchâssement de l'œil, il la représentera, en sculpture, par une profondeur dont le bord ou la crête sera anguleuse, surtout si la figure doit être vue de loin ; les lèvres seront grandement festonnées, et le menton qui termine le visage, sera fortement caractérisé pour qu'il
puisse mieux appartenir à l'unité de la tête N'est-ce
pas là la marche des statuaires dans leurs premiers ouvrages, ou dans ceux qui ont été faits par des artistes qui ne savaient qu'ébaucher ? Mais tout ce travail est fait sans dextérité ; de grossières erreurs et de grandes négligences le déparent; et, malgré cela, tous ces signes ne tendent qu'à un but qui est l'expression des idées dominantes dont est occupé l'esprit de l'auteur de ces premières tentatives.
Cependant, après ces tems d'essais viennent d'autres artistes plus déficats. Aidés par les commencemens de l'art, ils sont plus attentifs, plus soigneux, plus fidèles imitateurs. Aussi les très-anciens peintres reconnurent que ces ébauches, quoique conformes aux premières intentions de la nature, n'étaient que des indications gros-
sières, sans précision, sans finesse; ils y ajoutèrent donc la variété du mouvement et la vie, à l'aide des connaissances de l'anatomie et par un emploi mieux entendu de la géométrie. C'est ainsi qu'ils parvinrent à une plus grande vérité, tout en conservant l'idée de la beauté. Vint enfin l'époque où les législateurs s'emparèrent des arts, et où la philosophie réduisit en principes certains les observations faites sur les meilleurs ouvrages, sur le but et l'essence de la peinture et des autres arts. Yoilà, je pense, la marche primitive qu'il est raisonnable de supposer, et ce que ne peuvent démentir les hypothèses des plus ingénieux érudits.
On a répété néanmoins tout le contraire. On a dit que les très-anciens artistes cherchaient avant tout la plus grande vérité d'imitation, et que ce ne fut que long-tems après qu'on imagina les belles images. Mais le but de celui qui ébauche une idée par le dessin, est de communiquer cette idée : or, pourquoi supposer que ces premiers artistes manquaient d'idées, et qu'ils étaient peu sensibles à la beauté. Nous voyons tous les jours les enfans façonner et dessiner des figures; s'ils ^ne manquent pas de les décorer selon leur génie, faisant un homme, grand, armé, paré, chargé de tout ce qui caractérise le rang et le luxe...., pourquoi les anciens qui avaient constamment le nu sous les yeux, soit dans les palestres, soit dans les temples, où ils ne voyaient que les plus belles figures et les plus beaux vêtemens, pourquoi, dis-je, n'eussent-ils pas préféré de représenter ces beautés ? et bien qu'ils ne pussent le faire qu'avec peine et grossièrement, pourquoi ne se fussent-ils pas arrêtés à ce choix des plus beaux objets ?
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Je viens de dire que les législateurs s'emparèrent des beaux-arts : cela nous donne la raison pour laquelle les Grecs portèrent la peinture et tous les autres arts h un si haut degré de perfection, tandis que les Egyptiens restèrent stagnans dans le même point auquel ils parvinrent dès le commencement. En effet, les prêtres ou les législateurs de la Grèce rendirent les beaux-arts utiles, en les faisant agir sur l'imagination des peuples, dans un sens favorable à la beauté et à la grâce des images.
Les prêtres égyptiens, au contraire, rendirent utiles à leurs vues les arts, en leur permettant seulement de créer les images mystérieuses et les signes symboliques d'une langue sacrée, les circonscrivant dans cette simplicité grave et imposante d'où la peinture et la sculpture chez eux ne devaient jamais sortir.
Nous pouvons donc conclure de ces observations sur la naissance de la peinture, que cet art est aussi ancien que le monde ; que tous les hommes l'ont considéré comme un moyen de conserver, de fixer et d'avoir plus souvent devant les yeux les beautés de la nature, et que, ce qu'il nous iniporte le plus de connaître, c'est la marche qu'ont suivie, non les premiers inventeurs, mais les Grecs, à l'époque où ils ont commencé à cultiver cet art selon ses véritables principes.
Mais, pour entreprendre cette étude de l'historique de la théorie pittoresque des Grecs, il est nécessaire qu'on ait des idées générales sur les monumens antiques qui nous sont parvenus ; car un peintre que l'on voudrait instruire aujourd'hui de cette théorie, sans l'y préparer par des connaissances premières relatives à l'antique, comprendrait avec peine les leçons qu'on lui prescrirait, tant
étaient différentes les idées des anciens de celles qui régnent dans les écoles d'aujourd'hui, tant sont disparates les productions de la peinture moderne, productions dont le nombre est infini, et qui sont vues si fréquemment par les élèves, que de leur aspect seul peut résulter dans leur esprit un calios duquel ils ne sauront se débarrasser sans le secours d'une étude particulière très-méthodique et dirigée en tout par la saine raison. Or, cette étude toute simple, toute naturelle, comment l'entreprendre, si l'on ne remonte pas d'abord à la vraie source de l'art et à l'école mère et classique? car, quoiqu'on disent les partisans des académies et des routines, ce n'est pas une peinture nouvelle et hors des règles que les modernes ont à chercher et à perpétuer. L'art est un pour tous les tems, et bien que le choix des sujets soit peut-être subordonné aux mœurs et aux circonstances, les lois de la peinture d'aujourd'hui sont et doivent être les mêmes que les lois de la peinture chez les Grecs, ceux-ci ayant porté cet art à la perfection. On doit même dire que hors de ces règles antiques, tout est extravagance plus ou mojns barbare et que le but de l'art est manqué.
Les principes puisés dans l'antiquité sont donc ceux que nous devons suivre les premiers et dans toutes nos écoles; et les peintres, ainsi que les protecteurs de la peinture, n'ont rien de mieux à faire pour perfectionner les beaux-arts, que d'adopter, que de recommander ces principes et de s'y conformer avec confiance et respect.
Ainsi, passons à ladéfmitiojiî et à l'examen de ce qu'on appelle V antique, ..^ ■
DE l'antique.