‹ Traité complet de la résection des maxillaires supérieursChapitre 10 sur 24 · RÉSECTION TOTALE · texte numérisé non relu

RÉSECTION TOTALE

Après que Roger, en 1824, d’après Velpeau (Méd. opérât ., t. 11, p. 628), puis Liston {Lancet, 1836-, S, 287), et Dupuytren {Leçons or., 2 e édit., t. II, p. 458) eurent fait des résections partielles plus ou moins considérables des deux maxillaires supérieurs, la première résection totale de ces deux os fut pratiquée en 1844 par J. F. llevfelder.

1 er cas .—André Schmidt , âgé de vingt-trois ans.—Carcinome des deux maxillaires supérieurs avec tumeur considérable au visage et

au palais, déformation notable, gêne de la respiration, de la déglutition et de la parole ; presque toutes les dents existent; elles sont saines, mais branlantes. Opération en juin {844. Incision de la joue des deux côtés ; séparation des articulations des deux maxillaires supérieurs avec les os malaires et avec les os frontaux et nasaux à l’aide de la scie à chaîne ; séparation, du vomer ainsi que des articulations restantes avec des ciseaux à os. La séparation complète s’obtint .par la pression pratiquée sur la partie supérieure des deux os.

Pas de réaction. Réunion par première intention. Le trente-deuxième jour après l’opération, le malade fut renvoyé dans son pays natal. Récidive, au bout de treize mois ; mort au bout de quinze mois.

2* cas. — En 1850, Heyfelder répéta l’opération sur un homme de cinquante-cinq ans, pour un cancer, avec cette modification que la scie à chaîne fut employée seulement pour la symphyse maxillozygomatique gauche. Les autres articulations furent divisées avêc les ciseaux à os. Renvoyé vingt-neuf jours après l’opération. Récidive au bout de vingt mois. Mort .au bout de vingt-trois mois.

3 e cas. — Jean Hierorth, âgé de vingt et un ans. Carcinome des deux maxillaires supérieurs , avec triplé perforation de la voûte du palais, et ulcération de ses parties molles. Opération le 13 août! 852, semblable à la première, sauf toutefois cette modification : pour séparer l’articulation avec les os nasal et frontal, la scie à chaîne fut conduite à travers les deux parois internes des orbites et à travers la cloison du nez, de sorte que la division se trouva faite du même coup des deux côtés. L’articulation postérieure du maxillaire supérieur se trouva si solide qu’elle exigea une forte pression directe. Alors, après avoir séparé les deux maxillaires l’un de l’autre en les sciant et avoir enlevé le gauche par morceaux, on réussit, à l’aide de la pince à os de Liston, à diviser l’articulation du maxillaire supérieur droit avec l’apophyse ptérygoïde-

Pas de réaction ; guérison rapide, sans difformité. Renvoyé le 25 août. Guérison complète, durable.

On trouve ces.trois cas cités avec assez de détails dans : J. F. Heyfelder, Amp. und Resect., S. 57-67. — Revue méd. clür. de Paris , sous la direction de Malgaigne, mars 18.53, p. 149-156. — Archiv fur Physiolog., Heilkunde , 1850, Heft 5 und 6, Ueber die Resect. der beid. Oberk., von J, F. Heyfelder,— Deutsche Kl. 1850, S. 231. — Resection beider Oberkiefer, von doct. Oscar Heyfelder- Prag. Ÿierteïjàhrssch. , Bd . XXI, — Klinischér Berîclit, von Oscar

Hevfelder. — Dublin Med. Journal , febr. 1856, doct. Oscar Heyfelder, On the Résection of lhe Uper-Yaw-Bones.

On peut bien, avec quelque droit compter ici un cas de Dieffenbach (/oc. cil. vol. II, p. .46), qu’il opéra antérieurement à 1848. H fit l’incision médiane de la peau et une autre courte incision transversale s’étendant de l’angle interne d'un œil à l’angle interne de l’autre, et il extirpa la plus grande partie des deux maxillaires supérieurs, ainsi que l’os palatin et une partie du malaire. Au bout de quatorze jours, la plaie marchant parfaitement bien vers la guérison, la mort survint à la suite d’une attaque d’apoplexie.

Maisonneuve {Gaz. des hôpit., 1850, n° 97 et 100. — Klinische Bericht, von Oscar Heyfelder, in der PFag. Vierteljahrssch. , Bd. XXI), fit en 1849, en pratiquant les mêmes incisions que Dieffenbach, l’extirpation des deux maxillaires supérieurs pour un carcinome. Mort au bout de peu de jours.

Le même accomplit en 4 850 l’extraction sous-cutanée des deux maxillaires supérieurs nécrosés, chez une ouvrière d’une fabrique d'allumettes chimiques, âgée de vingt ans. {Gaz. des hôpit., .1850, p. 510.) -

De semblables opérations furent faites par Jüngken {Deutsche Klin,,

4 850,'S. 48) qui divisa les deux os sur la ligne médiane avec les ciseaux à es de Liston, pour les enlever plus facilement, et par Dielz. Toutes deux eurent une heureuse terminaison.

Langenbeck {Deutsche Klinik, 4 853, S. 204) pxtirpa pour un carcinome médullaire les deux maxillaires supérieurs, mais conserva la surface orbitaire du maxillaire supérieur gauche. Il pratiqua, a droite l’incision ,de la : joue, à gauche une incision combinée dont une moitié était l’incision latérale antérieure, et dont l’autre moitié était une incision parallèle au bord orbitaire, s’étendant de la région du sac lacrymal à l’os malaire. Pour la division des os on se servit de la scie de Larrey, des ciseaux à os'et du ciseau.

Les indications qui ont une grande vâleur pour l’extirpation d’un seul maxillaire supérieur, conservent cette valeur pour l’extirpation des deux maxillaires, surtout celles qui ont rapport au genre de lésion des deux os.

L’opération est même analogue à celle employée pour 1 extirpation d’un seul maxillaire supérieur, et ne présente

pas plus de difficultés, la division de l’articulation médiane pouvant être évitée et n’étant nécessaire qu’exceptionnellement.

1 er temps. —Dénudation de l’os. L’incision des parties molles se fait de la même façon que dans la résection d’un seul maxillaire supérieur.

1° L’incision médiane , employée par Dieffenbach et Maisonneuve, doit subir cette seule modification, que la petite incision transversale que l’on pratique à son extrémité supérieure, doit relier l’un à l’autre les angles internés des deux yeux. -

2° L’incision de la joue ou incision latérale postérieure, employée par Heyfelder dans tous les cas, ainsi que

3° L’incision latérale antérieure, au lieu d’être pratiquées d’un seul côté, doivent l’être des deux. On peut combiner les deux derniers procédés, de telle sorte que, selon qu’il en sera besoin, on pratiquera sur un côté l’incision latérale antérieure ; sur l’autre, la postérieure.

Les procédés indiqués ne suffisent-ils pas, surtout pour dénuder assez complètement les deux os, quand ils sont le siège de tuméfactions difformes, J. F. Héyfelder propose, au lieu de l’incision en croix qui est très difforme et de l’incision à lambeau de la joue, le procédé qui suit :

La première incision coupe la lèvre inférieure sur la ligne médiane et s’étend jusqu’au menton. Du menton, se dirigent à droite et à gauche une seconde et une troisième incision longeant le bord inférieur du maxillaire inférieur et le bord postérieur de la branche montante de cet us.

L’utilité de ce procédé a été démontrée par des expériences sur le cadavre; il a été expérimenté sur le vivant, dans le cas n° 6 d’Heyfelder, pour l’extirpation d’un

- DK LA r.ÉSECTION

maxillaire supérieur. Dans ce cas, le mal s’étendant jusqu’au maxillaire inférieur, on y étendit aussi l’opération.

2 e temps. — Désarticulation des maxillaires supérieurs. Avant tout on doit inciser des deux côtés les articulations des maxillaires avée les malaires. Le mieux est de se servir pour cela de la scie à chaîné. Les articulations supérieures et postérieures doivent être divisées par les mêmes procédés que quand oh agit sur un seul maxillaire supérieur. Pour l’articulation supérieure, on peut se servir d’une modification employée par Maisonneuve et qui épargne du temps ; on transperce avec l’aiguille les parois internes des deux orbites ; on fait suivre la scie à chaîne et l’on scie ainsi en un seul temps les articulations supérieures des deux maxillaires Supérieurs. On conserve de la sorte aux parties molles du nez, puisqu’on fait avancer la scie en avant et un peu en bas, un point d’appui suffisant dans l’os nasal et dans la partie la plus supérieure de l’apophyse ascendante de l’os maxillaire.

On divise le vomer, ainsi que l’articulation du maxillaire supérieur avec l’ethmoïde, à l’aide, de ciseaux à os.

Le pansement et le traitement consécutif se font comme dans la résection d’un seul maxillaire. Là encore, la cavité résultant de l’opération est comblée avec une rapidité remarquable par la substance cicatricielle, sauf en un point peu considérable qui peut être fermé par un obturateur. La difformité est légère, la parole se rétablit peu à peu, et le malade acquiert même de nouveau la faculté de faire usage d’autres aliments que d’aliments liquides. Sur neuf opérations du genre de celle qui nous occupe, la mort survint quatre fois ; la terminaison est inconnue dans un cas, et dans les quatre autres, elle est. favorable, Le premier opéré de Maisonneuve paraît être mort de l’opé-

ration; un autre mourut d’une attaque d’apoplexie, l’opéré de Dieffenbach; les deux autres eurent des récidives de cancer (n os 1 et 2 de Heyfelder); mais l’un au bout de quinze, l’autre au bout de vingt-trois mois, de sorte que la terminaison peut être encore notée comme très favorable.

'résection partielle

La résection partielle du maxillaire supérieur consiste : soit 1° dans l’ablation des bords libres et des apophyses ; soit 2° dans l’enlèvement total ou partiel d’une paroi de l’os; soit 3° dans l’excision d’une portion plus ou moins considérable du corps, et en même temps dans l’ablation des parois et des bords libres.

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