ÉCOLE PRIMITIVE MODERNE
artistes qui travaillaient en même tems dans des lieux divers. îî a donc pu arriver qu'un moine grec de quelque ville de l'Orient, qu'un religieux d'iUlemagne ou de France et qu'un laïc de Naples ou de Florence aient à la même époque produit des peintures fort dissemblables. Il a pu arriver que dans certains monastères, où on n'avait point encore substitué de nouvelles pratiques aux anciennes, on ait produit des Madonnes, images qui, exécutées, par exemple, dans le i3e siècle, conservaient le style et la manière du 11e. Quelques peintres plus timides ne quittaient point le style grec de Constanlinople : d'autres plus hardis imitaient le style des premiers florentins. La nature des sujets contribuait aussi à ces différences. Ces sujets n'étaient pas tous religieux : tantôt on suivait les poètes, tantôt on représentait des faits modernes et des costumes récens. Enfin plusieurs causes empêchèrent l'ordre qui a lieu ordinairement, lorsque les arts sont dirigés par une impulsion unique et par une même influence.
Aussitôt que nous arrivons à l'examen de l'art chez les modernes, nous sommes frappés de l'irrégularité de sa marche, et nous avons, pour ainsi dire, de la peine à la saisir; c'est un Protée qui prend toutes sortes de formes, qui offre toutes sortes de nuances fugitives. D'où provient cet état incertain, ces élans et ces faiblesses, ce mesquin et ce grandiose, tant de soins enfin et tant de barbarie, si ce n'est de l'abandon des antiques documens, du dédain pour les modèles du moyen âge, du dédain pour ce style qu'on appelait froid et insipide, parce qu'il était décent et réservé, et qu'on voulait oublier, parce qu'on se jetait déjà dans les fantaisies et les imitations à la mode ? L'austérité de l'art antique devenait donc de plus en plus hors d'hartome m. 4
monie avec les nouvelles mœurs, avec la nouvelle activité et avec tout le costume moderne.
ïl est certain que Florence, dès cette époque primitive, donna le ton à la peinture. Il semble même que les peintres se demandaient, soit à Bologne, soit à Ravenne, soit même dans le fond du Nord, quel était le goût de peinture qui dominait à Florence, quels étaient le caractère et le style des tableaux florentins. On n'interrogeait donc que les artistes de Florence, dont le goiit était déjà mixte, incertain et aventuré. Comprenant peu les doctrines de ces nouveaux maîtres, on fit bientôt, dans le Nord surtout, des tableauxbaroques, rudes et bisarremcnt ajustés. Quelques peintres conservaient parfois, au milieu de cette altération, des expressions vives et naturelles, des caractères convenables; on était encore naïf, mais on s'approchait de cette gaucherie qu'on appela depuis du nom de gothique. On répétait les coiffures, les habilîemens, les modes du tems. La richesse des vêtemens du culte chrétien, la somptuosité des meubles et des ornemens venait se compliquer dans ces styles mélangés, indéfinis et plutôt bisarres que simples, plutôt étranges que pittoresques et agréables : enfin on peut dire que la beauté fuyait les tableaux de toutes parts.
Cependant les antiques leçons de la Grèce se faisaient jour de tems en tems et venaient par fois éclairer des artistes de génie. Fra Beato Àngelico charmait en Italie par ses peintures au commencement du i4e siècle. C'était l'ingénuité, la noblesse et la beauté des traits qui faisaient le fond de ses ouvrages. On trouve encore des miniatures de ce tems qui présentent la décence et la candeur de l'art antique. Mais dans le Nord, où les artistes
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n'étaient plus en contact avec les modèles de l'Orient, on s'abandonna bientôt à un mauvais goût toujours croissant et qui ayant jeté dès-lors de profondes racines, influera long-tems encore sur les nouvelles études que l'on cherche à reprendre aujourd'hui. Hubert Van-Eyck, qui naquit à Maaseck en i366, n'a rien de commun avec ce Beato Angelico né en 1087, ni avec Luca délia Robbia qui reprenait les belles leçons de l'antiquité.
On ne saurait nier que de tout tems certains artistes modernes aient voulu, mais quelquefois en vain, se rattacher à ces mêmes maîtres, conservateurs du goût simple et chaste des anciens. Guido Reni,, par exemple, cet élève de l'école maniérée des Garacci, disait de Lippo Dalmasio, peintre qui florissait plus de deux cents ans avant lui : « qu'il était aidé d'un talent suprême, lorsqu'il re- » présentait sur le visage de ses Vierges la majesté, la » sainteté et la candeur de la mère de Dieu, n'ayant été » égalé en cela par aucun des modernes. » (Lanzi). Raphaël en disait autant des Vierges de Franciâ Raibolini, qui semble avoir été l'élève des meilleurs maîtres de l'école primitive : « Je ne connais d'aucun peintre, di- » sait Raphaël, des têtes plus belles, plus saintes et mieux » faites que celles de Francia. » Quant à Franc. Albani, autre élève des Caracci, il préférait même, dit encore Lanzi, aux peintures de Francia le tableau de Michel de Mattéo, ou Michel Lambertini, qu'on voyait à la peschéria de Bologne, et qui est daté de l'an i445«
Il résulte de ces aperçus que dans l'école primitive moderne, le goût qui provenait des peintres du moyen âgoet des peintres antiques, a dû se continuer plus ou moins long-tems, mais diversement, selon les lieux où il
fat respecté; qu'il a dû se perdre peu à peu par l'influence des nouvelles idées et des nouvelles mœurs chez les peuples de l'Italie. et du nord de l'Europe, mais que ce fut surtout Florence qui détermina le nouveau style de la peinture, et qui, en améliorant plusieurs parties de l'art, laissa cependant à l'abandon des principes indispensables 4ans tous les tems. Ce fut à Florence que s'introduisit une certaine licence d'autant plus dangereuse que les artistes d'alors étaient détournés et las 4es anciennes méthodes, et qu'ils conçurent enfin une vanité bien funeste, puisqu'elle se vit à l'aise dans une nouvelle théorie où l'adresse, la témérité et le caprice pouvaient conduire aisément à la fortune et à la réputation. Dès-lors la peinture moderne était isolée de la peinture de l'antiquité, et tous les esprits étaient préparés pour la grande révolution que Michel-Ange allait opérer. Ce grand artiste, tout en relevant l'art de l'état de langueur où il était depuis long -tems, le corrompit donc et le dénatura. Il résulte qu'aujourd'hui nous sommes réduits, pour redevenir vrais et dignes des anciens, à démêler une foule de vieux préjugés, et à débrouiller un véritable cahos.
Indication de quelques peintures de l'école primitive.
Gravier, dans sa description de Gênes, cite, au village de Gogorno, près Lavagna, sur le rivage oriental de la mer, un beau tableau d'un goût excellent; il est daté de l'an i4oo. Il cite encore dans l'église de Sto-Marco diCastello, ire chapelle, un très-beau tableau plus ancien que ceux de Bréa, mais dans son style, lequel représente une Annonciation; dans la même église, à côté de la porte qui mène au cloître, une peinture datée de \lfi\i dans