‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 73 sur 174 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

y58 HISTOIRE DE LA PEINTURE.

souvent peu sûre, et peut-être que quelques mots de Cicéron, de Qumtilien et d'autres, sont plus propres à nous éclairer sur la question des styles que tous les chapitres de Pline. En effet, quand même ces auteurs ne seraient point partis d'une opinion généralement répandue, ce qu'ils nous disent offre au moins le résultat de quelques rapprochemens vraiment artistiques et d'idées philosophiques. Ce n'est pas que Cicéron semble familier avec la connaissance des noms des statuaires dont on admirait les ouvrages. En effet dans son oraison contre Verres, il lui paraît assez indifférent ou de les ignorer ou de les taire, bien qu'il cite les noms très-connus de Silanion, de Polyclète, de Myron, etc., etc.

Quant à Pausanias, il nous a fait parvenir sans contredit de grands secours; mais ce voyageur n'écrivait pas pour nous, et d'ailleurs il a toujours eu pour but l'historique des faits, des lieux et des objets, plutôt que l'analyse de l'art. En un mot, nous sommes réduits à créer nous-mêmes un mode de classification à l'aide des monumens nombreux qui nous restent et à l'aide de quelques phrases, que peut à la vérité recueillir l'érudition, mais qu'il faut que nous interprétions avec la plus grande sagacité, avec la précaution la plus continue, et toujours en nous appuyant sur la véritable théorie.

Ce qui prouve que Pausanias ne pensait pas au tems où son voyage éclairerait sur l'histoire des styles, c'est qu'il ne se donne pas ordinairement la peine de les spécifier, quoiqu'il semble en sentir parfois les différences et qu'il nous transmette avec \tn soin infini la filiation des artistes. Voici quelques passages qui démontrent ou cette insouciance sur ce point ou son peu de certitude dans la

CARACTERES DU STYLE DE l'aRT CHEZ LES ANCIENS. 269

connaissance des écoles et des styles : « La statue d'Her» » cule à Érythrée, dit -il (Voyage de l'Achaïe. Liv. 7. » chap. 5), n'est ni dans le goût de celles d'Égyne, ni » même dans le goût de l'ancienne école d'Athènes. Si » elle ressemble à quelque chose, c'est aux statues égyp- » tiennes travaillées avec art.... Je crois que la statue en » bois de Minerve Poliade, est d'Endœus. J'en juge par » plusieurs indices, mais surtout par la manière dont tout » l'ouvrage est façonné, et encore plus par les Heures et » les Grâces de marbre blanc qui étaient exposées à l'air » peu avant que j'arrivasse à Erythrée.... A Tritia il y » a une statue de Minerve d'un goût moderne » (Liv. 7. ch. 22). Il en dit autant d'une statue de Diane à Égyre (Liv. 7. ch. 26), et peu après il continue en disant: « Près » de là est une statue d'un goût fort ancien.... Sur le » mont Lycée, il y a deux aigles dorés d'un goût fort an- » cien.... » (Liv. 8. ch. 38). Au surplus il se sert fréquemment de cette indication.

En citant la statue d'un panera tiaste, qui était représenté à l'instar des figures égyptiennes, les bras pendans et collés et les jambes droites, il dit qu'il la regarde avec raison comme fort ancienne (Liv. 8. ch. 4o).

Pausanias, dans le passage suivant, distingue encore l'école d'Égypte de l'école d'Égyne.

« Près de là, dit-il (Liv. 1. ch. 4^), il y avait autrefois » un vieux temple. Comme il tombait de vétusté, l'empe- » reur Adrien le fit rebâtir de marbre blanc. On y voit )) deux statues, l'une d'Apollon Pithius, l'autre d'Apollon » Décatiphore, toutes deux semblables à ces statues égyp- » tiennes qui sont en bois; pour l'Apollon dit Archigitis,

il est tout d'ébène et dans le goût de l'écolo d'Égyne. »

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11 est à croire que Pausanias n'a pas pu prendre le change, et qu'il avait sous les yeux les véritables originaux; car Adrien ne fit probablement pas exécuter des statues en imitation des anciennes. Pausanias l'eût aisément remarqué.

Enfin, il dit encore (liv. 8. ch. 53) : « La statue de Diane » Limnatis est de bois d'ébène et dans le goût de celles que » les Grecs appellent égynètes. » Je m'en tiens à ces citations. Nous verrons dans le chap. 62, quels sont les caractères de l'ancien style en général, et ce qu'on peut supposer relativement aux nuances qui distinguent le style égynétique, le très-ancien style grec, et le style choragique, styles qui tous précèdent celui de Phidias.

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