‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 64 sur 174 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

OBSERVATIONS SUR LA MANIÈRE DONT LES PEINTRES GRECS TRAITAIENT LES PRINCIPALES PARTIES DE L'ART.

j^PRÎiS avoir considéré les causes prétendues de l'excellence des Grecs dans l'art de la peinture, il s'agit de rechercher jusqu'à quel degré les peintres grecs ont pu porter les dijfTérentes parties de leur art : il s'agit d'observer si les anciens ont rempli toutes les conditions de la peinture, et pratiqué par exemple toutes les règles de la composition, de la disposition, du dessin, de la perspective, du clair-obscur, du coloris, de la touche, etc.

Remarquons d'abord avec Webbs, qu'en comparant la situation des peintres grecs à celle de Raphaël, le plus grand avantage était pour les premiers. « Les grands » peintres de l'antiquité, dit-il, vinrent dans des circons- » tances plus heureuses. Apelle trouva tous les secours » qui manquaient à Raphaël : au lieu d'un Perrugin pour » maître, il eut un Pamphile, et des modèles excellens » dans toutes les parties de l'art. Dans le dessin, Phidias » et Polyclète; dans le coloris et le clair-obscur, Zeuxis » et Parrhasius ; dans la composition, les savantes dispo- » sitions de ce même Parrhasius, et ses idées heureuses, ji jointes h l'esprit de Timanthe ; ajoutez à cela la con- » currence de Protogène, les exemples et les conseils de » Praxitèle et de Lysippe, etc. »

En effet, chez les anciens, comme nous le démontre-

DES PARTIES DE l'arT DANS LES TABLEAUX GRECS. 1 7

rons par la suite en examinant les caractères successifs de leurs styles, on vit l'art se compléter graduellement, et ses différons moyens être ajoutés peu à peu. En sorte que, vers le tems d'Alexandre, l'art se trouva parfait. Plus tard il se soutint excellent, pujs il languit et dépérit à la fin. Chez les modernes, la marche de l'art fut tout à fait différente : abandonné toujours à lui-même, il fut, à presque toutes les époques, incomplet. Tantôt on le vit composé du coloris seulement, tantôt du dessin sans coloris, tantôt de la belle ou facile exécution, mais dénué des qualités premières de la composition. A certaines époques, il fut élevé et poétique ; dans d'autres tems et chez certaines nations, trivial et mesquin. Ainsi, peut-être que les critiques des tems à venir, passant en revue les périodes de l'art moderne, éprouveront une surprise de pitié en remarquant sa continuelle claudication.

L'art antique, au contraire, semblable d'abord à un enfaut sain et vigoureux, puis à un bel adolescent, et comparable plus tard à un homme parfait, fut constamment admirable, parce qu'il fut tel que naturellement il devait être à ses diverses époques.

Cette régularité dans la marche de l'art antique, prouve déjà, ce me semble, qu'aucune de ses grandes parties n'a pu être délaissée tant que dura son éclat.

Il paraît certain, d'après plusieurs passages des écrivains, que les peintres de l'antiquité ont connu toutes les parties constituantes ou tous les moyens de l'art, en sorte que, quand même nous n'aurions aucun fragment de leur peinture , ce que nous lisons dans quelques auteurs , suffu^ait pour nous le persuader. Lucien, par exemple,

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lorsqu'il décrit ce tableau déjà cité de la Centaurelle, s'exprime ainsi : « C'est aux peintres à vanter dans ce » tableau la correction du dessin, la vérité du coloris, » l'effet des saillies et des ombres, l'exactitude des pro- » portions, et l'harmonie générale. » Voilà bien toutes les parties principales de la peinture reconnues et distinctes. Zeuxis, quand il eut exposé ce fameux tableau, fut trèsfâché de voir que l'admiration retombait sur la singularité du sujet, et non sur la science de l'artiste. « Alh Ions, Miccion, dit-il à son élève, couvrez ce tableau, » et qu'on le reporte chez moi ; ces gens-là ne louent pas » ce qui en fait le mérite, ils remarquent plus la nou- » veauté du sujet que l'habileté de l'exécution. » C'est Lucien qui nous a encore conservé ce fait. Des peintres qui pensaient ainsi, ne devaient pas confondre les parties de l'art, et s'ils en discernaient si bien la valeur, c'est qu'ils les connaissaient toutes et savaient les pratiquer.

Je ne considérerai pas ici la différence des genres de tableaux, ainsi qu'ont pu les distinguer les Grecs, tels sont par exemple les paysages, les portraits, les animaux, les décorations, les vues, les caricatures, les sujets tirés de la vie commune, etc. Au chap. 536, relatif aux différens genres, je tâcherai de prouver que chez les anciens il n'y avait pas différons genres de peinture, mais seulement différentes espèces de sujets ou de tableaux, et que nous devrions adopter cette division.

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