‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 6 sur 174 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Ce qu'on appelle V antique comprend toutes les productions de l'art des anciens en sculpture, peinture, gravure, architecture, etc. , etc.

L'époque de l'origine de l'antique est indéfinie : quant à sa fin, c'est-à-dire, au tems où il convient de fixer la démarcation qui sépare l'art antique de Fart moderne, on ne l'a pas unanimement déterminée. L'activité nouvelle de la peinture et de la sculpture au tems oii les cultivaient nos habiles artistes du seizième siècle, fut telle qu'on crut devoir appeler cette époque la renaissance de l'art, et la considérer comme séparant naturellement le caractère antique du caractère moderne. Cependant, comme il est évident que l'art antique ne s'est pas prolongé immédiatement jusqu'au quinzième siècle, on a été forcé de reconnaître et de distinguer un intervalle qu'on a appelé intervalle du moyen âge : mais cette démarcation est encore restée incomplète, parce que les productions du moyen âge vers sa fin prirent un caractère particulier et nouveau qui devenait différent du caractère antique, et qui n'était pas néanmoins celui qui s'introduisit plus tard. Il faut donc distinguer dans l'art du moyen âge sa fin, pour désigner le tems où l'art participe encore évidemment du goût et du style antique, et le tems moins éloigné où il participe beaucoup plus du goût et du style des écoles modernes. Or, c'est ce dernier tems qui est celui de Vêcole primitive moderne.

l4 HISTOIRE DE LA PEINTURE.

Enfin, pour mieux s'entendre sur ce point, on doit, je pense, assigner la fin de tout l'art antique à l'époque de Cimabue, vers l'an laSo, et fixer le commencement de la période du moyen âge à l'époque de Constantin, dans le quatrième siècle, tems où se multipliaient déjà les monumens chrétiens. En effet, jusque dans le onzième, le douzième, et même le treizième siècle, on trouve des productions dont le caractère est toujours celui de l'antiquité , malgré la faiblesse et la pauvreté de l'exécution, et malgré l'abandon des études relatives à la correction et à la vie des figures : tandis que vers le quinzième siècle, c'est-à-dire, vers l'époque de la civilisation et de la renaissance des lettres en Italie, on aperçoit déjà dans l'art une marche indépendante des doctrines antiques, un certain goût tantôt monastique, tantôt florentin, tantôt ultra-montain, plus ou moins barbare; enfin un abandon du costume et du caractère antique, et un style dont l'époque aurait été mieux nommée peut-être la naissance de la dégradation. Vinrent, en effet, les Guirlandaio, les Verrochio, les Perugino, les Bellini, qui surpassèrent, il est vrai, leurs devanciers en exécution, en imitation et en combinaisons, mais qui faiblirent déjà sur le style, et qui, au lieu de ressaisir celui de la belle antiquité, mirent en vogue une certaine manière sauvage que le mérite de l'exécution ne fit qu'accréditer de plus en plus, et qui, passant ensuite par des mains ignorantes dans des pays du nord, produisit plus tard le style qu'on a appelé gothique^ bien qu'il n'eût aucun rapport avec les Goths sur le compte desquels il ne convient point de reporter ce mauvais goût d'alors.

Ce que j'avance ici sera peu goûté des personnes qui

DE l'antique. ' i5

trouvent commode de regarder comme parfaite la peinture des Michel- Ange, des Corregio, des Raphaël ; mais l'admiration que font naître les ouvrages de ces fameux f peintres ne provient certainement pas de l'excellence du style de leurs peintures, et Poussin, qui sur cette question peut faire autorité, pensait aiuvsi, lorsqu'il disait que Raphaël était un ange si on le comparait aux modernes, mais qu'il n'était qu'un âne si on le comparait aux anciens,^ Ailleurs je dois examiner cette question.

Tels sont les premiers aperçus qu'il convient, je crois, d'exposer sur la démarcation qui sépare de l'art moderne l'art antique.

D'autres écrivains, au lieu de faire remonter l'antique à une époque indéterminée, en ont fixé le commencement seulement au tems d'Alexandre, parce qu'alors l'art avait acquis effectivement son plus grand perfectionnement et son complément. Mais, quoique cette époque soit la plus mémorable sous le rapport historique de l'art, il n'en faut pas moins rejeter cette démarcation, non- seulement parce que sous Périclès on voit les Phidias, les Alcamènes et les Polygnotes, mais encore parce que l'art des Egyptiens et des Etrusques avait depuis long-tems produit des ouvrages dignes aujourd'hui même de notre admiration. Je dirai plus : en considérant ici l'instruction que peut nous donner l'antique, nous remarquerons que ce sont peut-être les ouvrages du siècle de Périclès qui sont propres à purifier notre art et nos études, plutôt que les chefs-d'œuvres si parfaits du tems d'Alexandre. Mais quand je parlerai des styles de l'antiquité, je ne manquerai pas de m'expliquer sur cette question.

Quelques autres ont fait finir l'existence de l'antique

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au tems de Théodose le jeune, en disant que la colonne Théodosiennc qu'il fit faire à Constantinople et qui était chargée des victoires du grand Théodose, son aïeul, est le dernier ouvrage qui porte le sceau de l'antiquité; mais cette assertion est sans fondement, car depuis on a fait beaucoup d'ouvrages dans le même style et du même goût. De Piles fait aussi cesser l'art antique au tems de l'empereur Phocas. Winckelmann a relevé cette méprise. Dans l'Encyclopédie au mot gothique^ on assigne la fin de l'art antique à une époque beaucoup trop reculée, et sans y distinguer la période du moyen âge.

Tâchons donc de nous en tenir à la division la plus naturelle.

Après cette espèce d'exposé chronologique, passons aux autres questions relatives à l'examen de l'antique. Mais avant tout, disons que les monumens antiques qui nous sont parvenus sont de plusieurs espèces, et que l'on possède des statues et des bas-reliefs en différentes matières, telles que le marbre, le bronze, la terre cuite, etc. ; que l'on possède des camées, des pierres gravées; qu'on a retrouvé des ornemens, des meubles, des ustensiles, des animaux de tout genre. On a encore des peintures, des monochromes, de simples contours ciselés sur diverses matières, des mosaïques, etc., etc. ; des vases, des chapiteaux, etc., etc. Maintenant, voyons comment ces restes de Faiitiquité sont parvenus jusqu'à nous.

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