‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 46 sur 174 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

GONSIDÉllATIONS GÉNÉRALES SUR L'EXCELLENCE DE LA PEINTURE CHEZ LES GRECS.

Bien qu'une des fins persuasives inductions qui nous fassent croire à la perfection de la peinture chez les anciens, soit la perfection de leur sculpture, nous devons nous éclairer encore par tout ce que les écrivains de l'antiquité

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ont dit en sa faveur. Il y a des expressions si positives dans Plutarque, dans Pline, dans Maxime de Tyr, dans Quintilien, etc. sur la beauté des tableaux grecs, qu'on est forcé de partager leur admiration; et Paosanias, qui ne met aucune partialité dans ses descriptions, suffit peut-être seul pour nous convaincre du mérite égal des tableaux et des statues des artistes de la Grèce. En effet la manière dont ce savant voyageur est affecté, soit de l'expression de vérité, soit de la beauté des uns et des autres, ne nous laisse aucun doute que ces deux arts n'aient été autrefois également parfaits. Il paraîtrait même que, quand Pausanias décrit des peintures, il en conserve dans son souvenir des images encore plus vives que quand il décrit des sculptures. Mais ce qui rend les expressions des écrivains anciens si honorables selon moi pour les peintres grecs, c'est que ces expressions sont surtout appliquées aux caractères ou aux mœurs des figures représentées, à leur action, a leurs passions et à tout leur style. Or, comme on le sait, ce sont là les parties principales de l'art, ce sont là les conditions qu'il est le plus difficile de remplir dans toute la peinture.

Et pourquoi donc serions-nous moins admirateurs des Grecs que ne l'ont été les Romains, qui, bien qu'entourés de leurs propres chefs-d'œuvre, étudiaient sans cesse à ces mêmes écoles grecques conservées pures jusqu'à eux? pourquoi voudrions-nous paraître plus réservés dans notre estime et plus raffinés dans nos goûts que ces mêmes Romains qui devaient, à l'aide des Grecs, s'être formé des idées sûres et positives sur le vrai beau, sur la véritable grâce; qui n'aimaient dans tous les arts que ce qu'ils ont de relevé, de sublime, de délicat et d'utile, façon de

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voir et de sentir qu'ils entretinrent constamment tant qu'ils eurent ces Grecs pour émules ? pourquoi enfin hésiterions-nous à nous prévenir pour la peinture grecque, tant applaudie, tant admirée par ces mêmes Piomains, qui avaient en môme tems pour exemples les plus beaux archétypes de la sculpture, nous qui ne pouvons pas seulement nous vanter de posséder un ouvrage des premiers statuaires d'Athènes ou de Sycione, nous chez qui l'art ne produit quelques excellens résultats que par hasard, de loin en loin, et malgré les obstacles qu'apportent notre barbarie et nos préjugés ?

Mais remarquons au sujet de la comparaison de la sculpture et de la peinture antique, que de même qu'on admire plus sincèrement aujourd'hui et que l'on vante de meilleure foi la sculpture antique, parce qu'on commence à s'en rapprocher et à en rechercher le goût et les principes, de même on admirerait la peinture des anciens, si l'on cherchait également à en répéter la méthode, le style, et à en employer les secrets. Mais comme on ne s'est prescrit aujourd'hui pour types que des ouvrages modernes, et que l'on ne possède que de trèsfaibles restes de la peinture romaine , restes qui sont à peine connus des élèves; comme d'ailleurs on n'a point de préceptes écrits par les anciens eux-mêmes sur la peinture, il résulte qu'en étudiant et en admirant les tableaux modernes de nos maîtres , on ne s'occupe guère de ce que peuvent avoir été les tableaux de Zeuxis ou d'Apelle. Cependant décider d'après cet état de choses que ces peintures, si vantées par les anciens, ne devaient point être merveilleuses, et le décider aussi, par la raison qu'elles étaient nécessairement fort différentes de celles

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de nos musées et de nos cabinets, ne serait-ce pas porter un jugement aussi injuste que ridicule?

Mais je dois mettre ici une restriction à ce que je viens d'avancer; car depuis l'heureuse réforme qu'a subie parmi nous la peinture, on a vu les meilleurs peintres de l'Europe tâcher d'emprunter le goût, la simplicité et le langage de l'art antique, et cela parce que ce langage est naturel et beau. Malgré tout, qu'est-ce qui arrête et qui rebute le plus grand nombre ? C'est que n'ayant pas toujours compris la science et les secrets des anciens, et ne pouvant donner à leurs tableaux qu'une espèce d'apparence et non le fond du caractère de l'art antique, ils ont souvent encouru des blâmes et des dédains qui les ont découragés ; en sorte que, sans avoir voulu en revenir précisément au style des Raphaël et des Carracci, qu'ils trouvent un peu suranné, ils ont tenté diverses combinaisons mixtes, qui ne leur ont pas mieux réussi parce qu'ils n'étaient pas soutenus d'ailleurs par les antiques principes du dessin.

Notre admiration pour les meilleures sculptures antiques que nous possédons, est, pour ainsi dire, sans bornes ; en sorte que si nous retrouvions des peintures antiques du même degré de mérite, elles obtiendraient certainement de nous une admiration égale. Que serait-ce donc si nous retrouvions des ouvrages originaux d'Apelle, de Parrhasius, de Protogène? Quels éloges parviendrionsnous à leur donner, puisque nous ne saurions plus aujourd'hui en quels termes vanter le Jupiter et la Minerve de Phidias, la Vénus de Praxitèle, et toutes les figures de Polyclète ou de Lysippe, si nous retrouvions ces statues, celles du Laocoon, de l'Apollon, de la Vénus Médicis ayant épuisé toutes nos louanges ?

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