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savent la perspective , puisque sans elle ils ne seraient pas peintres. En effet, sans cette science point de représentation par de justes délinéations, point de coloris, point de clair-obscur, point de touche exacte et significative. Ce que nous dirons sur cette partie si essentielle de l'art, prouvera évidemment que les anciens ont connu et pratiqué la perspective, et de plus qu'ils employaient un moyen beaucoup plus simple et plus universel que nous pour s'y conformer.
Entr'autres auteurs modernes qui ont cherché à défendre les anciens sur ce point, on peut citer Caylus ( tom. 25 des Mémoires de l'Académie), Sallier (Mémoires des Inscriptions, tom. 8), Passeri (Vases Etrusques), etc.
On veut absolument prouver, à force d'érudition, pour ou contre les connaissances des peintres anciens dans la perspective; cependant un coup-d'œil jeté sur quelques peintures antiques que nous possédons serait suffisant pour dissiper tous les doutes; au reste, quelques citations peu- Vent nous convaincre. Quelle était l'idée de Parrhasius, par exemple, quand il disait qu'on ne pouvait être bon peintre sans savoir la géométrie (Pline. Liv. 35* Ck» lo), et celle de Pamphile, maître d'Apelle et chef d'école, qui, selon le même Pline, disait positivement que la peinture ne pouvait exister sans le secours de la perspective? On sait d'ailleurs que les anciens peignaient des vues perspec«tives sur les murs, comme cela se pratique aujourd'hui (Vitruve. Xî6. 7. Cap. 5). Quand même Pline exagérerait, lorsqu'il nous dit (L16. 55. Cap. 4) q^e dans le théâtre de Claudius-Pulcher, on voyait des perspectives si bien peintes, que les corneilles, oiseaux fins et rusés, venaient pour se reposer sur les tuiles des bâtimens qui y étaient repré-
DESSIN ET PERSPECTIVE DAiNS LES TABLEAUX DES GRECS. 227
sentes, il n'en est pas moins contraire au sens commun de demander si les auteurs de ces peintures connaissaient la perspective. On apprend encore queDeuton avait peint des escaliers avec tant de vérité, dans une perspective, qu'un chien voulant les monter en courant, se cassa la tête contre le mur, en sorte que sa mort fît l'éloge de cet ouvrage surprenant. Cela rappelle la frayeur que prête Pétrone à un de ses personnages qui faillit, dit-il, tomber à la renverse à la vue d'un chien peint tout près d'une porte au-dessus de laquelle on avait écrit cave canern^ méfiez-vous du chien.
La perspective, dit Vitruve, fut réduite en règles et en principes par Anaxagore et Démocrite qui en firent une science.
« Ce passage seul, dit Webbs, justifierait les anciens. » Il paraît, par ce qu'il contient, non-seulement que les » peintres grecs connaissaient les règles de la perspective » et en avaient étudié les effets, mais que leurs philoso- » phes et leurs mathématiciens les plus distingués avaient » regardé comme un point digne de leur attention de » réduire ces effets à des principes sûrs et déterminés. » Agatharque fut le premier à Athènes qui décora de » peintures le théâtre. Ce fut dans le tems qu'Eschyle y » créa l'art de la tragédie. Cet Agatharque avait laissé » un traité sur ce sujet ; et c'est d'après ses leçons que » Démocrite et Anaxagore écrivirent aussi leur doctrine. »
Enfin une observation reste à faire, c'est que les peintures antiques les plus estimables, les plus goûtées, sont évidemment celles aussi qui sont le mieux traitées sous le rapport de la perspective ; ce qui prouve que cette science était toujours observée par les peintres les plus habiles , bien que des copistes médiocres aient pu en
blesser quelquefois les règles. Le tableau si connu des noces aldobrandines, fait par une main fort exercée, est d'une perspective si bien observée, tant sous le rapport des lignes que sous celui des tons, des teintes et de la touche, qu'il olTre en ces parties d'excellentes leçons. Voyez ce que j'ai dit, pag. 120, d'une perspective peinte avec justesse, quoique d'un tl?avail un peu grossier, dans une des chambres du tombeau de Psammétichus.