CHAPITRE
OPINIONS DE QUELQUES AUTEURS SUR L'EXCELLENCE DE LA PEINTURE CHEZ LES GRECS.
Plusieurs écrivains ont eu à prononcer sur le mérite des peintres de l'antiquité, et presque tous, avant de s'engager dans cette question, ont jeté un regard sur les auteurs modernes accrédités, qui ont eu occasion eux-mêmes de s'expliquer à ce sujet. Cette précaution n'a pas toujours été dans l'intérêt de la vérité; car pourquoi ne pas juger soi-même, et ne pas se méfier de l'influence des préventions ? Aussi est-il arrivé que dans le monde, comme dans les livres , c'est le doute qui a prévalu. On voit même tous les jours des personnes se ranger du côté des détracteurs de la peinture antique, et cela avec d'autant plus de sécurité qu'elles savent que des écrivains connus ont tranché sur ce point : ces écrivains ayant aflirmé sans beaucoup de façon que les Grecs furent Lien moins habiles que nous dans cet art et que les peintures trouvées à Herculanum, à Pompéi et à Rome, sont sans aucun mérite, si toutefois elles ne sont pas pitoyables. En effet, telle est l'opinion de l'abbé Dubos, de Cochin et de plusieurs autres qui ont donné le ton, bien qu'ils n'ignorassent pas que Raphaël, que Poussin ont pensé tout autrement. Cependant i! est à remarquer que ce goût dç critique commence à vieillir, et que les gens instruits, qui sont au courant des connaissances nouvelles que l'on voit aujourd'hui briller de plus en plus en Europe^ ne partagent
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point cette préveiitioi) surannée. Si le dédain pour la peinture antique a été long-tems chez certains écrivains un parti pris et une obstination de calcul, aujourd'hui que le goût de la belle antiquité est beaucoup plus répandu, ce dédain n'est plus du bon ton, et le tems qui maîtrise ces préférences de la vanité a fait à la fin justice d'un tel préjugé.
De tous les observateurs attentifs et zélés sur cette question, aucun n'a encore fait voir la franchise et la pénétration de Webbs, qui écrivait vers la fin du 18® siècle. On doit le regarder comme le plus hardi défenseur de la peinture des anciens. Cet écrivain était jeune, lorsqu'il fréquenta à Rome, Mengs,Winckelmann et quelques autres amis sincères des anciens. II n'exerçait point l'art comme artiste, et son indépendance lui permit de manifester tout son enthousiasme pour le beau goût, pour la grâce et le génie des Grecs. Je vais citer les passages où il s'explique le plus librement sur la supériorité de ces maîtres de l'art.
« Les fragmens des peintures antiques, dit-il, qui nous » restent des Romains, ou plutôt des artistes grecs, dès- » lors dégénérés, qui travaillaient pour les Romains leurs » vainqueurs, sont, pour la plupart, d'un choix si élégant, » si vrai, si grand, d'une justesse de trait si précieuse, » d'une telle fraîcheur de couleur, que nous n'avons rien » à leur opposer depuis la renaissance des arts en Europe. » Auprès d'eux le grand Michel-Ange et le fougueux Jules » sont farouches et strapassés. Raphaël lui-même, bien » qu'il semble avoir servilement suivi la marche des ar- » tistes de l'antiquité, est lourd dans ses formes et dans le » choix de ses attitudes; dans ses ornemens en arabes- » ques, il est leur copiste exact, et, si les ouvrages de ces
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)) fameux Italiens l'emportent sur les peintures antiques » qui nous sont connues, c'est par l'abondance dans la » composition et par la vigueur de couleur qu'ils ont » donnée à leurs tableaux peints à l'huile. »
Opposer les peintures d'Herculanum aux ouvrages de Raphaël, c'était une hardiesse qui dut révolter bien du monde ; aussi, sans le secours des Winckelmann et des Mengs qui soutenaient quelques opinions à peu près semblables, sans la disposition des esprits à l'enthousiasmii pour l'art grec, enthousiasme qui commençait à être bien accueilH, l'auteur eut été déclaré fou. Le baron de Grimm, contemporain de Webbs, nous donne à entendre qu'on était loin de dédaigner la critique de ce jeune observateur anglais ; et d'Azara , en lui reprochant d'avoir été le plagiaire indiscret de Mengs, ne pense point à le combattre.
« On peut objecter, continue Webbs, que la prétendue )) supériorité que j'attribue aux peintres de l'antiquité » sur les modernes, existe plutôt dans les descriptions )) qu'on a faites de leurs ouvrages, que dans ces ouvrages 7> mêmes : mais nous ne devons reconnaître la force de » cette objection que quand on nous aura fait voir une » production moderne égale, pour le sublime, à l'ApoI- » Ion; pour l'expression, au Laocoon; pour la grâce et la » beauté, à la fille de Niobé, toutes qualités qui n'ap- » partiennent pas moins à la peinture qu'à la sculpture.
» Pour ce qui est du coloris et du clair-obscur, indé- » pendamment des autres preuves, le génie supérieur des X) anciens et leur application infatigable doivent suffire » pour faire présumer combien ils ont dû exceller éam » toutes ces parties.
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» Plutarque compare aux poésies d'Homère les pcîn- )) tures de Nicomaque pour leur tour heureux et leur » facilité.,., il dit encore que les poèmes d'Antimaque et » les portraits de Denys, avec tout le nerf et toute la ) force qu'on y trouve, font sentir qu'ils ont été peinés; » et qu'au contraire, les tableaux de Nicomaque et les » vers d'Homère, par toutes les perfections et les grâces » dont ils brillent, paraissent faits avec facilité.
)» Laissons-nous donc aller aux idées si naturelles que » fait naître cette agréable et constante uniformité entre » les conceptions des artistes grecs et celles des poètes. » Le même style de grandeur, la même sensibilité, la ■)) même délicatesse, la même élégance et la même sim- » plicité brillent partout et constituent également les ou- )> vrages des uns et des autres. Est-ce que les poètes de » l'antiquité, s'ils n'eussent eu sous les yeux que des 5) peintures grossières, auraient pris plaisir à emprunter )> de cet art leurs images et leurs métaphores? N'est- » ce pas de lui aussi qu'ils ont appris à grouper et à dis- » poser leurs masses, à ombrer et à éclairer leurs figures, » à saisir les contours de la grâce et les teintes de la beau- » té, enfin tout ce coloris d'expression que l'on prendrait » pour les touches du pinceau ?
» Pourquoi les portraits de Raphaël sont-ils extrême- » ment admirés? c'est qu'il représentait l'ame, le carac- » tère, le tempéramment de ses personnages, qualité van- )> tée d'Âpelle, et non la forme et la couleur seules de » leurs figures.
» Une autre preuve de leur grand talent, c'est le choix » de leurs sujets. Faites peindre une figure seule à un » artiste moderne, et vous verrez que rarement elle aura
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» une grande force de caractère; aussi n'en peint -on » guère ainsi, mais on en rassemble plusieurs. Si les B peintres anciens eussent été ignorans, ils auraient em- » ployé, comme nous, cette ressource... Enfin nous avons » eu de meilleurs ouvriers, jamais de si grands peintres. »
Citons maintenant un passage qu'on trouve dans l'Encyclopédie méthodique; il est de M. Lévesque.
a Personne n'ose proposer le moindre doute, dit -il, )) sur la supériorité des anciens dans la sculpture : ce )) doute serait un blasphème; mais la vanité des modernes » se console en refusant aux artistes de !a Grèce la n^cme » supériorité dans la peinture. Le petit nombre de mo- » numens qui nous restent de la peinture antique et les » conjectures vraisemblables que nous pouvons former ^ sur ceux qui ont péri, semblent prouver que surtout ï> dans la composition hs peintres grecs ne suivaient pas » les mêmes principes qui ont reçu force de loi dans nos » écoles : d'où nous concluons que ces peintres étaient » inférieurs aux nôtres; encore sommes-nous bien mo- » dérés, quand nous ne prononçons pas qu'ils étaient des » peintres méprisables. On peut, en faisant usage du ï) même raisonnement, prouver qu'Homère ne savait pas » faire un poème épique; que Sophocle, Euripide et en- » core plus Eschyle, ne savaient pas faire de tragédies. » Assurément les tragédies de Sophocle, le plus parfait « des tragiques anciens, ne diffèrent pas moins des tra- » gédies anglaises ou françaises, que les tableaux d'Apelle y> et de Protogène pouvaient différer des tableaux de nos » écoles.
» La principale cause de cette différence , c'est que )j dans tous levS genres nouî^ ne cherchons pas moins la
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complication que nous décorons du nom de richesse, que les anciens ne cherchaient la simplicité; c'est ce que prouvent nos tragédies et nos tableaux, comparée aux tableaux et aux tragédies des Grecs. ï> Ce n'est pas que d'abord les Grecs n'aient aimé dans les tableaux les sujets composés d'un grand nombre de figures : Polygnote, un de leurs plus anciens peintres, représentait tantôt la prise de Troie, tantôt Ulysse aux enfers : mais bientôt leur goût se décida pour la simplicité ; Pline le dit formellement en parlant d' Apelle. » Ailleurs, M. Lévesque s'exprime ainsi : « Les anciens peut-être n'auraient pas représenté un coup de tonnerre aussi bien qu'un de nos paysagistes ; mais ils auraient représenté le dieu qui lance la foudre, et j'aurais frémi au seul aspect de ses sourcils. Ils n'auraient point, par le fracas de ce que nous appelons une grande machine, représenté le jugement dernier, ou la chute des anges rebelles; mais ils auraient représenté le juge des anges et des hommes, et mon œil timide aurait pu soutenir à peine cette imposante représentation. Ils auraient moins occupé mes yeux, et peut-être mon esprit; mais iis auraient dominé sur mon ame....
.... » Il me paraît résulter de cette discussion que les anciens avaient poussé la partie du dessin, du clairobscur, de l'expression, de la composition poétique du moins aussi loin que les modernes les plus habiles peuvent l'avoir fait. »
Voyons ce que disait R. Mengs : « Quoique dans les tableaux d'Herculanum, la partie du dessin ne soit pas celle qui est la plus admirable, on y remarque cependant en général un très-bon goût et une très-grande
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y> facilité à rester dans les justes bornes des contours ^ » o'est-à-dire qu'ils ne sont ni chargés, ni durs, ni secs. » On est surpris, surtout de la grande intelligence du clair- » obscur qui y règne et de la nature de l'air ambiant, » lequel étant un corps d'une certaine densité, réfléchit la » lumière et la communique aux parties qui ne peuvent » pas la recevoir en ligne directe. Ayant remarqué com- )) bien ces parties sont bien traitées même dans les plus » mauvais tableaux, quoique faits sans doute avec négli- * » gence, ce n'est qu'avec étonnement que je pense à la » perfection que doivent avoir eue les ouvrages des célèï » bres artistes contemporains des sculpteurs qui ont fait j) l'Apollon du Belvédère, la Vénus deMédicis, et les autres )) ouvrages de cette beauté, qui ne sont cependant pas en- 7> core des productions des artistes du premier rang de » l'antiquité.
» Je crois donc que le dessin des anciens surpassait de » beaucoup celui des modernes, car j'ai vu des tableaux » antiques aussi bien dessinés que ceux de Raphaël, lesj) quels néanmoins ont été faits à Rome lorsque le bon » goût grec ne subsistait plus, et qui sont tout au plus du » tems d'Auguste. »
Le même auteur dit ailleurs que la grâce de l'Hélène de Zeuxis et de la Vénus d'Apelle, ne pouvait être que le résultat d'une très-grande excellence de contours.
Enfin on lit encore dans Mengs le passage suivant ;
« Les peintures d'Herculanum sont admirables pour » les contrastes, la grâce des figures, les belles parties et » l'expression. On voit aussi qu'elles ont été exécutées j> avec grande prestesse et franchise. ... De sorte que si » l'on compare ces ouvrages avec les productions des
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ï) modernes, et si Ton considère qu'ils ont été faits pour T) des lieux si peu considérables, on comprendra aisément » combien la peinture des anciens devait êti^e supérieure » à celle de notre tems.
)) J'ai cru, ajoute Mengs, devoir faire cette petite di- » gression pour lever le doute où l'on est en général si » les anciens ont été plus habiles dans l'art de peindre ii qtie les modernes, en se fondant sur la médiocrité des n peintures d'Herculanum et de quelques autres qui se 9 conservent à Rome, sans se rappeler l'état misérable » où les Romains avaient réduit la peinture. » Lettre sur l'origine^ etc. pctge 116.
L'opinion de Winckelmann sur l'excellence des peintres grecs, était, comme on l'imagine, conforme à celle de Raphaël Mengs : je me dispenserai donc de la rapporter ici. Je rappelerai cependant qu'il disait au sujet des dafcnseuses d'Herculanum, peintures dont l'élégance et la délicatesse sont avouées de tout le monde, « qu'elles » sont vives comme la pensée. »
Josué Reynolds ne semble point établir de doute sur l'excellence des peintres de ces tems, et il appelle la peinture des noces aldobrandines, la plus belle rehque de l'antiquité.
« Si dans de petits bourgs, dit le comte Algarotti, l'on » trouve des morceaux de peinture sur des murs où il » n'était pas possible de les garantir des incendies, et qui )) datent du tems où l'art était dans sa décadence; si l'on » remarque déjà les mêmes beautés de dessin, de coloris » et de composition qui, abstraction faîte de quelques » défauts, feraient croire à tout le monde que ces pein- » tures sont sorties de l'école de Raphaël, que ne doit-on
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» pas présumer des plus anciennes qui avaient été faites
s pour de grandes villes par les plus célèbres artistes?.. » « Pline, dit un des auteurs de l'Encyclopédie, nous
V raconte tant de merveilles des peintures d'Apeîle, de 1 Nicias, de Zeuxîs, de Protogène, de Pharrasius, etc., » etc., qu'en réduisant même à moitié les résultats de » ses brillantes descriptions, on doit présumer que les w Grecs sont parvenus au degré le plus éminent auquel » l'esprit humain puisse atteindre. »
L'éditeur ajoute en note : « Je pencherais plutôt à » croire que Pline ne nous a que faiblement exprimé le
V vrai mérite des peintures grecques, parce qu'étant » étranger à l'art et ne connaissant pas d'ailleurs d'ou- » vrages d'autres nations, il n'a pas senti que le carac- » tère distinctif de l'art des Grecs était la beauté. »
Je ne rassemblerai pas d'autres citations de -ce genre, quoique les livres puissent en fournir un grand nombre ; mais elles me semblent superflues ici, d'autant plus que je ne parle pas encore des qualités particulières de la peinture des anciens, qualités désignées par plusieurs auteurs modernes. Il éuffit d'ajouter que presque tous les écrivains vraiment éclairés paraissent n'avoir conçu aucun doute sur l'excellence des tableaux d'Apelle, de Timanîhe et des autres peintres célèbres de l'antiquité, quoique ces écrivains n'aient pas eu tous la connaissance de l'art, à l'aida de laquelle ils eussent pu démontrer et rendre palpable leur conviction. Aussi est-ce un éloge bien solide que celui des savans qui peuvent signaler positivement les qualités qu\ distinguent ces restes de la peinture antique. Les rédacteurs des antitfuiUs d'Hereulanurn^ malgré toute leur réserve dans les»
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éloges qu'ils font de ces peintures, s'expliquent souveni clairement sur quelques-unes de leurs perfections. M. Boèttiger, dans sa dissertation sur le tableau des noces aldobrandines, en fait savamment un éloge complet. M. le comte de Clarac, qui a beaucoup examiné les peintures antiques du musée Portici, dit aussi : « On ne saurait » trop recommander aux artistes, et surtout aux peintres, » de consulter les peintures antiques; ils y trouveront » une foule de costumes et d'accessoires que n'offrent )) ni les statues ni même les bas-reliefs, et qui sont plus » propices à la peinture que ne peuvent l'être ceux que » nous a conservés la sculpture , dont la matière , les » procédés et le génie se refusent souvent à rendre ce » qui convient à la peinture et à la variété de ses » moyens. » Description des antiques du musée royal, 1820. Page 78.
On peut affirmer que l'estime pour la peinture des anciens augmentera de plus en plus tant que les savans dans l'art de l'antiquité poursuivront l'excellente route qui les guide aujourd'hui. En effet, ne pouvant se défendre dans leurs recherches de rapprochemens et de comparaisons nécessaires à l'analyse des sculptures qu'ils soumettent à leurs doctes critiques, ces savans font souvent, sans le vouloir expressément, l'éloge de peintres dont jadis on admirait les chefs-d'œuvre : et pour ne citer qu'un exemple qui me tombe sous la main, écoutons ce que Visconti écrivait relativement aux précieux ouvrages de sculpture enlevés d'Athènes, et qui se voient aujourd'hui au musée britannique.
« Micon avait peint des groupes et des combats de » Centaures dans l'intérieur du temple de Thésée, élevé
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» environ vingt ans avant celui de Minerve. L'art des » statuaires s'était empressé de suivre cet exemple; et » dans le même édifice, la frise qui règne sur les antes du » portique de derrière, nous montre encore aujourd'hui » en bas-reiiefs, ces combats et ces groupes que la pein- » ture n'a pu faire parvenir jusqu'à nous. Il n'y aurait » point d'anachronisme à supposer que Phidias étant » jeune avait travaillé à cette frise; mais il est plus pro- » bable qu'elle est l'ouvrage de Micon lui-même, qui était » à la fois peintre et sculpteur....
» Le mérite de ces bas-reliefs, sous le rapport de l'in- » vention et de la composition, est si frappant qu'il suffit » pour s'en convaincre de fixer seulement les yeux sur » les simples croquis des groupes admirables sculptés sur
» chaque métope L'exécution de ces morceaux est
» digne de l'école de Phidias et de l'ensemble du Par- » thénon. »
Au sujet des bas-reliefs du temple d'Aglaure, le même antiquaire ajoute : « La composition de ces bas-reliefs » est de la plus grande beauté. L'artiste qui les a exécutés » a probablement imité dans son ouvrage des groupes in- » ventés par Micon : cette conjecture est d'autant plus » probable que l'exécution de ces morceaux, sans être » lâche, est cependant au-dessous de la beauté de l'in- » vention.
» Quoique les injures du tems aient dégradé jusqu'à » un certain point ces ouvrages, l'aspect en est agréable )> et intéressant, et si l'on suppléait à ce qui manque aux » reliefs, par des restaurations en stuc habilement exé- % » cutées, je suis persuadé que l'ensemble de ces compo- » sitions admirablement variées dans le mouvement et
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» dans les accidens des figures et des groupes, tant des ï) hommes que des chevaux, serait d'un effet imposant. »
Tant de suffrages désintéressés ne doivent-ils pas suffire; et si nous avons à choisir entre l'estime et le dédain, comment , après de tels témoignages , hésiter dans nos préférences ?
Quant au petit nombre d'auteurs qui ont parlé avec mépris des merveilles sorties du pinceau des Grecs, il est facile de voir, à la stérilité de leur théorie, que c'est le manque d'élévation dans les idées et la servitude de la routine qui les ont déterminés à rejeter ces comparaisons par lesquelles ils eussent été engagés dans des recherches trop nouvelles pour eux, et où ils craignaient peut-être de perdre cette réputation d'enthousiastes et d'appréciateurs que leurs louanges excessives pour les écoles modernes avaient dû leur assurer. Ainsi leur critique dédaigneuse sert le plus souvent à relever l'éclat « de cette » antiquité grecque, la mère de tous les arts et la source » des plus vives lumières qui aient éclairé l'esprit hun main. » Villemain. Disc, àl'Acad. 19. octobre, 1822.