CHAPITRE
DE L'INFLUENCE QUE L'INSTITUTION DES JEUX OLYM- PIQUES A PU EXERCER SUR LA PEINTURE.
^ oici un autre sujet de déclamation. La belle, la sublime institution des jeux olympiques qui a dû nécessairement influer sur le génie des Grecs, est indiquée partout comme cause principale de rexcellence des statuaires ou des peintres de la Grèce et de leur supériorité sur ceux d'aujourd'hui. Cette exagération de complaisance pour justifier les modernes, ne perd-elle pas tout son effet lorsqu'on lui oppose les moyens d'émulationet d'encouragement prodigués constamment parmi nous dans la même fin d'obtenir des chefs-d'œuvre? Yoyez, dit-on, ces concours à Olympie, ces couronnes, ces palmes honorifiques, ces statues mêmes élevées au génie! Entendez ces acclamations de toute la Grèce ! Quel élan ! Quelle ivresse ! Quel patriotisme î
i8'A IMSTOiKE Df. LA PELMURE,
Eh quoi! pouvons-nous répondre, n'avons-nous pas aussi nos concours périodiques et publics, n'avons -nous pas nos couronnes, nos médailles d'or et d'argent? Les vainqueurs ne sont-ils pas applaudis et fêtés dans les villes qui les ont vus naître, et n'y répète-t-on pas leurs images? Nos papiers publics ne répandent-ils pas au loin leurs noms et leurs louanges ? Enfin les souverains ne les honorent-ils pas des encouragemens les plus flatteurs ? A Rome, à Paris, à Londres et dans presque toutes les capitales de l'Europe, ces mêmes moyens d^émulation sont prodigués. Trop souvent, il est vrai, la faveur préside à ces concours, trop souvent l'ignorance a délaissé le vrai talent et couronné l'imposture; mais où trouver la cause de ces funestes préférences, sinon dans ce même état d'iacertitude de nos théories, dans ces préjugés qui bornent et offusquent les connaissances des gens du monde, et dans la trop faible résistance qu'opposent ces connaissances imparfaites à l'intrigue, aux partis voués de la mode et de la maligne médiocrité ? Or il est à croire que chez les Grecs les idées acquises sur les beaux-arts étaient telles qu'elles ne laissaient presqu'aucun accès aux préjugés, aux calculs de l'ignorance et à tous ces misérables artifices, qu'aujourd'hui l'instruction seule des juges et du public pourrait anéantir. Les juges dans ces fameux concours étaient aussi éclairés que les artistes soumis à leurs suffrages; tandis que les juges aujourd'hui ne reçoivent leur instruction que des artistes trop souvent intéressés à la corrompre et à l'accommoder à leur talent.
Je persiste à dire que s'il s'agit aujourd'hui de couronner le meilleur écrit, il se trouvera toiit un public de bons juges; mais que s'il s'agit d'un tableau, les uns por-
CAUSES PRÉTEÎNDUES DE l'eXC. DE l'aI\T CU. LES GRECS. 1 85
teront aux nues le mérite de l'artiste, les autres le ravaleront. Pendant un tems ce sera un chef-d'œuvre, plus tard on le dédaignera. En sorte qu'il est arrivé que cent tableaux honorés dans nos musées ont dû être exhumés des plus vils réduits, et que cent productions couronnées et causes de la fortune de leurs auteurs sont maintenant rejetées dans l'oubli. Or, je le répète, les juges et les spectateurs des jeux à Olympie ne se sont point mépris ainsi en décernant des couronnes. Ce ne fut donc pas l'institution de ces jeux et de ces concours fameux qui inllua considérablement sur la peinture, mais bien l'instruction et les idées nettes et positives qu'avaient acquises sur les beaux-arts les Grecs en général et surtout les personnes qui se piquaient de posséder une belle éducation et qui étaient choisies pour être juges dans ces concours.