CHAPITRE
On désirerait peut-être savoir si les anciens ont possédé cette facilité et cette adresse d'exécution dont les modernes font tant de parade aujourd'hui dans presque tous les arts. Je dirai à ce sujet que leurs peintures ne font pas voir plus de prétention que leurs sculptures. 11 règne une belle exécution dans certains fragmens de leurs peintures, et cette exécution est le résultat de l'intelligence, de la perspective et de la netteté des idées sur l'optique, ainsi que d'un sentiment libre et naïf, qui n'est contraint par aucune manière de faire exclusive, mais qui aspire toujours à la beauté. Ils ont exécuté comme il est naturel à tout peintre instruit de le faire, c'est-à-dire avec signification et expression, avec aisance, grâce et variété. Dans la peinture des noces aldobrandines, qui olTre des figures de deux pieds de haut environ, les touches sont très-ingénieuses et très-caractéristiques. A la distance, leur effet est merveilleux, et de près, elles ne sont qu'indicatives et exagérées selon ce point de distance; mais on n'y trouve point de ces coups de pinceau inutiles et à prétention, de ces mouvemens d'outil affectés et peu faciles à produire, enfin toute l'imitation y est libre
caract}<:res du style de l'akt chez les anciens. 249 et savante à la fois. Au surplus, comment douter de l'adresse des Grecs en fait de touche et de pinceau, lorsqu'on admire dans leurs statues des plis refouillés, des cheveux détachés et d'autres objets qui, en fait d'ouvrage de ciseau, sont le désespoir des statuaires d'aujourd'hui; en sorte que ceux-ci ne conçoivent souvent môme pas par quel artifice de l'outil, par quel moyen mécanique, ou par quelles précautions ingénieuses l'artiste grec a pu arriver à certains résultats surprenans ?