CHAPITRE
PÉRIODE : INTERVALLE DE CENT ANS ENVIRON.- CARACTÈRE DU STYLE DE UART EN GRÈCE, DEPUIS PHIDIAS, QUATRE CENT TRENTE ANS ENVIRON AVANT NOTRE ERE, JUSQU^A PRAXITÈLE, QUI FLORISSAIT TROIS CENT TRENTE-SIX ANS AVANT NOTRE ÈRE. '
1 ouT se préparaît déjà, comme nous venons de le voir, pour la perfection et pour la longue durée de l'art, lorsque Phidias parut. Pendant la vie de ce grand artiste, les circonstances les plus favorables à la sculpture se développaient; et s'il dut à son propre génie et aux excellentes leçons de ses maîtres la plus grande partie de son prodigieux talent, il dut à son siècle ce qui élève toujours les artistes habiles à un dégré supérieur, je veux dire l'amour de tout un peuple pour les grandes choses, la protection du premier citoyen de l'état, et les applaudissemens de toute une patrie ivre de gloire et idolâtre de chefs-d'œuvre. Ce fut au milieu de tous ces élémens que brilla le génie le plus élevé qui ait jamais paru dans la carrière des arts; ce fut dans les plus beaux jours d'Athènes que fleurit l'immortel Phidias.
Quand tous les Athéniens, fiers des batailles de Salamine et de Platée, s'enflammaient en jouissant de leurs succès, quelle ardeur et quel enthousiasme durent enflammer les artistes jaloux d'ajouter eux-mêmes à tant de gloire? Phidias voulut donc élever l'art à son plus haut degré, et il parvint à ce triomphe. Les grands ouvrages
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d'Onatas d'Égyne, de Pythagore de Rhégium, de Ménaëchme qui avait écrit sur son art ; les travaux de ses contemporains Calamis, Myron et Polyclète même ne furent point aux yeux de ce grand génie les véritables types de la grandeur et de la dignité de la sculpture. Nouvel Homère, il voulut rendre la divinité sensible aux mortels : philosophe, citoyen et poète sublime, il voulut embellir les mœurs, et parler aux Grecs un langage digne de leur nouvelle splendeur. On vit donc bientôt le plus grand des dieux, le père de tout l'Olympe, sortir de ses mains éclatant de majesté; l'image de Minerve fut offerte aux Grecs sous les formes d'une beauté inconnue jusqu'alors, car l'ivoire et l'or s'étaient divinisés sous son immortel ciseau; Vénus, Apollon, Mercure et plusieurs autres dieux reçurent aussi une vie nouvelle du grand art de ce statuaire : alors les Grecs lui donnèrent le surnom de divin. Jupiter lui-même m'a apparu, leur disait -il, et tel que je l'ai représenté à Olympie. Il l'avait vu en effet, mais comme voient les grands peintres et les grands statuaires, c'est-àdire que dans son imagination s'étaient fixés les rapports très-déterminés qui devaient exister entre toutes les formes du modèle archétype pour lequel il avait long-tems consulté la nature. Selon le récit de plusieurs écrivains, l'idée de son Jupiter olympien lui fut inspirée par ce passage d'Homère : « Il dit, et baisse ses noirs sourcils; la cheve- » lure divine s'agite sur la tête du roi des dieux; le vaste » Olympe tremble.... » Tous ceux qui ont répété ce passage, n'ont peut-être pas distingué l'heureux parti qu'en sut tirer le beau génie de Phidias qui, à la vérité, a pu s'exalter par la lecture d'Homère, mais qui a su élever son Jupiter à la hauteur de ce poète par la sublimité du langage
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particulier à la statuaire et par des moyens d'art qu'il trouva le premier dans son propre talent.
Phidias eut donc la gloire de créer plusieurs archétypes qui servirent depuis à presque tous les statuaires pour représenter les premières divinités. Ce que ses prédécesseurs avaient ébauché, il le finit ; ce que les poètes avaient imaginé, il le réalisa, pour ainsi dire, en sorte qu'on peut avancer qu'il ne fut surpassé ni dans le style, ni dans les caractères de certaines divinités. Ce fut donc ainsi que fut fixé le type de Jupiter, par celui qu'il exécuta à Olympie, lequel fut mis au nombre des sept merveilles du monde; ainsi fut fixé le type de Minerve, par sa fameuse statue du Parthénon, et très -probablement celui de Vénus dont il développa les charmes dans plusieurs statues également renommées. Pausanias cite deux Vénus sorties du ciseau de Phidias , et Pline nous apprend qu'on en voyait une à Rome de la plus grande beauté [Eximiœ pulchrittidinis. L. 56. C. 5) . Phidias mit, comme on le sait, la dernière main à une Vénus de son élève Alcamène. Il paraît vraisemblable que la Vénus de Scopas était conforme au type de Phidias? ainsi que celle de Praxitèle, statue si supérieure à celle de Scopas. M. Heyne conjecture aussi que Phidias fixa le type de la Victoire, par celle qu'il plaça dans la main de son Jupiter, et qui était d'or; celui de Cybèle, par la statue de cette déesse qu'on érigea dans le Métroum d'Athènes ; enfin ceux des Amazones, des Fleuves et des Grâces : ces figures ornaient, comme on le sait, le trône du Jupiter olympien.
Cependant Phidias en servant les temples, en donnant aux peuples religieux les plus belles images de leurs grandes divinités, voulut aussi servir les mœurs : il représenta les jeux solennels des Athéniens; il peignit les mœurs dans
ces jeunes vierges choisies pour embellir les cérémonies des temples ; il peignit les mœurs dans ces jeunes Grecs qu'il représenta pleins de courage et de sécurité, soit avant les combats dans le stade, soit après ou pendant leurs glorieux exercices. Le beau Pantarcès brilla de toute sa perfection dans une image de bronze h jamais célèbre, et un grand nombre d'autres figures non divinisées offrirent aux yeux des Grecs tout ce que peuvent avoir d'attrayant la décence, la grâce et la dignité.
Néanmoins les successeurs de Phidias trouvèrent encore des conditions, des perfections à ajouter; les Praxitèle, les Euphranor enrichirent l'art de nouvelles beautés et de secrets inconnus qui en furent le complément. Qu'en devons-nous conclure ? C'est que l'art qui est immense va se perfectionnant peu à peu, et que ses graduations sont toujours très-sensibles et non interrompues, tant que les bases sur lesquelles il s'élève sont sûres et excellentes, car alors rien ne peut le faire rétrograder, ni arrêter le cours de ses progrès plus ou moins rapides.
Rappelons-nous que ce n'était point une chose nouvelle, au lems où parut Phidias, que d'inventer des dispositions nobles, des costumes imposans, des attitudes grandes, et même qu'on possédait l'artifice de relever le tout ensemble par un certain tour pittoresque qui donnait aux images quelque chose de mystique et de divin. Nous avons vu que les prêtres étrusques, qui étaient probablement poètes et artistes, n'étaient point indifférens sur les caractères des images, et qu'ils avaient conservé des Égyptiens l'art d'émouvoir par des spectacles extraordinaires, de toucher et de surprendre par des combinaisons qu'ils étaient en droit d'appeler magiques. On est même assuré par fins-
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pectiondes monumens égyptiens, indiens, étrusques, égynétiques, etc., que cette partie pittoresque de l'art était portée jusqu'aux fantaisies les plus ingénieuses. Les plis et le jet symétrique des draperies, l'arrangement singulier des cheveux distribués par anneaux et par longues tresses en spirales régulières , l'ordre des lignes dans toutes les masses, le grand choix dans le caractère de certains accessoirs ou ornemens servant à relever le costume, tout le langage enfin était calculé et poétiquement combiné. Par la même raison, les cérémonies religieuses qui servaient si souvent de modèles aux artistes, devaient offrir à cette époque une pompe d'un très -grand aspect. Par rapport à nos mœurs et à nos cérémonies moins soumises aux lois du goût , elles nous sembleraient peut-être étranges, mais les Grecs y avaient bien certainement épuisé toutes les combinaisons du beau. Enfin cette marche de l'art est la marche naturelle que, dans tous les âges et chez tous les peuples, on cherche à suivre, et que le savoir seul des artistes peut diriger. Aujourd'hui ne voyons-nous pas dans nos églises des images décorées ou plutôt affublées d'une manière souvent piquante, quoique de mauvais goût ? Cette propension des prêtres et des peuples vers ces décorations étranges va souvent parmi nous jusqu'à couvrir d'une couronne de clinquant la tête des Saints et de la Vierge peints sur les tableaux, et à relever ainsi ce que la plate peinture semble avoir souvent de froid et de peu éclatant.
Qu'est-ce qui donnait donc un caractère de nouveauté si attrayant aux ouvrages de Phidias ? C'est qu'il rendit plus conformes à la nature et à l'art ses compositions participant du style de ses devanciers ; c'est que les
charmes et les artifices de son dessin donnèrent une autre vie, une autre existence à ces dieux, à ces déesses et à ces héros dont la dignité était auparavant comme inanimée, dont les formes étaient un peu conventionnelles n'étant pas saisies réellement sur la nature; c'est que ces expressions, ces gestes, ces jeux mécaniques du corps, ces physionomies, ces yeux et ces bouches, ces mouvemens de draperies enfin, et toutes ces formes, tant des figures que des accessoires, furent imitées selon l'esprit de la nature, conformément à ses caractères et avec une énergie et un sentiment de justesse extraordinaires. Phidias, en étudiant la beauté, étudia donc la nature; il l'observa en statuaire à l'aide de la géométrie, à l'aide de l'anatomie et à l'aide de la philosophie. Il l'avait même observée en peintre; car il était de ces artistes, dit Grégoire de Nazianze [Orat, 34) , propres à produire des chefs-d'œuvre, soit avec le ciseau, soit avec le pinceau : on voyait à Athènes un portrait de sa main, c'était celui de Périclès.
Phidias n'ignorait pas que le ciel l'avait favorisé par un génie supérieur, une sensibilité exquise et une tendance naturelle vers le beau et le sublime; mais il reconnut que, pour servir sa patrie, des études nouvelles et des sacrifices nouveaux étaient nécessaires. Il travailla donc sans relâche et parvint définitivement à découvrir par la force de sa pénétration, activée par une constante étude, les secrets les plus importans de son art, et les grandes lois fondamentales de la statuaire, de la plastique, de la peinture et de la toreutique [Primusque artem toreuticen aperuisse atque demonstrasse meritd judicatur. Pline. Lib.5/{. Cap, S.). Les connaissances qu'il acquit sur la mécanique des corps vivans et sur les proportions, devaient être immenses. Il
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reconnut de suite, dit-on, à la seule inspection de la griffe d'un lion, qu'elles devaient être précisément la dimension et les proportions de tout l'anima!. Il paraît qu'il mit le premier en vigueur les grandes leçons de l'anatomie artistique, et qu'il se fit sur cette science des règles certaines qui le soutinrent dans tout le cours de ses travaux.
Quant à l'optique de l'art, condition que Vitruve a distinguée particulièrement, il est évident que Phidias possédait sur ce point des données plus certaines que ces devanciers. Alcamène, son élève, fut chargé d'exécuter en concurrence avec lui une Minerve qui devait être placée sur une très-haute colonne. Mais quoiqu' Alcamène ait dû s'instruire dans les exemples de tous les statuaires qui avaient déjà rempli la Grèce de grands monumens, dans lesquels les règles de l'optique devaient avoir été consultées, Phidias l'emporta de beaucoup sur Alcamène. La statue de Phidias, quoique moins belle et moins agréable de près, éclipsa au véritable point de vue celle de son concurrent et devint un chef-d'œuvre aussitôt qu'elle fut mise en place. C'est Tzetzès qui rapporte ce fait {Cliiliad. 8. Htst.iQ'5). Les grands fragmens de sculpture provenant du fronton du Parthénon sont remarquables par ces qualités optiques, et sans entrer ici dans des détails qui n'appartiendraient pas à mon plan, puisqu'ils concerneraient l'art de la sculpture, je dirai que l'on reconnaît les calculs que ce grand artiste avait suivis, en traitant soit le relief des Métopes éclairés du haut et en dehors, soit le relief des frises de l'intérieur éclairées par reflet. L'art du bas-relief est parfait dans ces modèles classiques que nous avons le bonheur de posséder, et les raisons de ces reliefs sont si savantes que, sans une haute instruction.
un élève ne pourrait pas en retirer tout le fruit qu'on en doit attendre. Je ne parlerai pas non plus de cet art qui tient aussi à l'optique, et par lequel Phidias rendait sensibles et savait toujours retrouver les points extrêmes propres à déterminer et la grande silhouette de toute une figure et ses articulations principales, malgré et à travers les draperies et les accessoires. Enfin, ce furent de grandes découvertes sculpturales qui donnèrent tant de valeur à son école, ce furent ces axiomes techniques qui formèrent les Agoracrite, les Alcamène, les Colotès, et tant d'autres artistes qui contribuèrent avec ce statuaire divin à illustrer le siècle de Périclès.
Phidias changea donc entièrement la face de l'art, et, tout en conservant dans son école l'antique gravité et la haute décence des images, il les vivifia et obtint des figures plus animées, pour ainsi dire, sur le marbre et le bronze que sur la nature, et cela par une nouvelle force dans le langage plastique et par la puissance du sentiment des dessous , des plans et des formes. L'art acquit ainsi un perfectionnement qui excita l'admiration de toute la Grèce. Lors donc qu'on voulait caractériser un ouvrage d'un ordre supérieur, on l'appelait ouvrage à la Phidias (Signum Pkidiœ ) , et cette dénomination s'est conservée jusqu'à nous.
Les Grecs ne trouvaient point de termes assez relevés pour exprimer leur admiration, quand ils parlaient du style de cet artiste célèbre ; ils lui comparaient celui de Thucydide, celui de Démosthène. La beauté mâle que représentait Phidias était pleine de douceur, d'élégance et de grâce. Ingénieux et sublime, dit Pausanias, il imitait les grandes choses avec énergie, les petites avec naïveté. Son
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style, qu'il variait dans ses divers ouvrages, était, selon les anciens auteurs, magnifique et recherché tout à la fois. « Allons à Olympie, disait -on, voir l'ouvrage de }) Phidias, puisque l'on compte au nombre des malheurs, » de mourir sans avoir vu les productions de ce grand » artiste [Aniani Epict, Lib, i. Cap, G). — Le génie » du jeune Hortensius, selon Cicéron {De ctaris Ora- » toribus), ressemble à un ouvrage de Phidias, que l'on » admire aussitôt qu'on le voit. » Cet orateur dit encore (m Bruto) : « Je n'ai rien vu de plus parfait que les ou- » vrages de Phidias. — La beauté de son Jupiter olympien, )» dit-il ailleurs, semble avoir ajouté quelque chose à la » religion des peuples, tant la majesté de l'ouvrage égale » celle du dieu. » Pline, en parlant de ce chef-d'œuvre, se sert de l'expression quem nemo œmidatur^ c'est-àdire inimitable [Lib. 'hl\. Cap. 8). Enfin, on osait avancer que Phidias avait eu Jupiter même pour approbateur. Suidas regardait Phidias et Zeuxis comme des artistes qui avaient travaillé d'inspiration. « Son amour pour la beauté » était porté au plus haut degré; il avait écrit ces mots sur )) un doigt de son Jupiter : Pantarcès est beau [Arnob, » adv. gent,). — Phidias, dit Quintilien (Liv. 12), réussit )) mieux à représenter les dieux que les hommes. — C'est » surtout, selon Denys d'Halycarnasse {inisocrate), dans » la gravité, dans la grandeur et la dignité que consistait » le mérite de l'art sous Phidias et sous Polyclète. » Démétrius dePhalère dit la même chose. N'en concluons pas que Phidias manqua d'exécution et d'adresse; nous avons déjà parlé de son influence sur l'art de la toreutique. « Il » travaillait, dit Sénèque [Epistol. 85) , l'ivoire, le bronze, » le marbre et même les matières inférieures avec une TOME II. ^2
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)) égale supériorité. » (Voyez aussi Pliilon Judœus de temulentiâj etc. etc.)
L'école de Phidias est donc l'école mère, l'école pure dans laquelle tous les artistes de la Grèce et de Rome allèrent puiser leurs leçons; Phidias est le véritable fondateur de l'art. Quelle émulation dans ces tems heureux, quelle ardeur pour les savantes recherches, et combien de secrets découverts ! Les lois de la statique et de la pondération, les calculs certains et vivifians de la géométrie furent discutés par des sculpteurs et des peintres philosophes, sous ces beaux portiques dont Périclès venait d'embellir Athènes, On connut à la fin les véritables et les seuls moyens d'atteindre à l'expression, à la grâce et à la beauté. Tous les citoyens instruits apportaient leurs lumières à la masse qui devenait la propriété de tous. On interrogea les voyageurs et les savans qui avaient médité sur les arts lointains. On envoya de nouveaux voyageurs. On forma le serment de rendre l'art glorieux et durable autant que la patrie, et depuis le grand Périclès jusqu'au dernier citoyen, tous les Grecs renfermaient ce vœu sacré dans leur cœur. Et quand je dis les savans, je veux dire les géomètres, les mécaniciens, les anatomistes, les médecins, les opticiens qui s'associèrent aux moralistes et aux métaphiciens , en sorte qu'il résulta de leurs conférences et de leurs discussions un concours d'idées qui en élevant i'art le dirigeaient vers la perfection.
Dans ces tems à jamais fameux, les statuaires et les peintres furent unanimement assurés que de toutes les parties de l'art, celle qui tient le premier rang, celle qui sert de soutien à toutes les autres et sans laquelle les autres ne sont rien, c'est la science du dessin. La partie mathéma-
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tique du dessin a pu long-tems être pratiquée seule et sans l'association de l'anatomie, tant qu'on n'en fit l'application qu'à l'architecture, par exemple, et aux productions qui ont pour premier principe la statique. Mais aussitôt que la représentation du corps humain devint l'objet des études d'artistes très-instruits, aussitôt que l'anatomîe fut consi dérée comme le second moyen du dessin, des hommes d'un génie supérieur posèrent les véritables bases de la théorie de la statuaire et de la peinture, et sur ces bases élevèrent à l'cnvi des chefs-d'œuvre.
Qui peut éluder ici une comparaison qui sourit à l'imagination excitée par ces belles questions, et qui n'est pas étonné à l'aspect de ce monument impérissable érigé par les Grecs à l'honneur de l'esprit humain ? Oui, je le vois, ce trône indestructible de l'art antique, du haut duquel la
peinture dicte encore ses lois à l'univers Combien
de peuples concoururent à ses vastes fondcmens ! Il me semble voir l'Egypte prodiguer le basalte, le granit et le porphyre; l'Inde et la Perse apporter leurs pierres éclatantes et leurs métaux précieux; l'Etrurie et la Campanîe étaler ce que l'industrie peut imaginer et produire de plus ingénieux : mais , trop heureux Phidias , toi seul l'élevas sur ses bases inébranlables ce trône brillant que nous respectons encore ; ce fut toi qui gravas sur le marbre et le bronze le Code sacré qui, comme ta belle Minerve, devint le palladium de l'art. Non, tout l'or qui composait la tunique divine de cette Minerve; tout l'or dont tu formas la Victoire que soutenait dans sa main le père des dieux assis dans son temple olympien; l'ivoire éblouissant qui modelait les belles joues de la déesse, ne produisit jamais un aussi vif éclat Grand Phidias, ta
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gloire n'a point péri, et même aujourd'hui nous t'offrons
des couronnes Viens donc nous inspirer aussi, viens
nous apprendre par quelle méthode, par quels secrets ton génie divin enfanta des merveilles.
Cependant que nous est-il parvenu de tant d'ouvrages sortis du ciseau de cet artiste immortel ? L'enthousiasme des modernes pour l'art grec en a heureusement sauvé quelques débris, et les lumières des archéologues ont fait recueillir avec recherche jusqu'aux copies de ces chefsd'œuvre. Indiquons brièvement ici quelques-unes de ces richesses.
On savait que le Parthénon, fameux temple de Minerve à Athènes, et qui subsiste encore aujourd'hui, avait été décoré de sculptures exécutées par les soins de Phidias, c'est-à-dire sous sa direction. Déjà des voyageurs éclairés avaient rapporté en Europe et publié des dessins de ces célèbres monumens. Depuis l'an 1800, un amateur zélé avait même fait jouir les artistes de Paris de l'avantage inappréciable d'étudier, sur des empreintes moulées à Athènes, un certain nombre de bas-reliefs provenant de ce temple. M. le comte de Choiseul-Gouffier avait de plus rapporté quelques fragmens originaux, entr'autres un Métope et le bas-relief dit des Panathénées. Le musée de Paris les possède l'un et l'autre aujourd'hui. Mais de plus grandes leçons vinrent enfin éclairer les savans sur l'excellence de l'art dirigé par Phidias. En 1816, lord Elgin, qui était parvenu à dépouiller le Parthénon de ses sculptures et à les conduire en Angleterre, les céda au gouvernement britannique, qui les réunit dans le musée de Londres. J'ai indiqué dans le i^"^ volume plusieurs écrits publiés à ce sujet. Qu'il me suffise de dire que cette im-
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portante collection doit avoir de très -grandes conséquences sous le rapport du bon goût et des véritables doctrines artistiques dans toute l'Europe. Les empreintes des morceaux les plus importans sont déjà répandues dans diverses capitales. En France, l'art s'est ressenti pendant un certain tems de l'heureuse influence provenant de l'étude des bas -reliefs dont je viens de parler. Mais il faut le dire, cette influence fut blâmée depuis et semble redoutée aujourd'hui par des envieux qui, craignant la comparaison de leur méchant goût et de leur pauvre dessin avec le goût si élevé, si beau, et le dessin si nerveux, si vrai de la haute antiquité, dessin remarquable dans ces empreintes où brille la fleur de l'art, ne cessent de répéter que de pareils modèles sont faits pour tarir le génie
Des caractères, nouveaux pour nous, sont à remarquer dans cesmonumens dernièrement enlevés auParthénon et qui doivent être l'ouvrage de divers artistes, tous surveillés par Phidias. N'ayant pu examiner que quelques empreintes de cette précieuse collection, je ne communiquerai ici qu'un petit nombre d'observations. Je vais d'abord parler de la statue de Thésée (ou d'Hercule, comme l'appelle Visconti). Elle est d'une grande dimension, les pieds et les avant-bras ont été perdus, et la tête est fort mutilée. Cette statue est assise et appuyée sur le coude gauche. A la vue de ce chef-d'œuvre, on reconnaît aussitôt que Phidias avait réduit en une manière simple et généralisée ce que Myron et Calamis avaient recherché avec détails
* Ces bas-reliefs, dispose's à la suite les uns des autres, occupent une longueur de plus de deux cents pieds» Leur hauteur est de trois pi<:dç hois pouces.
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et sûrement avec quelque peine. Combien est libre et facile sur cette statue le jeu de tous les membres ! Comme les plans de ses formes sont accusés avec résolution ! Par quel savant artifice tout ce mouvement est -il si animé et si conforme h la structure naturelle ? Il est impossible de conduire l'art avec plus de savoir, plus d'énergie, plus d'enthousiasme et de retenue. Enfin l'art disparaît dans cet ouvrage; on oublie la matière, on ne voit que la nature et la vie. Aussi cette sculpture est -elle frappante au premier aspect et imposante à l'examen. C'est ce qu'en pensait Cicéron, lorsqu'il disait, en parlant d'un ouvrage quelconque de Phidias : « On l'applaudit aussitôt qu'on » le voit [Pliidiœ signum simul adspectum et probatum y> est. Brut. §.64).» Le torse du Belvédère, le Laocoon, comparé à cette figure, semble affecté et dénué de simplicité. Dans cette confrontation, le torse ressemble à un beau discours académique, et notre figure du Parthénon à une harangue de Démosthène.
Je ne dois pas en dire davantage, car l'art n'est point encore complet dans cet ouvrage : la marche de l'artiste était sûre et rapide, mais il n'arriva pas jusqu'au but. Et ce qui me fait penser qu'en eiTet l'art en était resté du tems de Phidias h ce dern'^r degré qu'il fallait encore franchir, c'est que dans une autre admirable figure de ce même fronton, et que Visconti appelle le fleuve Ilissus, l'artiste ayant cherché avec plus de soin l'expression des souplesses de la chair, n'a pu, malgré ses efibrts et malgré ceux qu'il a fallu pour exécuter les figures d'enfans dont il me reste à parler, n'a pu, dis-je, parvenir à ce moelleux facile et vrai, à ces douces inflexions musculaires et si variées, à cette vie de l'épiderme et enfin à ce dessus com-