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DE L'EXPOSITION PUBLIQUE ET PERIODIQUE DES TABLEAUX DES PEINTRES VIVANS.

JLjes expositions publiques et périodiques qu'on a coutume de faire en Europe aujourd'hui, sont -elles d'un grand profit pour l'art ? Voilà une question qui semble devoir être décidée sans difficulté. Cependant, comme elle a besoin d'être considérée sous deux points de vue, elle devient moins facile par cela même. Voici ces deux points de vue. Si la marche de l'art est bonne, il convient d'entretenir l'émulation par les comparaisons publiques et les concours. Si l'art est vicié, il est à craindre que, par ces expositions publiques, le mal ne se propage et ne s'invétère, puisque la rivalité aura pour but d'être ap plaudie et récompensée pour ces vices. Maintenant il ne

s'agit plus que de décider si l'on est dans l'un ou dans l'autre cas, en tel et tel pays de l'Europe; et c'est ce que je ne me charge point de décider.

« De même, a-t-on dit, que nous voyons présentement » qu'il se forme de tems en iems des congrès, où les re- » présentans des rois et des peuples qui composent la «société des nations, s'assemblent, pour terminer des » guerres et pour régler la destinée des états ; de même » il se formait autrefois des assemblées, où ce qu'il y avait » de plus illustre dans la Grèce se rendait, pour juger quel » était le plus grand peintre, le poète le plus touchant ou » le meilleur artiste. C'était là le véritable motif qui atti- » rait tant de monde aux jeux qui se célébraient dans les » différentes villes. Les portiques publics où les poètes » venaient lire leurs vers, où les peintres exposaient leurs » tableaux, étaient les lieux où ce qui s'appelle le monde, » se rassemblait, etc. »

Dans nos expositions aujourd'hui, le public a bien l'intention de juger quel est le plus habile peintre, mais il a beaucoup plus l'intention encore de se divertir de ce spectacle qui intéresse surtout par les représentations des personnages et des mœurs modernes. Au surplus, s'il s'agit de couronner le meilleur tableau, il ne s'agit pas pour cela de couronner le plus habile peintre; car dans un concours le tableau qui est préférable, n'est pas toujours celui du plus habile artiste.

On avait établi dernièrement en France un prix décennal; était-ce au meilleur peintre ou au meilleur tableau qu'il s'agissait de donner ce prix? ire question. En second lieu , s'il se fût agi du meilleur tableau , ce jugement n'eût -il pas été impossible à rendre? Un prix

EXPOSITION DES TABLEAUX DKS-PEIINTRES VIVANS. 4^3

décennal ne saurait être toujours décerne avec équité d'après un seul ouvrage, et on n'a jamais pu décider quel est le meilleur tableau dans toutes les collections de l'Europe. Poussin préférait, dit-on, trois tableaux à Rome et les signalait comme les plus beaux : c'étaient la Transfiguration de Raphaël, la Descente de Croix de Daniel de Volterre, et le S1 Jérôme de Dominichino. Mais on ne dit pas que Poussin en ait rangé un avant les autres.

Tout ce qu'on peut dire qui soit le plus en faveur des expositions publiques des tableaux des peintres vivans, c'est qu'elles ont l'avantage d'exciter l'émulation qui s'éteindrait peut-être dans le calme des ateliers. En effet, chaque artiste redouble d'efforts, lorsqu'il sait que le public doit le comparer immédiatement avec ses rivaux. Mais , je le répète , si les rivaux sont dans une mauvaise route, cette émulation sera un mal de plus pour l'art. D'ailleurs est -il nécessaire, pour mieux entretenir l'émulation, que les comparaisons se fassent dans le même tems et dans le même lieu ? Les jugemens du public sontils donc moins sûrs, lorsque le tems les a mûris ; et la convenance entre le tableau et le lieu ou le site pour lequel est souvent fait ce tableau, convenance que personne ne peut sentir, lorsque l'ouvrage est déplacé, est-elle donc une qualité qui ne doive point être mise dans la balance?

Reynolds a dit : « Celui qui a coutume de vanter son » propre talent au petit cercle d'amis avec lesquels il ;> converse, devient incapable d'exercer assez ses forces, » pour donner une plus grande sphère a sa réputation. » Il contracte l'habitude de se contenter de l'opinion d'un » petit nombre de gens prévenus en sa faveur, et ne veut » plus se départir de la sienne; ce petit cercle d'appro-

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» bation personnelle et de louanges réciproques, est pour » lui le monde entier, dont sa vanité lui fait penser qu'il a » fixé l'admiration, de sorte que toute nouvelle entreprise, » pour parvenir à un plus haut degré de perfection, lui » paraît inutile. » Cette observation est très -juste. En effet, c'est par des comparaisons que peut être détruite la fausse estime que certains artistes ont pour eux-mêmes.

Cependant on ne peut nier qu'il existe une espèce de public particulier et donnant le ton, et que ce public particulier peut flatter les manières vicieuses, parce qu'elles sont brillantes et qu'elles imposent. Dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux que les ouvrages des artistes restassent isolés que de s'offrir tous réunis, pour surprendre comme d'un seul coup, pour séduire et flatter ce public aux yeux duquel l'éclat de la mode, ainsi que les façons du jour, ont tant de charmes ? Mais laissons cette question.

Il convient, je crois, de faire remarquer ici combien est plus grande l'influence des ouvrages des contemporains que celle des maîtres anciens, ce qui fait que l'on retirera ou un grand bien ou un grand mal de ces expositions publiques des ouvrages récens. Plusieurs raisons font qu'un élève ou un artiste est très-vivement frappé des ouvrages de ses contemporains. D'abord, c'est que l'auteur de tel ou tel tableau existe, et qu'il est personnellement connu. En second lieu , c'est que l'artiste espère que l'homme riche qui a bien payé l'ouvrage de tel ou tel peintre, paiera probablement aussi ses propres tableaux, s'il les exécute dans le même genre. Une autre raison ensuite, c'est que, comme il faut du nouveau à la plupart des hommes, l'élève observe avec toute son attention de quelle manière les artistes s'y sont pris, pour produire ce

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