‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 91 sur 174 · CARACTÈRE DU STYLE DE L'ART ROMAIN · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DU STYLE DE L'ART ROMAIN

l\oME qui se trouvait, pour ainsi dire, saturée de tous les chefs-d'œuvre de la Grèce, voulut, reportant les yeux sur elle-Biême, enfanter aussi des chefs-d'œuvre. Ce fut alors qu'on s'apperçut que, sans les secrets des écoles, sans des études fortes, saines et rigoureuses, l'art ne peut que s'enfler, s'envelopper d'une magnificence factice, et se parer d'un luxe étranger, sans atteindre jamais aux grands résultats qui en Grèce avaient tiré de la simplicilé et de la pureté leur plus vif éclat. Les Romains sentirent cette vérité, mais ils n'aimaient pas à en convenir.

En général, lorsqu'on observe la marche des arts parmi les peuples, et que l'on suit leurs transmissions successives, on est étonné de cette espèce de dédain qui se développe toujours avec les connaissances acquises dans les pays nouvellement civilisés , et de cette ingratitude des nations qui oublient si aisément les véritables auteurs de leurs arts et leurs premiers maîtres. L'histoire nous apprend que l'antique peuple d'Égypte, qui ordonnait avec tant de vigilance de respecter ses mystères, ses arts et ses sciences, s'annonçait aux hommes comme le père de tant de merveilles et désignait son propre sol comme leur véritable berceau. L'histoire nous a démontré aussi que les Grecs , redevables à l'Egypte des principaux élémens des arts , ne voulurent pas convenir de cette obligation. Il en coûtait à ces Grecs, devenus à leur tour

si admirables, de reconnaître les primitives sources de la perfection de leurs arts. Ils étalèrent donc la même ambition que les Égyptiens; la sculpture et la peinture, selon les Grecs, étaient nées parmi eux. Si on veut les croire, ils n'ont rien emprunté, ils ont tout créé, jusqu'aux premiers élémens ; et depuis l'essai fabuleux de Dibutade, jusqu'aux miracles d'Apelle, tout leur appartient. Sycione et Corinthe se disputaient surtout la gloire d'avoir inventé la peinture, comme si ces deux écoles n'avaient point eu assez de celle de l'avoir perfectionnée.

En descendant maintenant aux Romains, nous verrons que ces guerriers conquérans, admirateurs d'abord des chefs-d'œuvre dont ils dépouillèrent la Grèce, finirent par se faire une espèce de goût particulier, et dédaignèrent le vrai goût de leurs maîtres. Cette même vanité, qui ne regarde comme parfait que ce qu'elle a produit, finit donc par étouffer peu à peu cette vie de l'art attique, en sorte que l'on substitua bientôt à la naïveté, à la simplicité précieuse et charmante qui décoraient la peinture et la sculpture des Grecs, une pompe vaine et sans chaleur, une ostentation sans délicatesse et une parade qui trompait les artistes et émoussait leur goût. La cause d'une pareille altération ne pouvait donc provenir que du dédain vaniteux de ces vainqueurs du monde qui prétendaient faire oubher leurs antiques rivaux, et des louangeurs ignorans qui dans leur obstination trouvaient plus facile d'applaudir aux écarts fastueux de leurs contemporains que de vanter la sagesse et la vertu des ouvrages des anciens; exemple imposant, qui devrait rallier aux anciennes doctrines tous nos artistes et tous ceux qui peuvent influer sur les arts.

STYLE I)E l'art RO.MAIN. PERIODE. Ssj

Les mœurs des Romains s'opposaient moins qu'on ne pense aux succès de la peinture et de la scupture, et sans avoir tous les avantages dont jouirent les Grecs, ils étaient suffisamment favorisés. Il est vrai que les artistes furent beaucoup moins considérés à Rome qu'à Athènes, mais ce n'est point là la véritable cause de leur infériorité.

Les Romains étaient grands admirateurs des chefsd'œuvre ; ils les aimaient passionnément; et chez eux ce goût même devint un luxe qui fut porté au plus haut degré. « La peinture, dit Winckelmann, consacrée aux » dieux et aux monumens publics, servait chez les Ro- » mains d'ornement aux temples; quelques-uns de ces )» temples formaient des pinacothées, ou galeries de ta- )) bl^aux, à l'instar de celui de Junon à Samos. A Rome, » on ap pendit dans les galeries supérieures du temple de » la Paix les peintures des meilleurs maîtres, et il y avait » pareillement dans les thermes de Dioclétien une salle )) ou galerie où l'on admirait les plus belles productions ;) en peinture et en sculpture; elle subsiste encore au- )) jourd'hui, et fait même une des plus belles églises de )) Rome. Vespasien attira auprès de lui et encouragea » par ses gratifications les poètes et les artistes. Après » avoir fait bâtir le temple de la Paix , il le décora d'une » partie des statues que Néron avait fait venir de la Grèce: » il y fit exposer surtout les tableaux des plus célèbres 7) peintres de tous les tems; de sorte que ce fut là, comme » l'on dirait aujourd'hui, la plus grande galerie pubhque » de peintures. Il paraît pourtant que ces peintures n'é- » taient pas placées dans le temple même, mais dans les » salles d'en-haut, auxquelles on montait par un escalier » conservé jusqu'à ce jour. »

Le goût des Romains pour les tableaux semble avoir été porté à l'excès. « Que voulez -vous que je réforme pre- )» mièrement, écrivait Tibère au sénat? Sera-ce vos palais » et vos maisons de plaisance qui occupent quelquefois » des provinces entières ? Sera - ce ce nombre infini de » valets, distingués par nations? Sera-ce la vaisselle d'or 3 et d'argent, et la fureur pour les tableaux et pour les » statues, etc » (Tacite.)

L'attachement du peuple pour les chefs-d'œuvre était même extraordinaire. Pline raconte le fait suivant : « La » statue de Lysippe, représentant un homme au bain et » qui se frotte, plut tellement à l'empereur Tibère, que » ce prince, qui sut se commander à lui-même dans le » commencement de son règne, ne put résister h la ten- » tation de l'enlever des bains d' Agrippa où celui-ci l'a- » vait consacrée, et de la faire transporter dans sa cham- » bre à coucher. Il y substitua une autre figure; mais » l'obstination du peuple était si forte, qu'il demanda à )) grands cris, dans l'amphithéâtre, que le baigneur fût » replacé. L'empereur, quelqu'attaché qu'il fût h cette » statue, la fit remettre à sa place. »

Personne n'accusera les écrivains d'exagération, lors^ qu'ils parlent de la grandeur des idées, de la magnificence et du luxe des Romains en général. Leurs monumens sont encore là pour attester cette extrême magnificence, et le seul aspect des ruines immenses qui couvrent encore le sol de l'ancienne Rome, suffit pour nous donner une idée de ce peuple géant. Il est encore debout ce Colysée dont notre œil embrasse à peine la vaste enceinte, ce Colysée aux dépens duquel des palais ont été bâtis, et qui suffirait presque à la construction d'une ville. Ces basiliques, ces arènes,

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ces aqueducs, ces arcs triomphaux, ces temples, ces co~ lonnes, ces théâtres que leur immensité protège contre tous les ravages, contre les fureurs de la guerre et contre les efforts du tems, sont encore debout. Il semble que l'amour pour le colossal fut pour les Romains un besoin. Néron fit exécuter son portrait sur une toile haute de cent vingt pieds. Pline qui vit ce tableau l'appelait une foHe de son siècle {nostrœ œtatls insaniam); ce tableau fut brûlé par la foudre. Les fragmens énormes de statues colossales en bronze et en basalte même, ne sont pas rares à Rome. Un petit doigt appartenant à la main d'une statue colossale en marbre blanc, se voit à Rome sur l'escalier du palais Altiéri; il porte de hauteur plus de trois pieds. Quant au luxe de l'art à Rome, il faut considérer que les Romains ne le cédèrent à aucun peuple en raffinemens. Des détails positifs nous attestent leur extrême sensualité et leurs subtiles recherches. Citons au hasard deux exemples. L'impératrice Popée se faisait suivre dans ses voyages par une troupe d'ânesses, pour se baigner dans leur lait. Les pages des riches Romains étaient assujétis à des précautions particulières pour la conservation de leur teint; souvent un masque de mie de pain mouillée leur couvrait le visage pendant la nuit. Ainsi il est à croire que ce qui avait été imaginé de plus recherché en Asie était devenu peu à peu une habitude et un besoin pour ce peuple jadis couvert de fer et nourri d'alimens grossiers.

Si l'on veut tenir compte de l'influence du climat, on reconnaîtra que celui de Rome et de toute l'Italie était très-favorable aux arts. Les jardins délicieux et les villa, des Romains étaient propres à entretenir le charme de leurs idées et toute la fraîcheur de l'imagination. Ce TOME II. 34

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qu'on nous raconte de la beauté de leurs campagne» passe, pour ainsi dire, toute croyance. Enfin, comme le» Grecs, les Romains avaient sous les yeux des Gymnases, des fêtes superbes, de beaux individus pour modèles ' et des esclaves de toute espèce à leur disposition.

Que manquait-il donc aux artistes pour devenir de nouveaux Apelles, de nouveaux Protogènes ? des écoles

et des préceptes sévères. Les efforts des inspirés étaient vains, à cause de la corruption des doctrines. Le goût fastueux étouffait insensiblement le génie et les idées naturelles. Ce goût fut élevé, il est vrai, et les inventions des artistes étaient souvent magnifiques ; mais les ouvrages étaient souvent pauvres et privés de ce nerf et de cette yÏg qui en eussent fait des chefs-d'œuvre. Les Romains cherchèrent constamment des dédommagemens à cette pauvreté et à cette froideur, cependant l'écorce seule s'embellit; les dehors devinrent trompeurs et sortirent de la convenance. Les alléchemens, la profusion d'ornemens et la quantité, devinrent pour eux un besoin et une routine, et ils s'accoutumèrent à préférer au goût pur et simple de l'Attique leur goût national et composé. Leurs mœurs, corrompues parles conquêtes de l'Asie, se retrouvèrent dans leurs arts : la pompe romaine dicta des lois à la sculpture et à la peinture; et, malgré les philosophes et les savans, qui allaient étudier à Athènes, comme les Athéniens étudiaient autrefois à Memphis et àThèbes, le goût fastueux

* Du tcms même de saint Jcan-Chrysostôme, qui florissait sous Pempcreur Théodose, les athlètes e'taient encore tous nus et se tenaient debout expose'saux rayons du soleil. C'est ce que nous apprend ce père de reglisc,qui ajoute qu'on exigeait d'eux des preuves publiques de bonnes mœurs.

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triompha de la simple naïveté, et le style des antiques écoles commença à disparaître. Alors les dieux et les héros d'Homère, figurés jadis par les arts, n'avaient plus pour eux la même majesté; le type des Phidias n'était plus dans les mœurs; et, lorsque Pline nous dit que de son tems il y avait encore des artistes aussi habiles que dans l'antiquité, nous sommes portés à croire que cette opinion participait déjà de l'influence du tems, influence dont il était bien difficile de se garantir. Enfin, sans en chercher les effets parmi tant d'hommes célèbres d'alors, je ne citerai que quelques mots de Quintilien, qui au reste, tout élève qu'il était des Grecs, ne connaissait rien de plus admirable que le costume des triomphateurs romains de son tems. « Nom j» ne saurions, dit-il, avoir la simplicité, la délicatesse des ï» Grecs; ayons plus de force. Ils l'emportent sur nou^ » en légèreté de style ; donnons plus de poids à nos pa~ » rôles. La propriété des termes est plus en leur pouvoir; » surpassons-les dans la pompe et la richesse. (Quintil. » hist. Oratio. L. 12. C. 10). r> Ailleurs Quintilien, en recommandant la simplicité et la retenue dans la prononciation et le geste, ajoute : « Cependant une action un )) peu chargée de mouvemens est du goût d'aujourd'hui ; » on l'exige même, et en quelques endroits elle convient » assez {Inst. Oratio. L. 11, C, 5). » Les types si touchans et toujours naturels des Grecs furent donc abandonnés peu à peu pour la richesse, la magnificence des combinaisons et le goût d'apparat; l'art prit, malgré son reste de grandeur, un caractère de dégradation.

Les artistes grecs, dépendans des Romains, conformèrent donc à la fin leur style et leur manière au style et la manière de leurs maîtres. Ces Grecs n'étaient plus

des artistes chastes et incorruptibles, fiers de leur austérité, passionnés pour la perfection et k simplicité; mais on les vit, s'éloignant peu à peu des antiques écoles et des premiers modèles déjà moins considérés, ambitionner des suffrages d'une autre espèce. Il fallait plaire aux Romains, servir leur faste, peupler leurs palais de divinités romaines, de héros romains, défigures à la romaine. Le but ne fut plus d'égaler les anciens ; le but fut de plaire aux modernes, à l'aide des leçons des anciens, leçons qui furent, pour ainsi dire, malgré les Romains, le soutien et la sauve-garde de l'art. Cette disposition des Romains, pour les qualités secondaires des arts, était manifeste; et Suétone nous dit positivement, en parlant même du tems d'Auguste, que sous cet empereur. Mécène aimait dans le style, l'orné, le doux et l'agréable.

Ainsi il y eut une époque déterminée où cette influence remarquable établit la ligne de démarcation qui sépare le style grec pur du style grec romain, démarcation qu'il me semble très-essentiel, pour notre étude, de signaler et de distinguer. Cependant, si nous persistons à suivre ce seul art grec exclusivement jusqu'à la fin et à travers les écoles romaines, nous verrons qu'il ne s'est point corrompu et qu'en vieillissant il est retourné à son état d'innocence. Lors donc que l'art fut altéré, chargé et corrompu par les Romains et par les peuples du Nord, on peut dire qu'il n'était plus lui-même et que c'était un art étranger. Mais en Grèce, dans sa terre natale, ses productions les plus languissantes attestèrent toujours la pureté de son origine. En effet, dans le i5® et le 16^ siècle même, les représentations faîtes à Constantinople, à Rome, à Venise, à Ravenne, etc. par des Grecs qu'on y appelait de la Grèce,

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étalent des images fort resssemblantes à celles des premiers âges de l'art grec. Les apôtres, qui sont si souvent représentés accompagnant Dieu et la Vierge , toutes les grandes images exécutées en mosaïque ou autrement sur les absides des anciennes basiliques, sont plus semblables qu'on ne pense aux premières productions des tems de Dibutade et des Dédales, tandis que l'art, exclusivement romain, se dégrada, se dénatura véritablement. Toutefois, si l'on voulait discerner et trier, pour ainsi dire, cet art grec fondu dans l'art romain, il faudrait pouvoir étudier une suite de monumens exclusivement grecs et exécutés hors de l'Italie.

Si parmi les écrivains anciens qui ont dû manifester leurs regrets sur la décadence de l'art, nous ne connaissons pas ceux qui se sont expliqués en particulier et en termes techniques, nous avons au moins les écrits de ceux qui ont employé des termes généraux pour la même fin. Vitruve s'exprime un peu plus positivement, parce qu'il était artiste lui-même et familier par conséquent avec le langage de l'art, ce qui nous prouve que les écrits perdus des artistes anciens nous auraient beaucoup éclairés sur différons points de critique et principalement sur cet abandon des antiques qualités de l'art.

Voici ce que Pétrone écrivait 5o ans avant J.-G. : « Au- » trefois les arts étaient dans toute leur force, et c'était un » beau combat que celui des hommes qui ne voulaient rien » laisser à découvrir aux siècles à venir. Lysippe mourut » pauvre, parce que dans ses statues la correction d'un » seul contour l'arrêtait (Ljsippum statuœ unius linea- )) mentis inhœrentcm) . Myron, qui savait renfermer dans » ses figures en bronze l'ame et la vie de ses modèles

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* (Qut penè homi?iurn animas ferarumque œre comprc- » henderat), n'eut point d'héritiers. Mais de notre tems, » enfoncés dans les plaisirs de la table et de la débauche, » nous ignorons ces mêmes beaux-arts et nous critiquons » les productions des anciens. L'argent fait tout, et un » lingot d'or paraît bien plus beau que toutes les pro- » ductions de Phidias et d'Apelle, que nous appelons de » petits Grecs qui n'en savaient pas bien long. »

Quant à Pline, voici comment il s'exprime au sujet de la peinture (L. 35. C. i) : « Cet art était autrefois très-noble, » dit-il, lorsque les rois et les républiques l'honoraient à » l'envi et qu'on n'était dans l'usage de peindre que des

* personnes dignes de la postérité. Mais aujourd'hui, ce » même art est expulsé par la manie des marbres et quel- » quefois remplacé par l'or même... Les portraits aujour- » d'hui représentent moins l'effigie vivante des personnes » que leur luxe et leur opulence {id. id.). La molesse » des jnœurs a perdu les arts, et, parce qu'on négligea » l'image de l'ame, on a négligé aussi celle des corps {Ar- » tes desîdia perdidit : et quoniam animorum imagines » non simt, negliguntur etiam corporum). »

On trouve çà et là dans les auteurs des expressions de regrets sur cet état de l'art. C'est ainsi que Plutarque dit que sous Domitien on gâta à Rome, en les voulant polir, des colonnes de marbre pentélique travaillées à Athènes.

Enfin, malgré quelques exceptions, on doit reconnaître que chez les Romains le caractère général de l'art consiste principalement dans la disposition toujours calculée pour produire un certain luxe de parure, une certaine élégance pompeuse et trop souvent magnifique. Tout ce calcul dans la disposition et dans l'arran-

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gement, outre qu'il est trop apparent, semble n'avoir été acheté qu'aux prix de la naïveté et des finesses naturelles. Les Grecs cherchaient la grâce dans la vie et dans la simplicité : les Romains paraissent n'avoir cherché la grâce et le beau que dans les combinaisons optiques, en sorte qu'on vit Rome surchargée de sculptures molles et arrondies; sculptures belles, il est vrai, par l'arrangement, et gracieuses par la superficie; sculptures pleines, douces et moelleusement polies, mais dénuées de ce nerf attique qui jadis vivifiait jusqu'à l'épiderme, qui faisait respirer le bronze et semblait rendre l'art plus vivant que la nature.

Les ouvrages des Grecs étaient fins et savans, vifs et délicats : les ouvrages des Romains furent savans avec parade; chauds, mais d'une chaleur artificielle; vigoureux, mais toujours trop ronflans; en sorte qu'on peut exprimer toute cette différence en disant que les Grecs passèrent de l'anatomie, de la mécanique et de la géométrie au beau optique et à la parure de l'aspect, mais qua les Romains commencèrent par l'extérieur et par cette parure de l'aspect, sans avoir ensuite la force de remonter aux longues, aux fortes études de l'anatomie, du mouvement ou de la mécanique du corps humain et de la science des plans. C'est cette disposition toujours belle, toujours noble, si souvent convenable dans les ouvrages romains, qui a fait penser qu'il n'y avait d'autre différence entre l'art grec et l'art romain, que cette finesse, cette naïveté qui tenait, dit-on, aux mœurs et à la différence de$ artistes. Mais tout observateur éclairé reconnaît que ces statues grecques, si vives, si charmantes par le naturel, ont été mesurées cent fois d'après la nature, ont été exécutées avec un scrupule savant; que, voulant le fond et non la super-

ficie seulement, voulant le dessous et non l'écorce, les artistes grecs parvenaient, à force de méthode et de savoir, à rendre animés le marbre et l'airain , tandis que les Romains n'aspiraient qu'à paraître grands et imposans au dehors par la belle disposition et le travail suave des formes.

Aussi tous les critiques ont -ils raisonné à peu près comme Winckelmann, qu'il nous faut citer ici : « Les ar- » tistes romains, dit-il, peuvent néanmoins se glorifier d'a- » voir conservé leur grandeur, même dans les tems où » l'art était le plus sur son déclin. Le génie de leurs pères » ne les avait pas entièrement abandonnés. On voit des » ouvrages médiocres de ces derniers tems, travaillés en- » core d'après la maxime des grands maîtres. Les airs de » tête conservent l'idée générale de l'antique beauté. La » position, l'attitude, l'ajustement des figures, décèlent 7) toujours les vestiges d'une beauté pure et simple. Cette » élégance recherchée, cette grâce affectée et mal enten- D tendue, cette souplesse contournée et outrée, dont sou- » vent les meilleurs ouvrages des sculpteurs modernes ne » sont point exempts, n'ont jamais été capables d'éblouir » l'ésprit des anciens. Nous trouvons même quelques sta- » tues excellentes qui sont du troisième siècle, à en juger » par l'ajustement des cheveux, et qu'on peut regarder » comme des copies faites d'après des ouvrages plus an- » ciens. Il se trouvait donc des artistes capables de bien » copier les belles figures des premiers maîtres. » Il n'est pas hors de propos de faire remarquer qu'on dut le plus souvent, pour les copies, faire choix d'originaux d'un bel ensemble et dont le bon effet pût subsister malgré Fincorrection du copiste, les statuaires devant redouter do répéter les originaux sévères des Polyclète et des Myron.

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Le Style de l'art à Rome peut se diviser en plusieurs périodes, mais je ne crois pas que cette subdivision soit très-utile aux artistes. Si l'étude des nuances de l'art à cette époque est instructive, c'est par l'examen seulement des défauts qui corrompaient l'art de plus en plus à Rome, et non par l'étude de quelques nouvelles qualités, puisque les Grecs avaient rendu l'art complet. Cette subdivision des caractères de l'art à Rome me semble donc appartenir plutôt à l'archéologie qu'à la théorie de l'art. Cependant je ne doute point qu'une étude approfondie des monumens romains ou exécutés à Rome, ne fasse parvenir un jour quelque savant à distinguer nettement les nuances de ces styles qui doivent offrir en effet des caractères sensibles ; ces classifications serviront probablement plus tard à enrichir l'histoire de l'art.

Outre les indices généraux fournis par l'art proprement dit, tels que le style, la méthode de choisir et d'exprimer les mouvemens et les formes, l'anatomie, etc. , moyens que nous venons de considérer dans nos observations précédentes, on peut encore reconnaître et distinguer des âges différons dans les ouvrages d'art faits à Rome, en remarquant soit la manœuvre du statuaire, telle que la méthode de fouiller le marbre, de traiter les cheveux, la barbe, etc. , de conduire le ciseau sur le nu et d'exécuter les phs, soit la façon de rendre certaines parties que la matière doit exprimer par des procédés conventionnels et plus ou moins arbitraires, comme les yeux, les prunelles, les paupières et quelques accessoires enfin. Toutes ces méthodes ont dû être diversement et généralement adoptées à certaines époques. Les connaisseurs savent à l'inspection du style des coiffures, à la forme de certains accès-

soires, aux draperies, etc., distinguer une antique du 2*^ du 3*^ ou du 4*^ siècle, comme les lexicographes distinguent l'âge des manuscrits. Mais ces recherches, qui sont fort étendues, appartiennent à la sculpture et à l'archéologie.

Cependant, je vais extraire de l'histoire de Winckelmann quelques observations relatives à ces questions que personne , je crois , n'avait abordées avant lui. « Sous » Adrien, dit-il, le style devint plus fini, plus pur, plus re- »» cherché que sous les premiers empereurs. Les cheveux » sont plus travaillés, plus unis, plus détachés; les cils » sont relevés ; les pupilles sont indiquées par un trou pro- » fond, usage rare avant ce prince et fréquent après lui... » Le style, sous Adrien, perdit de ce sublime qu'on avait » appris chez les Grecs; mais étant grand néanmoins, il » a eu des admirateurs. De même, on préfère quelquefois » Pline à Cicéron, Velléïus à Tite-Live. L'art continua » sous les Antonins et diminua sous Sévère. On voit ce- V pendant d'excellentes têtes sous Caracalla. On faisait j) alors plus de bustes que de statues. Sous Tibère et sous » Claude, le mérite des portraits va en diminuant. Enfin 1» sous Alexandre Sévère commence une nouvelle manière » qui tombe dans le grossier. Les pupilles sont plus creu- » sées ; les fronts sillonnés ; les figures des femmes et des » enfans sont sèches et languissantes. L'art déclinait » donc et tombait insensiblement. » Selon Visconti, on peut dire, au sujet d'un buste de Pupien, ouvrage du 3* siècle et qu'on voit au musée de Paris, n^ 79, que c'est le dernier portrait excellent dans la série des empereurs.

11 y aurait bien des réflexions à faire au sujet de ces diverses assertions ; la matière est nouvelle, et peu d'antiquaires, je le répète, sont assez familiers avec le tech-

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nique de Tart, pour prononcer précisément sur ces divers points particuliers. Je ne puis m'empêcher de donner ici une idée du malentendu fâcheux que produit si souvent cette ignorance de la vraie théorie et de la technie des beaux-arts. Je crois donc devoir signaler l'étonnement qui se propage chez tant de curieux en antiquités, au sujet de la prétendue beauté et perfection des bustes romains, perfection qu'ils désignent indiscrètement dans leurs éloges par les mots de travail précieux, fini parfait, etc. Ils prodiguent aussi ces éloges, au sujet des médailles, des pierres gravées et des camées exécutées dans le même tems que ces bustes. La cause de cet étonnement, selon eux, c'est l'état de décadence des arts sous les empereurs ; décadence qu'il me semble inconséquent de leur part d'avouer, mais qu'il leur serait trop difficile de contester.

Winckelmann leur sert d'autorité, et cependant toute la raison qu'il donne de cette prétendue excellence, c'est que « le tems étant venu où l'on fit moins de statues nou- » velles, à cause du grand nombre des anciennes, la prin- » cipale occupation des artistes fut de sculpter des têtes » et des bustes (Hist. de l'Art. L. 4* C. 6). » Caylus et d'autres cherchent encore, hors de la vérité, la cause de cette perfection; j'emploie ce mot, puisque ces admirateurs emploient celui de prodiges d'exécution, prodiges de l'art, beauté parfaite, etc. à propos de certains bustes, par exemple, deLucius-Verus, deMarc-Aurèle, etc. D'autres, après Caylus , voulurent pénétrer plus avant dans cette cause prétendue. Ils rappelèrent donc l'usage où étaient les Romains d'orner leurs bibliothèques, leurs bains, leurs jardins, leurs chemins de bustes, de thermes, d'hermèsde toute espèce. Jusque là cette admiration assez vague ne

produit que peu de dommage h l'art; mais une assertion précise de Winckelmann n'est-elle pas funeste? « Peut- » être, dit- il, que Lysippe n'aurait pas mieux fait la tête » de Caracalla-Farnèse : toute la dilTérence qu'il y a, c'est » que le maître qui fit ce buste n'aurait pas été capable ï» de faire une figure comme Lysippe. » Or je prétends et j'affirme que Lysippe eût bien autrement fait, je veux dire qu'il eût fait infiniment mieux cette tête de CaracalIa.

Mais n'en restons pas à ce rapprochement sans nous expliquer encore. D'oii vient cette prévention, si ce n'est de ce que ces critiques n'ont pas acquis l'idée distincte des conditions de fini, poli, soin de l'outil, finesse ou ténuité, délicatesse ou minutie sans caractères? Comment se fait-il que ces mêmes curieux qui blâment tous les jours les personnes dupes de ce poli, de cette ténuité sur des ouvrages modernes souvent si misérables, si peinés et si mesquins, soient dupes eux-mêmes, à propos d'ouvrages romains, par cela seul qu'ils effilent une convenance qui satisfait, une dignité qui impose et une disposition toujours belle ? Ils savent pourtant que quatre coups d'un ciseau éloquent en disent souvent plus que la râpe ou la ponce. Et d'ailleurs ces critiques n'ont-ils pu, à propos de peinture, comparer la touche animée et significative de Téniers, au poli monotone de Miéris ou h la propreté toute de glace de Wanderwerf ? Considérons donc les indications émises par Winckelmann comme des aperçus propres à nous donner l'éveil et à nous exciter vers cette étude, sur laquelle nous n'avons vu faire jusqu'à présent que des réflexions générales. C'est ainsi que M. de Châteaubriant dit avec beaucoup de justesse : « Tout ce que les empereurs ont touché à Athènes se re-

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)> connaît au premier coup-d'œil et forme un disparate )) sensible avec les chefs-d'œuvre du siècle de Périclès. »

Toute cette critique que nous venons de faire du goût romain en faveur du gout grec, nous a donc paru d'autant plus nécessaire que la grandeur et la magnificence de l'art romain semblent le mettre a l'abri des attaques que les observateurs pourraient lui porter

Maintenant citons quelques monumens. Voici ce que Winckelmann dit de la statue long-tems appelée l'Antinous du Belvédère, figure en marbre de Paros, trouvée à Rome sous le pontificat de Paul III, qui la jugea digne d'être placée au Belvédère du Vatican, près de l'Apollon et du Laocoon. Ce fut elle que Poussin, à ce que les livres répètent, étudia sous le rapport des proportions : « Cette » figure, qui représente plutôt un Méléagre, est mise » avec raison au nombre des statues de la première classe, )) plus néanmoins pour la beauté de ses détails, que pour

* A Rome, au premier coup-d'œil, Pe'tranger distingue les monumens antiques des modernes, non par leur ctat de ruine, mais par cette grandeur imposante qui forme un disparate sensible avec les e'difices modernes , en sorte que, si pour mieux observer ce spectacle, on se place sur le mont Janicuie, non loin de la magnifique fontaine Pauline, auprès de laquelle toutes les fontaines publiques de Paris ne paraîtraient que de misérables robinets, on n'est frappé que des masses antiques du temple de la Paix, duColysée, de la voûte du Panthéon, etc. Ce sont des géans, et les palais Farnèse, Barbérini, les églises St-André, S^-Pierre même, semblent autant de Pygmées enjolivés. Mais où en sommes-nous donc en France, par exemple ? Rome moderne, comparée à Paris, est une ville magnifique par ses églises, par ses palais, auprès desquels les hôtels du faubourg St-Germain sont de tristes et monotones casernes, et nos plus belles églises de chélifs monumens. Que de Paris on aille ensuite faire des comparaisons à Rouen, à Lyon et dans presque toutes les villes de France; quelle dégradation ! Et cepend„ant Thèbes, Memphis, Babylone, imposaient encore plus qu'Athènes, qui elle-même était si supérieure à Rome.

la perfection de l'ensemble. Les jambes et les pieds, ainsi que le bas-ventre, ne répondent point, quant à la forme et à l'exécution, au reste de cette figure. La tête est, sans contredit, une des plus belles têtes de jeune homme qui nous soit parvenue de l'antiquité. La fierté et la majesté régnent sur le visage de l'Apollon; mais la physionomie du Méléagre nous offre l'image des grâces de l'aimable jeunesse et de la beauté du bel âge, accompagnée de l'innocence qu'anime une douce sensibilité sans mélange d'aucune passion capable d'altérer la paix de l'ame et l'harmonie des parties. La position et toute l'attitude de cette noble figure marquent ce calme profond, cette jouissance de soi-même, effet d'un recueillement tel, que les sens ne paraissent plus avoir rien de commun avec les objets extérieurs. Ses yeux ont la courbure modérée de ceux de la déesse des Amours; ils expriment la candeur et l'innocence et ne montrent aucun désir. Sa bouche, qui réunit une juste petitesse et la forme la plus agréable, inspire une quantité d'émotions sans paraître les ressentir. Ses joues, nourries et embellies par les Grâces, forment un heureux accord avec son menton plein et saillant, et terminent le contour gracieux de ce bel adolescent. Cependant son front indique plus qu'un jeune homme; semblable à celui d'Hercule jeune, il annonce le héros futur par la grandeur imposante avec laquelle il se développe. Sa poitrine élevée présage la force. Ses épaules, ses côtes, ses hanches sont d'une beauté achevée, mais ses jambes n'ont point cette belle forme qu'exigerait un tel corps. Ses pieds sont d'une exécution grossière et le nombril est à peine indiqué. »

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Ce qui a déterminé Winckelmann à choisir cette figure pour sujet d'une description poétique, c'est qu'elle offre un bel aspect, c'est que la donnée en est excellente et bien conservée, et que la morbidesse, le grandiose des formes, le poli éclatant de l'ouvrage, ainsi que sa grande dimension, produisent un effet imposant. Cependant il y a une observation à faire ici, c'est que si l'on n'écoutait jamais que son propre goût et ses propres sensations pour faire un choix parmi les monumens, on préférerait toujours les productions où les qualités dont nous venons de parler sont très-évidentes ; mais quand il s'agit d'étudier l'art, il faut pourtant se servir aussi d'un autre moyen surajouté au sentiment, et ce moyen c'est celui de la connaissance des parties de l'art. Ainsi, Winckelmann qui ne cite point avec le même éloge le célèbre groupe du Méléagre du même musée, semble avoir été séduit par un espèce d'appât qui l'attachait à la première de ces deux figures.

Je dirai donc en passant que cette figure de Méléagre ayant la hure du sanglier à ses côtés et à ses pieds le chien fidèle, est une des plus belles productions que nous ayons de l'art grec; qu'elle est plus simple d'exécution, c'est-à-dire moins chargée, moins arrondie que le Mercure^ dit r Antinous, dont Winckelmann vient de faire la description; qu'elle est même plus vraie, plus fine et plus dans le goût attique que l'autre, tout en offrant une composition aussi heureuse et aussi agréable. Je pense enfin que ce groupe doit être une fort bonne copie antique d'après un très-célèbre original. Cette statue en marbre du mont Hymète, existait à Rome sous Paul III ; c'est Clément XIV qui la fit placer au Vatican. Nous ne connaissons aucune citation qui puisse nous indiquer l'auteur d'une figure de

Méléagre en repos. Cependant Pline cite plusieurs statuaires qui avaient représenté des chasseurs : Euthycrate, élève de Lysippe, fit la statue du chasseur Thespis. Protogène représenta Jalysus, etc. La donnée de ce dernier groupe n'est pas indigne de ce grand peintre et a du rapport avec le style qu'on peut supposer aux artistes de son tems.

Je citerai encore le Mercure ou Antinous du Capitole, connu long-tems en France sous le nom de l' Antin. J e crois essentiel de rappeler cette figure, parce qu'elle est tous les jours offerte comme modèle dans les écoles, et que les empreintes en sont très-multipliées. Il n'y a pas de doute que c'est la plénitude des formes et une assez grande harmonie dans cette figure fort simple qui l'ont fait autant considérer. Cependant, indépendamment de la certitude que l'on avait que cette statue du favori d'Adrien n'était point un ouvrage des beaux tems de l'art grec, on aurait dû y reconnaître une certaine pesanteur et quelque chose de froid et d'engorgé qui s'éloigne du goût vif et trèsanimé de l'école grecque. Cette figure est loin d'offrir tous les signes ostensibles de la vie et d'indiquer avec propriété l'aptitude aux fonctions d'un parfait adolescent. Peutêtre a-t-on voulu exprimer une certaine langueur indolente dans cet individu. Mais si l'on se représente ce jeune homme au milieu des jeux, déployant ses membres arrondis dans les brillans exercices de son âge, on ne retrouve pas ce mécanisme harmonieux, cette liberté des articulations, ce jeu naïf et libre de la tête sur le cou et du cou sur la poitrine, etc. L'artiste s'est encore arrêté à l'écorce, à la plénitude, à la rondeur; et il a négligé le dessouset la vie. Les joues toutes belles et toutes virginales qu'elles soient, ne sont pas, a beaucoup près, aussi vraies que les

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joues de la mère des Niobés, ni que celles de sa plus jeune fille.

Visconti a dit : « Annoncer un portrait d'Antinous, » c'est annoncer un ouvrage de mérite. » Cette assertion ne serait pas du goût de tous les connaisseurs en antiques. Ailleurs, au sujet du bas-relief d'Antinous de la villa Albani, si remarquable par sa dimension et son beau poli, il dit : « C'est un des plus beaux ouvrages qui nous restent 7> dans le genre des bas-reliefs; la pureté des formes y est » alliée au style le plus gracieux et relevée par le plus » beau fini. Ce bas-relief faisait le plus bel ornement de » la villa Albani. j>

Je répéterai donc, au sujet de cette opinion et de cet éloge peu motivé, que si la sculpture, sous Adrien, offre en effet des ouvrages dont la disposition produit un beau spectacle, dont le grandiose est imposant, dont le travail suave et moelleux a quelque chose de séduisant par son beau poli, il n'en est pas moins vrai que, depuis Praxitèle jusqu'à l'influence du goût romain, ces mêmes qualités n'étaient jamais seules dominantes, et que la correction, la vivacité et la science du nu et des plans, science provenant des exemples de Phidias , de Polyclète , etc. , étaient réellement les ornemens principaux de tous les ouvrages peints et sculptés. Ainsi j'ose affirmer que la tête des Niobés, et, pour remonter au style si imposant des écoles très-antiques, que les têtes mêmes des Dioscures de Monte-Cavallo sont au fait plus vraies et plus grandes de caractère, et tout aussi finies, que ces Antinoiis dont le style est, il faut le dire, pesant, pour être grave; lisse et froid, pour être châtié; et plein d'enflure enfin, pour paraître sain et vigoureux.

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