TOME II
Pausanins est plus réscrs^é sur ce point que nos antiquaires modernes, car il avait une occasion de témoigner son admiration pour des images d'Antinous, et cependant il en parle sans louanges. « A Mantinée, dit-il (L. 8. C. 9), » il y a une maison où Ton conserve des statues d'Anti- » noiis; cette maison est à voir pour la beauté du marbre » dont elle est ornée et pour ses peintures. Antinous y est » peint en plusieurs endroits sous la forme de Bacchus. j> Pausanias ne nous cite point le nom du peintre et ne parle point du caractère artistique de ces peintures , qui au surplus devaient être toutes semblables aux statues que nous avons de ce Bythinien, statues qui, comme nous venons de le dire, sont grandioses, moelleuses et d'une belle décoration, mais que Polyclète eût appelées des fantômes sans existence et sans naturel.
Encore une remarque. Quelques bustes de Lucius-Verus, sculptés un demi-siècle après ces Antinous, font voir un luxe d'outil et une exécution particulière très-recherchée, ainsi qu'une rare dextérité dans l'imitation des cheveux et de la barbe. La villa Borghèse possédait une tête colossale de cet empereur (on la voit aujourd'hui sous le n° i4o au musée de Paris). Mais cette perfection même en cette partie, cette adresse nouvelle peut-être, n'est point un perfectionnement de l'art. Rien, si ce n'est l'obligation où étaient les artistes de flatter la vanité de cet empereur qui, malgré ses traits peu conformes à la vraie régularité, prétendait à la beauté, n'a pu justifier cette recherche. Pourquoi les Grecs n'ont-ils pas ainsi frisotté le marbre et les poils d'une barbe crépue ? C'est que c'eût été produire un défaut d'unité dans le spectacle, dans l'imitation et dans la matière même; c'est que des cheveux ainsi trailés fe-
STYLE DE l'art ROMAIN» 7^ PKRIODE.
raient exiger une finesse, une vérité indicible dans l'imitation des chairs. Aussi voyons-nous que ces paupières, €e globe de l'œil, ces narines de Lucius-Verus ne sont que grossières, bien que lisses et polies, et que ces dissonances indiquent au prime abord la dégradation de l'art.
C'est surtout dans cette dernière période de l'art que furent exécutées à Rome ces milliers de statues, d'autels, de sarcophages, de grands bas-reliefs si communs même encore aujourd'hui. Qui n'aperçoit pas au premier coupd'œil la physionomie de cette sculpture romaine si différente de la sculpture grecque ? Les figures de la colonne trajane et surtout de la colonne antonine, ne sont-elles pas d'un langage, d'un accent tout différent de celui de Phidias ou de Polyclète? Toutes ces statues trouvées à Gabies ne semblent-elles pas sorties d'une fabrique plutôt que des ateliers de statuaires savans et très-habiles ? Ophélion a inscrit son nom sur une statue qu'on voit au musée de Paris, n° i5o, et selon les érudits cette figure offre les traits de Sextus Pompée : mais, si elle fut faite du vivant de cet illustre Romain, l'art était déjà fort influencé un demi-siècle avant notre ère; et, si elle ne fut exécutée que plus tard, elle n'est qu'une copie arrangée à la romaine d'un original qui, ayant paru avant la décadence manifeste de l'art, devait se distinguer encore par le style et la savante exécution qui illustraient alors les Olympiosthène, les Strongilion dans la statuaire, les Dioscouride dans la gravure, et les Timomaque dans la peinture.
Toutes les copies romaines d'après les ouvrages classiques, ont dû offrir de très-infidèles répétitions du fameux style original, et on peut dire cela, malgré le mérite des copistes et peut-être malgré certaines qualités non emprun-
tées à ces originaux. Par exemple, si l'Enfant à l'oie est une copie d'après Boéthus, carthaginois , émule de Mentor lors du plus beau tems de l'art , elle est certainement arrondie et adoucie par un ciseau romain. Je doute fort que Ménodore qui copia dans le premier siècle de notre ère le Cupidon de Praxitèle, et que Dorothée qui dans le même tems remplaça par une peinture de sa main la Vénus d'Apelle, aient fait connaître dans ces copies Apelle et Praxitèle.
Cependant il peut se faire que, le déclin de l'art ayant été aperçu, on ait eu recours aux fortes leçons antiques et aux études sévères des premières écoles grecques; mais il fallait comprendre ces leçons et pénétrer dans ces études. On nous dit que Trajan établit des écoles propres à épurer et à vivifier l'art ; rien pourtant dans la sculpture de son tems n'annonce de salutaires réformes : il ne faut pas croire sur ce point délicat à quelques mots des historiens. C'est ainsi que cet Arcésilaiis, que Pline appelle peintre sévère et brillant, était peut-être fort éloigné de la route antique de Protogène et de Nicomaque.
Si donc on voulait citer un monument exécuté dans ces derniers tems de l'art et portant l'empreinte de l'école grecque, c'est-à-dire du style simple, réservé et caractérisé par la finesse des mouvemens, on pourrait le signaler dans la figure assez froide d'ailleurs de Julien l'apostat qu'on possède à Paris '. Mais d'autres antiques de cet âge, et que je ne connais pas, offrent probablement ce carac-
* On a iaiaginé fort heureusement de placer à Paris, dans les thermes de cet empereur, cette statue, qui était restée dans l'oubli, chez un marbrier. Les restes de ces thermes, situés rue de la Harpe, viennent d'être restaurés.
STYLE DJS l'aBT ROMAIN. 7* PÉRIODE.
tère et cette preuve d'un retour tenté vers la simplicité. Au reste, cette critique, que dans l'intérêt de l'art j'ai cru devoir entreprendre au sujet de l'influence romaine, peut se comprendre encore mieux, si on examine nos copies modernes d'ouvrages anciens faites dans le 1 7^ et le 1 8* siècle, copies qui décorent nos jardins et nos palais. Ce poli froid et sans vie, cet outil énervé et pesant, cette prétention à l'effet et non à l'imitation de la nature, frappent, j'imagine, les observateurs les moins exercés. Mais peut-être existet-il quelque copie, soit de l'antique statue du Tireur d'épine, soit de quelqu'autre ouvrage sévère et de haut style. Cette comparaison serait une preuve suffisante sur ce point, de même que nous en avons une dans des copies médiocres du Discobole de Naucydès, copies si inférieures à celle du Vatican. Deux statues, qu'on voit sur le pallier de l'escalier du musée de Paris, servent encore à démontrer la grande influence qui sépare les productions grecques des productions romaines ; ces statues, copies du même original, représentent un jeune vainqueur en repos, le pied élevé et posé sur la borne qui peut-être sert début dans l'arène : l'une des deux, de travail grec, semble respirer; l'autre, de travail romain, est froide et sans agilité, quand on la compare à la première.
HISTOIRE Bli LA PEINTURE.