‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 78 sur 174 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Ile PÉRIODE : INTERVALLE DE CENT VINGT ANS ENVIRON. - CARACTÈRE DU STYLE DE UART EN GRÈCE, DEPUIS BULARQUE, PEINTRE, QUI FLORISSAIT SEPT CENTS ANS ENVIRON AVANT NOTRE ÈRE, JUSQU'A DIPŒNUS ET SCYLLIS, STATUAIRES ET CHEFS D'ÉCOLE (CINQ CENT QUATRE-VINGTS ANS AVANT NOTRE ÈRE).

Pline nous apprend que le peintre Bularque représenta le combat des Magnètes, et que ce tableau lui fut payé au poids de l'or par Candaule, roi de Lydie. Cette peinture fut faite avant la 18" olympiade ou 700 ans environ avant notre ère, époque à laquelle Candaule mourut.

âSo HISTOIRE DE LA PEINTURE.

Rien ne nous instruit du degré de mérite de cet ouvrage, et les écrivains nous parlent seulement du haut prix qu'y attacha Candaule; cette preuve est bien faible, puisque chez les modernes la grande pompe avec laquelle on promena à Florence, vers Tan i5oo, un tableau de Giotto, et les honneurs que rendit à ce peintre Charles d'Anjou, n'empêchent pas que nous ne trouvions aujourd'hui cette production fort médiocre. Cependant il n'est pas à croire que Bularque fut un peintre sans mérite ni que ses tableaux furent aussi faibles que l'on est tenté de se le figurer. Les statuaires, ses contemporains, se faisaient déjà remarquer, et Pline, ainsi que Pausanias, nous entretient d'eux avec assez de détails; mais, il faut l'avouer, n'ayant point de tableaux de ces tems, nous ne pouvons rien affirmer à ce sujet.

Ce que nous savons, c'est que Pausanîâs, en parlant des figures en bas-relief de Neptune et d'Amphitrite, exécutées par Gitiadas qui parut à Sparte dans ces tems reculés, dit que cet ouvrage était d'une beauté merveilleuse. Nous avons déjà eu occasion de citer cet ancien artiste, poète, architecte et statuaire, qui construisit en airain le temple de Minerve Chalciœcos.

Ne doit-il pas nous venir à la pensée que les âges que nous appelons âges d'ignorance, ont vu naître le divin Homère, et que, de même que ce génie créateur se servit, pour perfectionner la poésie, des progrès que cet art avait faits jusqu'à lui, de même les peintres devaient non-seulement soutenir l'état déjà recommandable de la peinture, mais encore lui faire faire des progrès constans

' On lit dans les Mémoires de TAcade'mie Royale des Sciences de Munich (21 de'ccmbre 1811) un Me'moire bien inte'ressant du professeur

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Nous savons aussi que, deux cents ans après Bularque, il existait une école de peinture à Rhodes : c'est Anacréon qui nous a conservé ce fait. Ce poète, qui vivait cinq cents ans avant notre ère, dit, pour exprimer l'habileté d'un peintre : « Souverain dans l'art que l'on cultive )) à Rhodes. »

Il convient encore de citer comme une indication de l'état de l'art à cette époque, le monument le plus ancien que l'on voyait en Grèce du tems et au dire de Pausanias; je veux parler du fameux coffre de Cypsélus. Cet écrivain nous en a laissé une ample description. Quoique ce coffre ne fut orné que de sculptures, c'est-à-dire de Las-reliefs et probablement de ciselures ou d'incrustations, peut-être colorées, il peut aujourd'hui nous faire connaître par induction le style animé et les heureuses inventions de la peinture de ces tems. On a cru que son antiquité remontait au-delà de 65o ans avant notre ère, mais d'autres lui assignent une époque beaucoup plus re-

Thîersu, dans lequel ce .savant expose qu'il ne pense pas qu'He'siodc ait ëlé imitateur d'Homère, ni qu'Homère ait imité Hésiode. Selon lui, les poèmes attribués à Hésiode sont les restes d'une école poétique qui aurait existé dans l'Atlique , rAchaïc et ta Béotie, avant les guerres causées par la migration des Tribus Doriques, et l'Epopée grecque aurait reçu ses formes rhytmiques et poétiques dans cette école, dont l'école ionienne aurait été un démembrement. On expliquerait par cette hypothèse comment les poètes de la Béotie et de Tlonie ont pu à une époque bien postérieure écrire des ouvrages dans le même genre, sans seulement avoir connaissance les uns des autres.

Ce savant mémoire, qui indique un nouveau point de vue pour les discussions sur l'origine des poésies d'Homère, semble faire naître des doutes analogues sur cette espèce de long sommeil qu'on se plaît à reprocher à la peinture pendant l'intervalle qui nous occupe et qui ne se trouve rempli par aucun nom de peintre fourni par les historiens.

culée. Les sujets représentés sur ce monument servirent très-long-tems de modèles aux artistes.

Un passage de Pline peut encore être donné pour preuve que l'art grec de ces tems dut s'aider et profiter beaucoup de quelques exemples étrangers. Cet écrivain nous dit donc (liv. 35. chap. 3.) que les peintures étrusques d'Ardée et de Géré, fort belles, selon lui, passaient pour être plus anciennes que la fondation de Rome.

Je ne crains pas de dire encore ici que les modernes mettent de la prévention dans le jugement qu'ils portent sur les peintres de ces anciennes époques. N'eût-on pas il y a cinquante ans, blâmé et même tourné en ridicule un critique qui se serait permis de citer avec éloges le nom de quelque peintre des écoles primitives d'Italie, sans montrer de ses œuvres ? Et cependant aujourd'hui on fait taire de semblables critiques en exposant quelquesuns de ces mêmes tableaux primitifs , qui malgré leurs défauts et surtout leur roideur et leur sécheresse, offrent souvent de très-grandes beautés. De même, je suis persuadé que nous trouverions dans le tableau de Bularque une élévation, une simplicité et un certain ton poétique qui nous surprendrait, si nous pouvions contempler cet ouvrage. D'ailleurs quelques monumens et quelques basreliefs conservés jusqu'à nous ne peuvent -ils pas fixer suffisamment notre opinion sur le caractère de l'art en ces tems éloignés ?

Ici il importe de remarquer que cette période fixe l'époque du trè&-ancien style grec, distingué de l'ancien style proprement dit, qui précéda le tems où fleurit Phidias. On a donc cru apercevoir les caractères de ce trèsancien style primitif sur les figures de quelques vases?

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peints; mais un discernement délicat doit diriger les dessinateurs dans ces conjectures. Nous verrons que parmi les figures roides, sèches et anguleuses qu'on remarque sur certains monumens, il peut s'en trouver qui aient été faites fort tard et en style d'imitation. Au dire de M. Fierli et d'autres % il n'est pas facile de décider si les plus anciens monumens de la sculpture sont grecs ou étrusques. Il en est même ainsi, ajoute-t-il, du second style de l'art chez l'une et Tautre nation, et cette ressemblance est indiquée par Diodore de Sicile {lib. i et /. 55) et par Stra- Lon [lib, 17). Caylus,Winckelmann, Guarnacci {Origini Italiche) , ont été convaincus que les Grecs n'avaient d'ahord fait qu'imiter le goût et le style des Étrusques, d'autres veulent que l'art ait été apporté de la Grèce en Étrurie par les premières colonies grecques. Cependant Pline, en citant Cléophantes, peintre, qui vint en Italie avec Démarate, père de Tarquin l'ancien, et en citant Eugrammus et Euchir qui apportèrent en Italie, vers l'an 680, l'art de la plastique, semble vouloir assigner à cette époque l'origine de l'art en Italie; bien que, selon lui, Ludius d'Étolie ait produit déjà de belles peintures à Ardée, etc., etc. Mais laissons ces difficultés qui sortent de notre sujet.

Disons plutôt quelque chose touchant le caractère du style des sujets et des figures que l'on voit sur certains vases peints qui semblent d'une haute antiquité, nous réservant de parler du style égynétique et du style choragique au chapitre suivant, en signalant le style de l'art dans la période que nous avoiis cru devoir distinguer après

* George Fierli de Cortone. Du me'rite des statuaires e'trusques compare' k celui des Grecs. (Voyez les Mémoires de T Académie Etrusque de Cortone. Tome 8.)

celle-ci. Les figures de ces vases font remarquer une grande vivacité de mouvement, un jeu très-libre des articulations et une verve particulière dans l'invention générale, ainsi que dans le jet des draperies et les accessoires. Ces qualités caractéristiques établissent nécessairement une démarcation sensible entre le style égyptien et étrusque qui précéda celui-ci et qui était plus roide, moins animé et plus froid, et le style grec ancien proprement dit, mais postérieur, qui était plus réservé, plus châtié, plus gra~ cieux, et qui s'acheminait déjà vers le grand perfectionnement qu'il reçut du tems de Périclès. Voici une conjecture nouvelle et toute technique au sujet de ce style. L'usage traditionnel des peintres égyptiens et étrusques de procéder le compas à la main et d'opérer trop par mesures convenues, et trop peu d'après le naturel, a dû leur faire imaginer divers moyens d'obtenir la graphie de la figure humaine par construction, c'est-à-dire en faisant jouer à volonté les membres ou leurs parties aux véritables points naturels d'articulation. (V. le chap. i84, sect. 2, où ce procédé se trouve expliqué.) Ils ont dû imaginer aussi un moyen pratique analogue, celui d'employer des découpures mobiles , à l'aide desquelles ils purent composer des attitudes très-variées et très-vives sans s'écarter jamais de la bonne proportion et de la vraie structure humaine. J'ai été conduit à cette induction par les essais que j'ai faits moi-même à l'aide de figures découpées et mobiles : et l'analogie très - sensible que j'ai remarquée entre ce procédé graphique et les figures des vases peints, analogie que chacun reconnaîtra s'il veut étudier ce moyen , me fait regarder comme très - vraisemblable son emploi par les peintres de cette antique époque et probablement

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des époques suivantes, durant lesquelles ils ont dû le perpétuer et le perfectionner. Je ne puis pas entrer ici, à propos de l'historique de l'art, dans une digression relative aux procédés pratiques, mais j'engagerai les artistes studieux à faire des recherches particulières sur ce moyen, afin qu'ils prennent une idée de ces attitudes hardies et libres à la fois, et de ces pantomimes énergiques et simples, si remarquables sur les vases grecs, et que ni les modèles vivans, j'ose le dire, ni l'imagination ne sauraient procurer.

Au reste, cette seconde période fut illustrée par le talent de plusieurs statuaires parmi lesquels il convient de citer Euchir deCorinthe, Léarque deRhégium,son élève, Aristoclès et Glaucus de Chio. Ces artistes excellaient les uns dans la plastique, les autres dans l'art de fondre et de battre le fer; qu<3lques-uns dans la damasquinure ou ciselure sur métaux, etc. (Voyez la liste chronologique à la fin de ce volume.)

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