Traité complet de la peinture
Vjette suite de l'histoire de la peinture comprend l'intervalle écoulé depuis Constantin, vers Tan 5oo de notre ère, jusqu'à i'an i3oo environ, époque où Cimabue est nommé le premier parmi les peintres modernes. Ainsi, l'art considéré pendant cet intervalle de dix siècles, est appelé art du moyen âge. Les auteurs qui ont écrit sur l'histoire de l'art, la reprennent volontiers à cette époque de Constantin, poursuivant leurs recherches plus ou moins avant dans le i4" et le i5e siècle : cependant il est indispensable de circonscrire l'époque dite du moyen âge, et il convient assez, je crois, d'en établir la démarcation ou la fin au tems de Cimabue qui n'acquit en 1240, bien que cette démarcation soit contestable, puisque l'intervalle du moyen âge peut être considéré comme se pro- TOME ni. 1
«i HISTOIRE DE LA PEINTURE.
longeant plus ou moins dans la période de l'art primitif moderne. Il nous faut donc observer ici Fart dans cette période de mille ans et en étudier le caractère nonseulement à Constantinople, mais à Rome, à Venise, à Florence et dans le nord de l'Europe.
C'est depuis peu que quelques écrivains ont tourné leurs vues vers cette époque de l'histoire de l'art. L'abandon où l'on avait laissé ce point historique, provenait autant de ^obscurité de la matière, que du dédain peu réfléchi qu'on affectait pour les productions de la peinture et de la sculpture, entièrement dégradées, disait-on, dans ces âges de barbarie. Il est évident néanmoins que l'analyse de l'art dans le moyen âge se rattache nécessairement et à la théorie et à l'histoire complète et générale de l'art, et c'est cette considération qui, jointe au retour des esprits vers des idées plus vraies, a probablement engagé plusieurs savans modernes à s'occuper enfin de ce travail. Je vais tâcher de démontrer que dans les âges de barbarie la peinture s'est toujours retranchée à l'abri des antiques docutnens, et qu'elle n'a jamais perdu sa dignité dans son appauvrissement. Cette même démonstration me servira à prouver aussi que c'est en abandonnant ces mêmes documens antiques et en quittant pour des styles réellement barbares le costume simple et héroïque et tout le caractère de l'antiquité conservé jusque dans le moyen âge, que chez les modernes la peinture a perdu cette élévation sans laquelle elle ne peut plus arriver à sa première destination.
* Lorsque nous arrêtons nos regards vers les tems malheureux où les beaux pays de l'Orient et du Midi gémissaient sous la barbarie, nous ne pouvons guère attribuer