PEINTURE BANS LE MOYEN AGE
à des causes d'orgueil et de mépris pour les règles antiques les nouvelles calamités de la peinture. Les vanités nationales n'avaient plus d'empire. On s'occupa à ces époques fâcheuses plutôt de recueillir les débris des arts que d'y ajouter de prétendues perfections, et cette respectueuse modestie, qui ne fut pas sans quelques effets, puisqu'elle ramenait les âges de simplicité, prépara la gloire des Léonard et des Raphaël. On vit renaître dans ces tems déjà Lien reculés pour nous, le besoin d'honorer de nouveau la belle antiquité; celui de la goûter fut unanimement reconnu, et la simple nature se vit encore une fois aimée et chérie. On s'efforça de lui ravir son ingénuité, ses expressions, son calme et sa vivacité ; l'influence des événemens était le seul obstacle. Les sciences n'étaient point étudiées , il est vrai , mais les cœurs étaient plus sains; les esprits étaient moins cultivés, mais le bon sens en avait d'autant plus de force; en un mot, cet état de l'art laissait tout à espérer et rien à redouter pour ses progrès. Ce fut dans ces tems de langueur que les consolations de la peinture vinrent adoucir l'amertume des cœurs. Il était doux d'en cultiver le^ fruits bienfaisans, et la religion, quand elle se trouvait garantie du fléau des persécutions, l'employait pour célébrer ses triomphes. Les temples, les cimetières saints, les monastères lui ouvrirent leurs asiles sacrés. L'art de peindre des tableaux portatifs fut surtout propagé, et depuis Gonstantinople jusqu'à Rome, depuis Rome jusqu'au fond du Nord, on vit partout les images des saints, des apôtres, celles de Dieu et la représentation des mystères divins. Tant d'efforts secondés par la protection des conciles, tant d'images édifiantes et multipliées pour remédier aux ravages des Ico-
noclastes, en un mot tant de zèle et de simplicité ont dû produire quelques essais précieux. Les débris des arts recueillis, les plus anciennes peintures et sculptures du christianisme étudiées, et l'exemple même pris dans les monumens du paganisme récemment anéanti, tout devait entretenir les peintres de ce tems dans un sentiment de candeur et même de dignité.
Quel ridicule aurions-nous le droit de jeter sur ces premières expressions d'une gratitude naïve et d'une religion naissante ? Quelle critique inconséquente et fausse serait celle des modernes qui, proclamant Raphaël comme le prince de leurs peintres, refuseraient de reconnaître pour utiles et précieux ces mêmes modèles qui ont éclairé et guidé les premiers pas de ce grand homme, modèles qui eux-mêmes dérivaient des inappréciables sources de l'antiquité ?
Ceux-là donc sont dans l'erreur, qui confondant tous les tems , tous les styles, n'admettent le sens commun dans les ouvrages de la peinture que depuis les efforts des hommes célèbres du seizième siècle. G'est ici le lieu de faire reconnaître un principe bien évident et bien facile à retenir, savoir que l'art est d'autant plus pur qu'il s'approche le plus des tems antiques, que tout ce qu'il peut avoir acquis en perfectionnement pratique dans les âges subséquens ne le relève et ne l'améliore qu'autant que les artistes ont conservé le respect pour les anciennes doctrines, et qu'enfin si les mœurs et les sociétés des tems postérieurs lui ont restitué son crédit et son activité, il n'en est pas moins vrai que les meilleures productions de l'époque appelée assez improprement époque de la renaissance, sont, comme dans tous les tems, celles dans les-