CHAPITRE
DES AVANTAGES QUE LES PEINTRES GRECS ONT DU RETIRER, SOIT DES MOYENS POSITIFS DE LA GÉO- MÉTRIE, SOIT DU MATÉRIEL DE LEUR COLORIS.
(^UAND nous pensons aux grands progrès que nous faisons tous les jours dans les sciences mathématiques et dans la chimie, nous sommes disposés à croire que les artistes
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grecs ne purent jouir des avantages obtenus depuis peu de ces sciences que nous supposons avoir été moins bien cultivées parmi eux que parmi nous. Plusieurs critiques prévenus décident donc que les Grecs étaient incapables de parvenir aux résultats que nous obtenons, soit dans la perspective théâtrale, soit dans le dessin des raccourcis sur la figure humaine. Ils décident aussi que les anciens ne pouvaient produire comme nous de brillans effets de coloris, vu l'éclat des matières que nous procure le nouveau monde que nous avons découvert, et de plus notre industrie chimique qui sait aujourd'hui préparer si ingénieusement les couleurs. Ce qui sera dit dans plusieurs chapitres de ce traité, éclaircira suffisamment ce doute ; néanmoins il faut signaler ici une prévention assez commune et qui doit être attaquée dès à présent. Pour la combattre, il n'est pas nécessaire d'avancer que les anciens étaient aussi habiles que nous en mathématiques et en chimie ; cette assertion, très -inconvenante aujourd'hui, serait fort mal accueillie; mais on doit dire que ce que nous savons de mathématiques et de chimie n'a point été assez heureusement appliqué à la peinture. Ainsi, premièrement nous ne dessinons point la figure humaine par procédés mathématiques ou géométriques, et nous nous contentons presque toujours du sentiment. Il est vrai que ce sentiment optique est plus ou moins soutenu par nos connaissances en perspective; mais ces connaissances, comme chacun le sait, n'ont point encore été ingénieusement appliquées à l'art de dessiner la figure humaine en mouvement. Les Grecs, au contraire, dessinaient le compas à la main et à coup sûr ; ce qui ne refroidissait en rien leur sentiment. Cette assertion ne rencontrera de contradicteurs que parmi les artistes; car
CAUSES PRÉTENDUES DE l'eXC. DE l'aRT CH. LES GRECS. 2l5
chacun d'ailleurs la trouvera irès-croyable, et beaucoup de lecteurs ne penseront même pas qu'elle puisse être nouvelle.
Quant à l'industrie, avec laquelle nous tirons, dit-on, un grand avantage de la chimie en faveur de notre peinture, il est à remarquer aussi que l'antique encaustique si solide, si éclatante, si long-tems pratiquée par les Grecs et les Romains, est encore à retrouver et à pratiquer parmi nous; et ce retard ne provient pas de ce qu'aujourd'hui on serait fort satisfait des qualités de la peinture îi huile, mais de ce que si nous savons mieux la chimie que les Grecs, les Grecs fort souvent savaient mieux s'en servir que nous.
Pour ce qui est des matières colorantes que nous tirons depuis peu de l'Amérique, s'il faut convenir qu^elles ont perfectionné notre art de teinture, on doit convenir aussi qu'elles ne servent point aux peintres de tableaux. La cochenille seule est quelquefois employée avec l'huile comme carmin, et elle est plus funeste qu'utile; en sorte que l'Amérique n'enrichit nullement la palette de nos peintres. Nos chimistes viennent à la vérité de composer de très-belles et de très-solides couleurs; cependant ce n'étaient pas tant les belles couleurs qui nous manquaient, que le liquide ou le gluten propre à les fixer et à les conserver. Or, ce gluten que possédaient les anciens est encore à trouver. Les longues recherches que j'ai faites sur ce point, et que je publierai dans le dernier volume de ce traité, m'ont fait, je crois, approcher assez près du but.